Trop de pommes de terre en 2025, pas assez en 2026 ?


TNC le 03/09/2026 à 14:00
isolated-potatoes

Après une année de surproduction, la France va t-elle manquer de pommes de terre en 2026 ? (© Public domain)

Après une campagne 2025 marquée par une production record et une forte pression sur les prix, les producteurs de pommes de terre s’apprêtent à vivre une campagne 2026 à l’exact opposé. L’UNPT anticipe une chute de 23 % de la production française de pommes de terre de conservation, soit près de 2 millions de tonnes en moins. La sécheresse n’explique pas tout. Les surfaces avaient déjà été réduites en réaction à la surproduction de l’an dernier.

Les deux campagnes n’auront donc rien à voir. En 2025, la pomme de terre française avait atteint des niveaux de production exceptionnels. En conservation, la récolte avait dépassé 8,5 millions de tonnes, un niveau qualifié de record par l’UNPT. Dans le même temps, les surfaces avaient progressé de 10,3 %, à près de 197 000 ha.

Cette abondance avait rapidement pesé sur le marché. Au printemps 2026, l’UNPT évoquait encore un surplus d’environ un million de tonnes, avec des prix sous pression et des producteurs confrontés à des difficultés de valorisation.

Face à cette situation, les producteurs ont réduit la voilure. Les surfaces nationales consacrées à la pomme de terre de conservation ont ainsi reculé d’environ 10 % en 2026. Une baisse qui devait permettre de rééquilibrer l’offre après l’excédent de 2025. Mais la météo est venue compliquer encore un peu plus la situation.

Le rendement plonge

Après les épisodes de canicule et le déficit hydrique exceptionnel de l’été, l’UNPT estime désormais le rendement moyen national à 37,4 t/ha, contre 43,5 t/ha en 2025, soit une baisse de 14 %. Ce niveau serait le plus faible observé depuis plus de 30 ans, à l’exception de la référence déjà historique de 2022.

En combinant la baisse des surfaces et celle du rendement, l’organisation professionnelle anticipe une production inférieure de 23 % à celle de 2025, soit près de 2 millions de tonnes de pommes de terre de conservation en moins.

Et le problème ne se limite pas au tonnage. La chaleur et le manque d’eau ont également pénalisé le grossissement des tubercules. L’UNPT évoque des calibres plus petits, des teneurs en matière sèche variables et des désordres physiologiques dans certaines parcelles. Arvalis alertait fin juillet sur le risque de défauts physiologiques et soulignait que les conditions d’août et septembre resteraient déterminantes pour les variétés à cycle long.

Des contrats sous tension

Pour les producteurs, la difficulté est désormais double. Certaines exploitations pourraient ne pas être en mesure de fournir les volumes prévus dans leurs contrats. L’UNPT demande donc que les volumes contractualisés soient adaptés à la réalité de la récolte, afin d’éviter que les agriculteurs soient contraints d’acheter de la marchandise sur le marché libre pour fournir les tonnes qu’ils n’ont pas pu produire.

L’organisation chiffre par ailleurs à au moins 400 millions d’euros les pertes économiques potentielles pour les producteurs et demande à l’État de préparer un dispositif exceptionnel de soutien.

La Fédération du commerce et de la distribution a, de son côté, annoncé le 18 août une plus grande tolérance sur les calibres et l’aspect des fruits et légumes, ainsi qu’une priorité donnée à l’origine française.

Le marché va-t-il changer de camp ?

C’est probablement l’un des principaux enjeux des prochains mois. Après avoir souffert d’un excès d’offre en 2025, le marché de la pomme de terre pourrait connaître en 2026 une situation radicalement différente.

Il serait toutefois prématuré de parler de pénurie. La baisse de production annoncée par l’UNPT devra être confrontée aux volumes réellement récoltés, aux stocks disponibles et aux besoins des différents débouchés, du frais à l’industrie.

Mais une chose est sûre : la pomme de terre est passée en quelques mois d’un problème de surproduction à une inquiétude sur sa disponibilité.

Et pour les producteurs, le paradoxe est cruel : après avoir été pénalisés par une récolte trop abondante en 2025, ils risquent cette année de subir les conséquences économiques d’une récolte trop faible.

Deux campagnes, deux excès, et toujours la même question : comment sécuriser son revenu dans une production où quelques dizaines de milliers d’hectares peuvent suffire à retourner le marché ?