Des sols éponges, alliés du maraîchage face à la sécheresse
AFP le 13/08/2026 à 16:15
Face à la multiplication des canicules et sécheresses, il faut une agriculture maraîchère capable « de conserver et d'utiliser l'eau dans les sols » et d'adapter les pratiques plutôt que de recourir systématiquement à l'irrigation, explique à l'AFP François Lecompte, chercheur à l'Inrae.
En France, les légumes originaires des Amériques ou d’Asie (tomate, aubergine, courgette…) sont irrigués. D’autres légumes des régions tempérées, de plein champ, choux, haricot, pois, carotte, peuvent pousser sans irrigation.
Avec le changement climatique et la modification de l’intensité et de la répartition des précipitations, il faut une agriculture « à même de conserver et d’utiliser l’eau dans les sols, en augmentant son infiltration et en diminuant le ruissellement et l’évaporation », développe le scientifique de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).
Pour favoriser l’infiltration des pluies, les sols doivent avoir une bonne porosité qu’il est possible d’obtenir en jouant sur « des cultures de couverture, de préférence des plantes avec un enracinement profond, en laissant les résidus de cultures précédentes, en évitant de trop labourer », ajoute le directeur-adjoint de l’unité plantes et systèmes de culture horticoles de l’Inrae.
« La matière organique, les vers de terre, la vie du sol en général sont aussi favorables », complète François Lecompte. « Réfléchir à ses cultures, ses calendriers, sa gestion du sol et du milieu, avoir des espèces et des variétés adaptées, qui résistent mieux au stress hydrique, vont être de vraies solutions d’adaptation. Ce sont des principes d’agroécologie », résume le chercheur.
Bonne utilisation de l’eau
Alors que l’irrigation est souvent présentée comme la solution la plus évidente face aux étés plus secs et plus chauds, François Lecompte nuance.
« Sur des cultures légumières de plein champ, l’irrigation ne solutionne pas tout. » Lors des étés caniculaires, une partie du problème est « le stress thermique » lié aux fortes chaleurs, qui entraîne une brûlure des plantes, l’absence de pollinisation, des fruits qui avortent…
« On peut mettre en place des filets d’ombrage, de l’agrivoltaïsme, des haies… » pour limiter températures et évaporation des plantes, énumère François Lecompte. « Dire qu’il suffit de retenir de l’eau en hiver et l’utiliser sans discrimination en été, ce n’est pas de la bonne adaptation au changement climatique », insiste-t-il.
« Plus on rajoute de l’eau, moins cette eau va être productive », expose le chercheur. L’eau donnée en excès aux plantes n’apportera pas de rendement ni de qualité supplémentaire et, en période de sécheresse, « serait bien plus productive ailleurs (industrie, tourisme, alimentation…) », précise-t-il.
L’irrigation « avec de l’eau prélevée en hiver peut être un prétexte pour utiliser plus d’eau et cultiver des plantes dans des conditions non adaptées au changement climatique », complète-t-il.
En cas de stockage pour l’irrigation, « ce qui serait souhaitable, c’est de stocker de l’eau sans qu’elle ne s’évapore. Ce n’est pas le cas actuellement avec les retenues de substitution, dites méga-bassines, qui prélèvent l’eau dans la nappe phréatique pour la conserver à l’air libre, et dont une partie très significative s’évapore », rappelle François Lecompte.