Grippe aviaire chez les vaches : la filière lait surveille de près le virus H5N1


TNC le 10/08/2026 à 05:14
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L’épizootie H5N1 bovine aux États-Unis témoigne de l'adaptation d'un virus de grippe aviaire sur un nouvel hôte, avec transmission entre bovins et forte présence dans le lait. (© Stuart Monk, Adobe Stock)

Ce qui n’était jusqu’alors qu’un risque théorique est devenu une réalité aux États-Unis : le virus H5N1 circule désormais chez les vaches laitières. Une évolution qui place désormais l’influenza aviaire parmi les maladies émergentes surveillées par la filière laitière européenne.

Découvert sur des vaches américaines au printemps 2024, le virus de l’influenza aviaire s’est depuis propagé sur plus de 1 000 foyers aux États-Unis. Un précédent qui attire l’attention des scientifiques européens. À l’occasion du Grand Angle Lait organisé par l’Institut de l’élevage, Éric Cardinale, directeur scientifique santé et bien-être animal à l’Anses, est revenu sur cette menace émergente qui pèse déjà sur la filière laitière américaine.

Un saut d’espèce entre l’oiseau et le mammifère

Si la littérature scientifique recensait déjà des cas de « spillover » (saut d’espèce) du virus H5N1 de l’influenza aviaire vers différents mammifères, il s’agissait jusqu’alors de cas isolés. Mais en mars 2024, un cap a été franchi : pour la première fois, le virus s’est installé durablement sur une population de mammifères, notamment des vaches laitières.

« On a vu que le virus s’adaptait particulièrement aux mammifères et notamment aux vaches laitières, avec des excrétions virales dans la mamelle », détaille Éric Cardinale. Et pour cause : certaines cellules de la glande mammaire présentent des récepteurs semblables à ceux des voies respiratoires des oiseaux. Un terreau propice à la réplication du virus, qui favorise son excrétion dans le lait : « on a des charges virales extrêmement importantes au niveau de la mamelle », précise le vétérinaire.

Si bien que le lait est un vecteur de la maladie. « On a un risque de transmission par le lait cru et les produits non pasteurisés. Pour les États-Unis, au global, ça n’est pas trop un problème, ils ont réussi à maîtriser la propagation car la pasteurisation fonctionne pour se débarrasser de ce virus », souligne Éric Cardinale. Mais en France, où une partie de la production est valorisée en lait cru, les conséquences pourraient être lourdes pour les filières AOP et IGP.

Plus de 1 000 foyers détectés aux États-Unis

L’excrétion du virus dans le lait favorise également la propagation de la maladie. Elle impacte la collecte laitière au sens logistique, avec un risque de contaminations croisées entre les exploitations. « Entre 2024 et 2026, on a eu plus de 1 000 foyers quasiment dans tous les États qui produisent du lait », explique le vétérinaire. « Ça a commencé sur des chèvres laitières, puis c’est passé sur des vaches laitières. On a retrouvé le même virus sur des chats qui se nourrissaient du lait cru provenant des vaches laitières. On a eu aussi des cas humains, dont certains cas sévères. » Mais les cas relevés chez l’homme restent peu documentés. « On a peu de retours, car il y a pas mal d’immigrants du Mexique, potentiellement en situation illégale sur les fermes, pour lesquels on ne connaît pas l’impact de la maladie. »

Peu de données informent sur les conséquences de l’IAHP sur les bovins laitiers, mais l’étude d’un élevage bovin touché par la maladie en mars 2024 permet de bénéficier d’un premier aperçu. Résultat, l’épisode clinique s’est installé durant trois semaines sur la ferme, avec environ 20 % des animaux présentant des signes cliniques. « La baisse de production de lait était de 33 % pendant l’épisode clinique et la production de lait des vaches rétablies n’est pas revenue à la normale et présentait une perte moyenne estimée à 680 kg par vache pour le reste de la lactation. Le taux de mortalité des animaux ayant présenté des signes cliniques était 6 fois plus élevé que celui des animaux sans signe clinique alors que le taux de réforme était 4 fois plus élevé », relate le média canadien le producteur de lait québécois.

Les conséquences se sont particulièrement fait sentir en Californie, premier État producteur de lait des États-Unis, durant l’année 2024. Au plus fort de l’épizootie, 656 foyers y ont été recensés, entraînant un recul de 7 % de la production laitière par rapport à 2023, rapportent les Tendances de l’Institut de l’élevage.