La situation en mer Noire dicte l’évolution des cours du blé
AFP le 09/09/2026 à 18:15
Les marchés des céréales, et du blé notamment, en Europe comme aux Etats-Unis ont fluctué cette semaine au gré des informations « en yoyo » sur le blocage des ports russes et ukrainiens en mer Noire, région stratégique pour les sorties des navires de ces deux gros exportateurs.
« La situation en mer Noire est actuellement l’élément essentiel qui décide de l’évolution des marchés agricoles », résume Sébastien Poncelet, analyste chez Argus Media France.
« On a un blocage massif des ports, et les voies de passage alternatives sont limitées, pour la Russie (mer Caspienne, pays asiatiques frontaliers) ou l’Ukraine (le Danube, dont les eaux sont basses actuellement, ou le passage à travers l’Europe, plus contraint qu’auparavant) », ajoute-t-il.
« L’approvisionnement mondial en blé, orge, colza, huile de tournesol pâtit du ralentissement des flux provenant de la mer Noire ».
Sur les sept derniers jours, les cours se sont légèrement tassés, en restant à un niveau élevé, avec de fortes amplitudes en séance en fonction des déclarations de responsables politiques sur la guerre en Ukraine et des tentatives de résolution – restées pour le moment à l’état de simples paroles.
Sur Euronext, la tonne de blé s’échangeait à 247,25 euros mardi soir pour l’échéance de décembre, contre 253,50 euros sept jours auparavant. A la Bourse de Chicago, le blé a clôturé à 7,30 dollars US le boisseau (27 kg) mardi soir, contre 7,64 USD la semaine dernière.
Bombardements
La visite le week-end du 5 et 6 septembre à Moscou et à Kiev de deux émissaires américains, Steve Witkoff et Jared Kushner, pour rencontrer Vladimir Poutine puis Volodymyr Zelensky a relancé les espoirs d’un début de résolution et, in fine, du déblocage de la mer Noire.
Le chef de l’Etat ukrainien a déclaré mardi que des négociateurs russes, ukrainiens et américains pourraient se réunir dès ce mois-ci pour discuter d’une issue pacifique. La Russie s’est toutefois montrée plus réservée, estimant qu’il était « trop tôt » pour parler concrètement d’une telle rencontre.
La visite des émissaires et les propos qui l’ont suivie ont poussé à la baisse les cours du blé.
Mais dans la nuit de mardi à mercredi, « de gros bombardements ont eu lieu sur le port de Novorossiïsk (principal port russe d’exportations), ainsi que des frappes importantes sur les infrastructures céréalières ukrainiennes », ce qui a poussé les cours à nouveau à la hausse, indique Sébastien Poncelet.
« Entre les perspectives de paix et les frappes qui continuent, le marché fait du yoyo ».
Pour le moment, des pays gros importateurs des blés russes et ukrainiens (Algérie, Maroc, Egypte etc.) peuvent se permettre d’attendre grâce à de bonnes récoltes sur leurs terres, relève Damien Vercambre, courtier au cabinet Inter-Courtage.
Il s’interroge sur les mois à venir : « plus le blocage dure, plus les quantités qui resteront à exporter de Russie et d’Ukraine seront importantes. Il pourrait donc y avoir une curée sur les prix en cas de déblocage ».
Un maïs cher
En fin de semaine dernière, l’Arabie saoudite, un des premiers acheteurs de blé au monde, a passé un appel d’offres public pour l’achat de quelque 540.000 tonnes de blé. Lundi, l’offre a été annulée en raison des cours trop élevés selon le pays, signe supplémentaire de l’attentisme de certains acheteurs qui tablent sur un assouplissement du blocage.
Le maïs a suivi l’évolution du blé. Il était à 5,11 USD le boisseau (25 kg) à Chicago mardi soir, contre 5,21 USD la semaine précédente, et à 266 euros la tonne sur Euronext, contre 274 le 1er septembre.
« Le cours a un peu baissé, mais ça reste très élevé », note Sébastien Poncelet, rappelant que la tonne valait 186 euros il y a un an. Outre les difficultés d’exportation de l’Ukraine, quatrième exportateur mondial avant la guerre, le grain jaune souffre d’une récolte – qui vient de démarrer – « catastrophique » en France.
Aux Etats-Unis, les récoltes démarrent dans la « corn belt ». Le marché attend surtout la publication vendredi du rapport mensuel du ministère américain de l’Agriculture (rapport Wasde).
Quant aux oléagineux, dont une partie est utilisé par les biocarburants, ils ont été portés par le renchérissement des cours du pétrole de ces derniers jours. Le colza était à 558 euros la tonne mardi soir sur Euronext.