Un « front du refus » inédit mobilisé à Arles contre une ligne aérienne THT
AFP le 19/09/2026 à 13:15
Un « front du refus » rarissime : syndicats agricoles et militants écologistes, élus de tous bords et collectifs citoyens seront côte à côte samedi soir à Arles, unis contre un projet de ligne à très haute tension entre Gard et Bouches-du-Rhône à travers la Camargue.
Au coeur du conflit qui mobilise la région depuis deux ans : l’implantation sur 65 km de 145 pylônes de 40 à 60 mètres de haut pour soutenir une ligne électrique devant relier, à l’horizon 2030, Jonquières (Gard) à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Elle traverserait les vignobles des Costières de Nîmes, le Parc naturel de Camargue, réserve mondiale de biodiversité, et la plaine de la Crau, steppe méditerranéenne unique en Europe.
Pour l’Etat et les industriels, de plus en plus impatients, cette ligne aérienne de 400 000 volts qui transporterait l’électricité des centrales nucléaires de la vallée du Rhône conditionne la décarbonation de l’immense zone industrialo-portuaire de Marseille-Fos, où de grands projets, fortement consommateurs d’électricité, sont attendus dans les prochaines années.
Pour ses détracteurs, la ligne aérienne aurait des conséquences « irréversibles » sur l’environnement et la biodiversité, notamment sur les populations d’oiseaux, dont certains déjà menacés d’extinction, mais aussi sur l’agriculture (vignobles, élevage, riziculture) et le tourisme.
Après les pétitions, les délibérations municipales et happenings divers, le rassemblement tout en symboles dans l’emblématique théâtre antique d’Arles, en pleines Journées du Patrimoine, est celui « de la dernière chance », estime le collectif THT 13/30 qui regroupe 34 associations du pays d’Arles, du Golfe de Fos et de la Terre d’Argence (Gard).
Les associations redoutent en effet que, sitôt les sénatoriales passées, le préfet enclenche l’enquête préalable à la Déclaration d’utilité publique (DUP) qui donnera le feu vert officiel aux travaux.
Réserves de l’Autorité environnementale
Gardians à cheval, manadiers, viticulteurs, gestionnaires d’espaces naturels, militants associatifs mais aussi des dizaines d’élus, du RN à la gauche, en passant par le maire Horizons d’Arles Patrick de Carolis, sont attendus.
« Jamais un projet d’infrastructure n’avait suscité un tel front du refus », affirme à l’AFP Jean-Luc Moya, porte-parole du collectif THT 13/30.
Ces dernières semaines, les présidents des deux régions concernées, Renaud Muselier (Renaissance, PACA) et Carole Delga (PS, Occitanie), ont chacun écrit au préfet pour dire leur inquiétude face à l’éventualité d’un « passage en force » qui, pour M. Muselier, « entraînera un blocage irrémédiable », Mme Delga s’interrogeant sur « la pertinence même de cette ligne THT » dont elle réclame « l’abandon ».
Malgré des mois de concertation et un « débat public global » au printemps 2025, les positions sont restées bloquées avec, d’un côté le gestionnaire du réseau électrique RTE qui assure avoir défini un tracé « de moindre impact » ; de l’autre, les opposants qui proposent un enfouissement partiel de la ligne, jugé trop coûteux et hors délai pour répondre au calendrier – pourtant encore flou – des projets industriels.
Dans un avis publié fin août, l’Autorité environnementale (Ae) a émis plusieurs réserves sur le projet de RTE, recommandant notamment, « pour les sites Natura 2000 dont l’intégrité ne peut être garantie par le projet, de compléter, avant la reconnaissance d’utilité publique, l’analyse des solutions alternatives ».
Pour l’Ae, « le coût, le délai ou la complexité ne suffisent pas (…) à écarter une solution sensiblement moins dommageable ».
« Nous ne sommes pas contre l’énergie ou l’industrie, répète avec force Jean-Laurent Lucchesi du collectif 13/30. Ce que nous demandons, c’est que l’Etat ouvre une véritable négociation de fond avec les élus et les populations ».
Faute de quoi, les opposants ont promis de nombreux recours judiciaires, certains se disant prêts à radicaliser leur action en évoquant un « Notre-Dame de Camargue », en référence à la ZAD de Notre-Dame des Landes en Loire-Atlantique.