Après la sécheresse, les éleveurs de ruminants veulent éviter la décapitalisation
TNC le 01/09/2026 à 16:49
Avant les annonces de la ministre de l’agriculture, les syndicats d’éleveurs de ruminants (FNB, FNPL, FNO et FNEC) alertent le Gouvernement sur l’importance d’aides à la hauteur, permettant aux éleveurs de financer le manque de fourrage et de se projeter sans vendre leurs animaux.
Les canicules et la sécheresse – qui perdure- ont eu des conséquences importantes sur la production et les stocks de fourrages, générant autour de 50 % de manque, estiment les syndicats de ruminants (FNPL, FNB, FNO, FNEC) qui ont tenu ce 1er septembre une conférence de presse commune. Car si la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, doit annoncer jeudi des mesures pour aider le secteur agricole après les aléas climatiques de l’été, les éleveurs craignent de ne pas avoir été entendus.
5 milliards d’euros de pertes
Sur plus de 10 millions d’UGB en France, il manque 2 à 2,5 tonnes de fourrage par UGB. Au total, la somme de ce manque fourrager atteint près de 5 milliards d’euros, explique Patrick Bénézit, président de la FNB. Une somme que les syndicats n’attendent pas entièrement de l’Etat, estimant que les acteurs économiques des filières doivent également les soutenir, alors que les prix du lait et de la viande sont à la baisse depuis des mois. Cet effort des marchés pourrait représenter 2 milliards d’euros, indiquent les organisations.
Les 3 milliards d’euros restants doivent en revanche être apportés du Gouvernement, poursuivent-ils, dont une partie via le fonds de solidarité nationale auxquels les agriculteurs et les éleveurs cotisent chaque année.
S’appuyer sur les expertises terrain
En parallèle, les éleveurs demandent toujours une révision du dispositif assurantiel sur les prairies, toujours basé sur les données satellitaires, un système « qui clairement ne fonctionne pas », déplore Emmanuel Fontaine (FNO). A l’image, les prairies peuvent reverdir sans pousser pour autant, explique-t-il. « Dans le système des calamités agricoles, on faisait un état des stocks fourragers à la rentrée des animaux, ce qui permettait de déduire tout le stock qui avait affouragé les animaux pendant l’été », rappelle de son côté Yohann Barbe, président de la FNPL. Les syndicats, qui ont alerté la ministre dès le mois de juin, déplorent que celle-ci n’ait pas ordonné d’expertise terrain pendant l’été. « On a perdu deux mois pour indemniser à leur juste valeur les éleveurs », s’agace-t-il.
Des aides directes à l’animal pour éviter la décapitalisation
« On demande une aide à l’UGB pour que les éleveurs puissent acheter du fourrage et ne pas enclencher une mécanique irréversible de décapitalisation », ajoute Patrick Bénézit, qui espère un signal politique fort ce jeudi. « On n’a pas eu les réponses pendant tout l’été ». L’objectif est d’obtenir au total 300 € par animal, ce qui inclut nécessairement une aide directe à l’animal, expliquent les syndicats, sans quoi les éleveurs ne pourront pas se projeter pour passer l’hiver.
« Les annonces du premier ministre nous font peur, car on a l’impression que l’on va nous donner quelques miettes à l’automne et tout miser sur le budget 2027. Or les éleveurs ne pourront pas attendre », prévient Emmanuel Fontaine. Il s’agit, à ce stade, de « préserver l’outil de production » et les filières françaises, insiste Yohann Barbe.