En Bretagne, canicules et sécheresse mettent à mal le maraîchage


AFP le 13/08/2026 à 16:30

« Pas d'eau, pas de légumes ». En Bretagne, région maraichère, des champs subissent canicules et sécheresse depuis début juin, mettant à mal les cultures et les hommes.

Guillaume Hery cultive des légumes bio à Bruz (Ille-et-Vilaine) sur six hectares et sous serre pour les vendre sur des marchés ou en magasin bio.

En plein champ, la terre est sèche. Parmi les salades, la différence de taille entre celles qui profitent à plein des arroseurs rotatifs et les autres est notable. Pastèques et melons en revanche se portent bien.

Guillaume Hery dispose d’un forage et d’une cuve pour récupérer l’eau de pluie. Pour autant, « je ne peux pas arroser toutes les cultures » notamment pour des questions de coûts, explique-t-il. Dans la serre équipée en goutte à goutte, la chaleur est étouffante.

« L’avantage, c’est qu’on ne dépasse pas les 40°C », temporise Guillaume Hery. Si les températures élevées ont favorisé la pousse des plants de tomates, elles ont entraîné l’apparition d’un ravageur sur les concombres.

Les conditions climatiques pèsent sur les légumes, mais aussi sur les hommes. Avec un arrosage autorisé entre 20h00 et 08h00, « ça fait des nuits morcelées » et « du travail en plus » en pleine période de récolte et de plantation de semis, lâche Guillaume Hery.

L’agriculteur estime des pertes d’environ 50 % sur ses cultures de plein champ, qu’il espère compenser partiellement par celles sous serre.

Il réfléchit à équiper une partie de ses parcelles d’arrosage goutte à goutte, plus économe, mais envisage aussi, pour s’adapter au changement climatique, des variétés plus rustiques, des sols riches en matière organique « pour retenir l’humidité » et des haies.

Lourdes pertes

À Plescop (Morbihan) Aurélien Buléon, cultive des légumes et des plantes aromatiques sur 80 hectares, dont une quarantaine irrigués, pour l’industrie des conserves et les surgelés.

Entre les potirons replantés trois fois, les butternuts « moins nombreux et plus petits », des brocolis qui n’ont pas pris, des poireaux partis en fleurs et la ciboulette qui ne sera pas récoltée faute d’arrosage, il prévoit une perte de 50 % de son chiffre d’affaires.

« Il ne faut pas deux années consécutives comme ça » car cela fragilise économiquement son exploitation, souligne-t-il.

Sans être favorable à de très grandes retenues d’eau, il estime nécessaire d’« augmenter ses capacités de stockage », qui repose sur une retenue d’eau de ruissellement, en les couplant à des systèmes d’irrigation plus économes.

Il fait également le pari de couverts végétaux et le fumier pour préserver les sols.

Côté cultures, « je réfléchis à arrêter le maïs » et il compte tester le lin graine. « Il faut diversifier, mais c’est une prise de risque », indique Aurélien Buléon. 

En Bretagne, la proportion d’exploitations équipées en irrigation reste faible, car la région s’est longtemps crue relativement à l’abri du réchauffement climatique.

Concernant, les coopératives, s’il est trop tôt pour tirer un bilan précis, le constat est le même: les pertes vont être lourdes pour certaines cultures, jusqu’à 100 %. Le groupe agroalimentaire Eureden demande « des hausses de prix » pour compenser partiellement la baisse des volumes et assurer les revenus des maraichers.

Prince de Bretagne demande aux distributeurs d’accepter temporairement des légumes avec des défauts, encourage les consommateurs à acheter breton et défend retenues d’eau et irrigation.

Yoann Morin, de la coopérative BioBreizh, prône « les rotations de cultures, les haies, les talus » pour mieux retenir l’eau. Il faudra aussi « repenser les équipements pour arroser » chez certains producteurs, ajoute-t-il.

Christophe Mimeau, de la coopérative Terres de l’Ouest aimerait voir mutualiser les risques portés aujourd’hui seulement par les agriculteurs et prône une « réflexion sur les cultures » pour en introduire des plus adaptées.

Pour François Lecompte, chercheur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), « l’irrigation peut être une solution à une partie du problème, mais ça peut en créer d’autres », poursuit le chercheur. « Quand on irrigue, on a souvent tendance à irriguer en excès » sans que ce soit productif, explique M. Lecompte.