Climat : des vendanges toujours plus précoces, et plus compliquées
AFP le 31/07/2026 à 10:51
Depuis les années 1980, les dates de vendanges en France avancent toujours davantage dans le calendrier, un marqueur net du réchauffement climatique et un phénomène aux implications multiples.
Toujours plus tôt
« On voit une tendance claire, avec au moins quatre jours de précocité (gagnée) par décennie », même s’il peut y avoir des variations annuelles, résume Jean-Marc Touzard, directeur de recherche à l’institut Inrae. Champagne, Alsace, Saint-Emilion, Tavel, Châteauneuf-du-Pape : dans ce panel de vignobles, les vendanges ont lieu en moyenne 24 jours plus tôt aujourd’hui que dans les années 1970, selon des chiffres compilés par les pouvoirs publics.
Cette avancée est liée essentiellement à l’augmentation des températures moyennes, notent les scientifiques. Dans le sud des Côtes du Rhône, le début de collecte en AOC Tavel et Châteauneuf-du-Pape est passé de la deuxième quinzaine de septembre dans les années 1950 à la deuxième quinzaine d’août.
A Saint-Emilion (Gironde), pendant la majorité du XXe siècle, il se situait autour du 26 septembre, selon un suivi d’Inrae et Bordeaux Sup Agro. On est désormais plutôt au début du mois (et même le 29 août en 2022). En Champagne, où la date est déterminée par concertation entre professionnels, les vendanges ont lieu environ deux semaines plus tôt qu’il y a vingt ans.
Les années 2003, 2011, 2022, ou 2025 ont été marquantes. Il est difficile cependant de donner une date record au niveau national, la vendange relevant dans de nombreuses régions de décisions individuelles propres à chaque exploitation.
2026 en terrain inconnu
Pour cette année inédite, marquée par trois vagues de chaleur, certains ont annoncé vouloir se lancer dès fin juillet, notamment des producteurs de blanc en Languedoc, où les récoltes démarraient vers le 15 septembre avant les années 1980. Des records de précocité seront possibles en Champagne, Alsace…
« Mais dans d’autres secteurs, elles ne seront pas si précoces que ça parce que le raisin ne bouge plus » depuis les récentes canicules, explique Jérôme Bauer, président de la Confédération des producteurs de vins à appellations d’origine contrôlée (Cnaoc). Des raisins repartiront, mais certains « risquent de ne pas mûrir et ne seront pas qualitatifs, on ne pourra rien en faire », prévient-il, anticipant « une petite récolte ».
« Des coups de chauds excessifs peuvent ralentir la maturité », explique Jean-Marc Touzard : « la plante se met en mode résistance, arrête la photosynthèse, ferme » les pores de ses feuilles pour économiser l’eau… Une date de vendange peut donc être difficile à prévoir.
Pressions sur la vigne, et le viticulteur
En revanche « ça peut se déclencher très vite », poursuit le chercheur : « c’est une autre caractéristique des dernières années, il faut être hyper vigilant » à l’accélération de tous les processus. Le viticulteur, qui surveille le taux de sucre des baies, peut le voir monter soudainement. « Il peut se faire déborder » et vendanger trop tard, note-t-il.
Or les vignerons « cherchent un équilibre : assez de sucre pour avoir de l’alcool, mais qu’il y ait encore de l’acidité pour maintenir la fraîcheur », aujourd’hui demandée par le consommateur. « L’accélération des processus crée une charge mentale » supplémentaire pour le producteur, constate l’économiste et agronome.
Face aux risques et évolutions du marché, il « va aussi vouloir se diversifier, faire des cépages différents, des effervescents… Mais pour un crémant, il faut vendanger un peu avant maturité, donc jongler. Ça peut aussi complexifier les vendanges ».
Autre impact d’une « vendange chaude », des risques accrus d’altération des raisins récoltés, d’oxydation, de fermentation non désirée… Les viticulteurs de ce fait réfrigèrent de plus en plus leur collecte, via par exemple des blocs de gaz carbonique. Dans ce secteur, « il y a de la créativité. La question est, sera-t-elle assez conséquente pour faire face à l’accélération du changement climatique? », interroge Jean-Marc Touzard, rappelant que tout dépendra de la capacité globale à stabiliser le climat.