Lait, aplombs, longévité : Ludovic Cerveau met ses Normandes à l’épreuve du Space
TNC le 04/09/2026 à 05:27
Passionné de génétique, Ludovic Cerveau profite du Spécial Normande au Space de Rennes pour confronter ses choix de sélection au regard du juge. Installé en Seine-Maritime avec deux associés, il mise sur des animaux productifs, avec un fort potentiel laitier, le tout sans renier la mixité de la race régionale.
« Quand j’avais huit ans, le catalogue de taureaux était mon livre de chevet. Je les connaissais tous par cœur », se remémore Ludovic Cerveau, éleveur de vaches laitières avec Jean-Baptiste et Jocelyn Pesqueux en Seine-Maritime. Depuis, la génomique est passée par là, « aujourd’hui, ils défilent trop vite pour tous les connaître », mais la passion reste intacte.
D’abord inséminateur bovin, il a rejoint le Gaec de la Ferme du Chêne, à Allouville-Bellefosse, en 2009. Fils d’éleveur laitier, Ludovic ne se voyait pas reprendre seul la ferme familiale. Le Gaec lui a permis de changer d’échelle, mais surtout de découvrir les Normandes qu’il affectionne tout particulièrement. « Aujourd’hui, nous avons 120 vaches laitières. Une cinquantaine de Prim’Holsteins, autant de Normandes, puis quelques Brunes des Alpes, Jersiaises, Montbéliardes pour se faire plaisir… » Une diversité qui témoigne d’une curiosité pour la génétique qui ne s’est jamais émoussée.

Une première participation au Space
Si bien que l’année dernière, Ludovic a sauté le pas : il s’est inscrit à son premier concours. « Les enfants avaient envie d’essayer, ma femme étant partante, alors on a tenté », s’enthousiasme-t-il. Après un tour de chauffe aux Terres de Jim, l’éleveur à récolter une moisson de médailles au comice de Forge-les-Eaux : « entre les noires et les normandes, j’étais étonné de revenir avec tant de plaques », se remémore Ludovic.
C’est maintenant au Space qu’il a décidé de tenter sa chance. « Ça nous a donné envie de tenter un concours national. Quand on est dans les vaches au quotidien, on ne se rend pas compte de ce que vaut son troupeau. Il faut le comparer à d’autres pour avoir un peu de recul ».
Deux Normandes représenteront la ferme sur le ring : Tombola et Utile. La première est une vache de trois ans. Cette Normande de caractère présente de beaux aplombs, et un produit qui a failli rentrer en centre de sélection. La seconde arrivera en fin de première lactation. « Utile est très complète, large, avec une belle attache arrière, une bonne implantation de trayons, de bons écarts… C’est une vache qui me plaît bien ».

Des Normandes productives et bien dans leurs sabots
Mais Ludovic n’a pas de prétention de podium. « Mon objectif, ça n’est pas d’avoir des vaches de concours. Ce qu’il me faut, ce sont des animaux qui font carrière ».
Sur la ferme, les Normandes sont conduites comme les Holstein. L’essentiel : faire du lait avec des vaches qui durent. « La moyenne d’étable est à 10 000 l de lait. Les Holstein tirent peut-être les chiffres vers le haut, mais le but est d’avoir des Normandes qui ne soient pas en reste ».
Le lait figure donc parmi les principaux critères de sélection. « La Normande est une race mixte, mais il est clair qu’on favorise plutôt le rameau laitier », concède l’éleveur. Viennent ensuite les aplombs. « Les pattes, c’est une obsession », insiste Ludovic. « L’idéal est d’avoir une belle laitière, avec une belle mamelle et de bons aplombs. Mais pour moi, les pattes passent avant. Ce sont elles qui font durer les vaches ». Autre avantage, la race régionale est taillée pour le pâturage : « elle valorise excellement l’herbe » rappelle l’éleveur.
Difficile pourtant d’associer haut niveau laitier et mixité. « En 15 ans de sélection, on a un peu perdu en viande », estime Ludovic. « On a des mamelles qui ressemblent de plus en plus à celles des noires », complète-t-il. Mais le but n’est pas d’en faire des Prim’Holsteins mouchetées. « Elles ont toujours plus de carrure, d’aptitudes bouchères avec du persillé, et l’on voit la volonté de l’OS de conserver de la mixité sur ces dernières années ».
À Rennes, Ludovic verra si la génétique qu’il défend à l’étable séduit aussi le juge.