Comment travailler en agriculture lors d’épisodes climatiques intenses ?
TNC le 29/09/2026 à 14:33
Si l’été 2026 est apparu comme exceptionnel, les canicules intenses risquent de se répéter à l’avenir en raison du changement climatique. Quels enseignements peut-on déjà tirer de cet épisode, pour mieux préparer le secteur agricole à s’adapter et continuer à produire en cas d’épisodes climatiques extrêmes ?
Outre les conséquences désastreuses sur les récoltes et les animaux, les températures extrêmes des derniers mois ont eu des répercussions sur l’organisation et la productivité du travail. À la lueur de cette expérience, peut-on anticiper des adaptations possibles ? C’est dans cette optique que le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a consacré sa séance du 23 septembre aux impacts des canicules et sécheresses sur les activités économiques, dont l’agriculture, secteur particulièrement concerné.
Un calendrier et des horaires inhabituels
Premier constat, pour les agriculteurs : « le calendrier s’est accéléré », témoigne Christophe Grison, agriculteur dans l’Oise et président de la coopérative Valfrance. Alors que dans les années 1990, la moisson des céréales commençait début août, elle s’est terminée cette année mi-juillet. Ce changement a des conséquences sur l’organisation du travail, puisque les exploitations et les coopératives ont recours, à cette période, à des saisonniers essentiellement étudiants, qui en juin étaient encore à l’école.
La chaleur a également imposé des horaires de travail étendus : « Avec les arrêtés préfectoraux, on devait travailler tôt le matin, s’arrêter à certains horaires, mais les salariés ne pouvaient pas toujours faire des allers-retours », explique Guillaume Lefort, agriculteur en Seine-et-Marne, vice-président de Chambres d’agriculture France. Pour ces salariés, l’arrêt de travail faisait d’autant moins sens qu’ils travaillent « dans une cabine climatisée », explique-t-il.
Des nouvelles technologies pour limiter la pénibilité
Les nouvelles technologies peuvent en effet contribuer à limiter la pénibilité, y compris lors des périodes de canicule, explique l’agriculteur. Avec l’IA, les caméras détectent où est le rang, une bineuse est commandée par calculateur et l’opérateur peut travailler à distance, détaille-t-il. « Avec la télédétection, le laser vient tuer la plantule dans le rang », là où avant l’opérateur devait le faire à la main, plié en deux dans le champ, précise Guillaume Lefort. « À l’inverse on sait aussi que les conditions météo vont se bouleverser et qu’on ne sera pas toujours en capacité d’intervenir avec ces machines », prévient-il. Le risque sera, alors, d’avoir perdu le savoir-faire manuel des opérateurs. « C’est toute la limite de l’exercice, il faut savoir ménager la chèvre et le chou », ajoute-t-il.
Des injonctions contradictoires
Et l’équilibre s’avère également difficile à trouver en matière de réglementation. « Sur mon exploitation, on s’adapte, on travaille de nuit, avec des appareils de plus en plus performants, mais en parallèle, l’inspection du travail nous recommande de limiter le plus possible ce travail de nuit », explique Guillaume Lefort, déplorant « des injonctions contradictoires ». « On a besoin de faire un peu confiance aux gens » et à leur agilité, en fonction des conditions climatiques et des spécificités locales, estime l’agriculteur.
Si des dérogations ont été prises pour les moissons et les vendanges, « il faut assouplir, car on est coincés par la réglementation », ajoute Christophe Grison, qui rappelle que « le ministère du travail nous surveille de près ». Certains salariés auraient par exemple souhaité travailler dès 5h du matin lors des épisodes de canicule, mais le droit du travail ne le permettait pas (avant 6h du matin, ce sont les règles du travail de nuit qui s’appliquent).
Implications économiques
De même, il est possible d’adapter les cultures au climat changeant, « mais il faut un marché ». Alors que cette année, même le tournesol a montré ses limites, le sorgho pourrait constituer une alternative intéressante, mais aujourd’hui sans débouchés, témoigne-t-il.
Sans compter que « quand on veut s’adapter, pour sortir de sa zone de confort, on a besoin aussi d’avoir les reins un peu solides », ce qui n’est pas toujours le cas après plusieurs années dans le rouge, rappelle Guillaume Lefort. Et les récoltes de l’année ne vont pas permettre d’investir davantage. « Aujourd’hui j’ai quatre collaborateurs sur ma ferme, mais il y en a deux à qui je ne sais pas quoi donner à faire car je suis producteur de betteraves et sur le groupement dans lequel on travaille, on fait 350 ha de betteraves, dont 200 qui vont être mis à la poubelle car elles n’ont pas résisté au coup de canicule », témoigne-t-il.
Le manque de production va également avoir « un gros impact psychologique » sur les salariés, notamment dans les coopératives, explique de son côté Christophe Grison. La Coopération agricole a prévu de mettre en place un plan de continuité de l’activité, ajoute-t-il, afin de mieux anticiper et prendre en compte les difficultés du travail lors des épisodes climatiques extrêmes.