En Bourgogne, les éleveurs d’escargots « en première ligne » du dérèglement climatique


AFP le 02/08/2026 à 16:15

« C'est l'hécatombe » : Frédéric Marcouyoux, éleveur d'escargots en Bourgogne, fait craquer sous ses pieds un tapis de coquilles vides, grillées par la énième canicule de cet été. « On est en première ligne du changement climatique ».

« C’est un désastre. Tout le revenu est par terre », explique le patron de La Ferme au gré du temps, en parcourant son parc de 1 300 m2 installé au beau milieu des champs, à Villecomte (Côte-d’Or). Il y élève 200 000 escargots par an, « en année normale ! », précise-t-il.

Car, « cette année, ça sera 100 000 qui survivront, et encore… » « L’escargot est une éponge. Il lui faut de l’humidité. C’est déjà un élevage difficile à faire en temps normal mais, dès qu’il fait chaud et sec, on a de la mortalité », explique-t-il. L’éleveur soulève une à une les planchettes de bois installées dans son parc pour former des abris ombragés, et où les gastéropodes viennent se coller.

« Ici, rien. Là, rien. Ah là, il y en a un. Là, rien… », dit-il en comptant le nombre d’escargots découverts à chaque planche retournée. « Ça devrait être garni d’escargots. C’est l’hécatombe », déplore-t-il. Victimes de la sécheresse, les gastéropodes sont également attaqués par les prédateurs à la recherche désespérée de nourriture, et en particulier les oiseaux. « Le sol est trop sec. Ils n’ont plus de limaces ni de vers et ils viennent ici se servir », précise Frédéric Marcouyoux.

« Le problème est que les canicules sont de plus en plus violentes et récurrentes. En 15 ans, on a eu seulement deux étés pluvieux : 2014 et 2024. Tous les autres, on a au moins eu une canicule. En 2019 et 2020, on a eu 70-80 % de pertes. En 2021, 50-60 %… », détaille-t-il. L’informaticien reconverti paysan il y a 15 ans finit par s’interroger : « Va-t-on réussir à continuer ? ».

« Moi, je n’ai que l’escargot »

Pour l’instant, la ferme de Frédéric tient bon. « On est heureusement diversifié. On a aussi des moutons, des ruches, des fruits… » – « Ça devient impossible » – Mais tout le monde n’a pas cette chance. « Moi, je n’ai que l’escargot », explique ainsi Hervé Ménelot, patron de L’Escargot dijonnais, à Fénay (Côte-d’Or). « C’est la catastrophe », lâche-t-il en parcourant son parc de 600 m2 où il élève 500.000 escargots.

« Il leur faut de la végétation pour qu’ils se cachent du soleil mais, depuis fin mai, vous voyez… », dit-il en pointant du doigt les herbes jadis folles, et aujourd’hui grillées comme de la paille, qui recouvrent les allées de son parc. « Je vais avoir 50-70 % de pertes, voire plus. Depuis 2019, c’est quasiment tous les ans », souffle-t-il.

Après 12 ans d’activité, Hervé se met donc à douter : « Ça devient impossible. Je ne sais pas si je vais continuer ». Sur les dix héliciculteurs que compte la Côte-d’Or, « trois viennent d’arrêter », selon lui. « Ce n’était pas viable », témoigne l’un d’eux sous couvert d’anonymat. « Ce n’est pas possible d’en vivre », a-t-il simplement ajouté sans vouloir commenter davantage cet épisode douloureux.

« Il y a de plus en plus d’exploitations menacées », reconnaît Emilien Bourgeois, président de la Fédération nationale des héliciculteurs de France, sans pouvoir donner un chiffre. « On a pas mal tous les mêmes problèmes », confesse l’éleveur, évoquant une « saison catastrophique » dans son exploitation, L’Escargot du Lison, à Eternoz (Doubs).

La crise est telle que se pose la question de la disparition même de l’élevage en France, déjà réduit à sa portion congrue avec quelque 400 éleveurs seulement. Seuls 5 % des escargots consommés dans l’Hexagone y sont produits, le reste étant importé majoritairement d’Europe de l’Est. « Oui, la filière est menacée », reconnaît Hervé Ménelot.