« Il faut en finir avec l’idée que la Rouge des Prés met tout son poids dans les os »
TNC le 31/07/2026 à 05:17
Race à l’honneur du Space 2026, la Rouge des Prés entend montrer son vrai visage. Éleveurs en Mayenne, Corentin et Marine Clémenceau préparent des animaux pour le concours national et défendent une race qui entend conjuguer poids, finesse d’os et qualités maternelles.
Installé depuis 2018 en Mayenne, Corentin Clémenceau a été rejoint en 2023 par sa compagne Marine. Ensemble, ils représentent la cinquième génération d’éleveurs de Rouge des Prés sur la ferme familiale. Au cœur du berceau historique de la race, « la question d’en changer ne s’est jamais posée », sourit l’éleveur.
Et pourtant, les vaches d’aujourd’hui ne sont plus celles que sélectionnait son grand-père. Les poids ont évolué et les Rouge des Prés restent fidèles à leur réputation d’animaux lourds. En concours, « il n’est pas rare de voir une vache dépasser les 1 000 ou 1 200 kg vif », constate Corentin. Mais le poids n’est plus la seule finalité. L’organisme de sélection met aujourd’hui l’accent sur la finesse d’os et la facilité de vêlage. « Il faut en finir avec l’idée que la Rouge des Prés met tout son poids dans les os », insiste Corentin.
Pour ce faire, Corentin travaille sur la sélection autour du gène culard. « Les animaux sont typés, afin de savoir qui est porteur ou non porteur. Cela permet de gérer les accouplements pour éviter les animaux homozygotes », explique l’éleveur. Longtemps plébiscité pour le développement musculaire qu’il permet, les éleveurs l’utilisent désormais avec parcimonie. « Les frais vétérinaires sont ce qu’ils sont, et un veau né par césarienne arrive déjà avec une dette à rembourser en quelque sorte… Aujourd’hui, on cherche plutôt à préserver la facilité de vêlage et à travailler la viande autrement ».

Faire du poids utile
La finesse d’os est devenue un critère de sélection à part entière. « Comme la césarienne, les veaux avec des gros os ne sont pas recherchés. Ça ne facilite pas le vêlage », explique Corentin. Et surtout, la race travaille à souligner la différence entre poids vif et rendement carcasse. Le travail sur les index permet de progresser en ce sens. « Au fil des ans, on constate un glissement. Il y a quelques années, les Rouges ressortaient à l’abattoir en R- ou R =. Aujourd’hui, on commence à pouvoir prétendre à des animaux en R + U- pour les meilleurs, avec en moyenne 510 kg carcasse sur la ferme ».
Au-delà de l’aspect génétique, le travail sur l’optimisation du rendement carcasse est piloté par des indicateurs spécifiques. Sur l’atelier d’engraissement, Corentin suit le gain moyen quotidien de poids carcasse grâce au contrôle de performance : une manière de rechercher la viande plutôt que les kilos inutiles. « Sur la ferme, on se situe autour des 1 500 g sur le 200 jours-abattage, et 1 400 g sur la période naissance-abattage », précise Corentin.

Réconcilier la génétique des concours et la génétique des index
Ces orientations s’accompagnent par de légers aménagements sur la sélection des animaux représentés en concours : « Pour qu’une vache participe au national, l’OS regarde l’IVV ainsi que l’âge au premier vêlage. Toutes les races ne le font pas ». Cette sélection est une manière de réconcilier génétique des index et génétique de concours. « L’objectif, c’est de montrer qu’une vache de concours, ça n’est pas qu’une morphologie. Elle doit être productive. Aujourd’hui, on ne peut plus se permettre d’avoir une belle vache que l’on emmène dans toutes les foires, mais que l’on n’éprouve pas par la production ». Cette sélection n’empêche pas d’avoir de belles vaches sur le ring : « Malgré ces critères, on retrouve toujours des vaches à plus d’une tonne en concours, avec de surcroît un minimum de qualités maternelles ».
Le Space, où se déroulera le concours national de la race en septembre, demande même un niveau d’Ivmat et d’Isevr supérieur à 100. « Cela reste un chiffre, mais derrière on ressent la volonté de mettre en avant les capacités maternelles des animaux », apprécie Corentin, qui se prépare à emmener des animaux pour l’occasion.
Un concours national au Space 2026
Après une pause, imposée par le contexte sanitaire, Corentin et Marine sont heureux de pouvoir de nouveau se confronter aux autres éleveurs. « Depuis que nous sommes installés à deux, nous avons fait le SIA 2024 et 2025, un passage au Sommet de l’élevage, mais nous n’avions pas encore fait le Space », explique Marine. « Cela fait un an que nous ne sommes pas sortis. C’est toujours intéressant de voir ce qui se fait ailleurs. Tant qu’on reste dans sa ferme, les vaches sont belles. C’est lorsqu’on les met à côté de celles du voisin que l’on voit ce que l’on a à améliorer », abonde son compagnon.
En plus des animaux engagés au concours national, une vache allaitante de 9 ans sera vendue à l’occasion d’une vente bouchère. « C’est une manière de mettre en avant une vache qui a eu une carrière assez exceptionnelle. Elle est dressée, a l’habitude des concours…. Nous nous sommes dit que c’était l’occasion d’aller chercher une belle valorisation pour cet animal ».
Rustique, docile et reconnaissable
Mais la Rouge des Prés, « ça n’est pas que du poids de carcasse », poursuit Corentin. Son autre atout réside dans sa capacité à valoriser des fourrages grossiers. Herbe, foin, maïs ensilage : la race tire profit de ressources variées. Sur l’exploitation, l’engraissement repose essentiellement sur une ration simple, à base de fourrages complétée par 4,5 kg de concentrés par jour (3 kg d’orge et 1,5 kg de correcteur soja-colza). « Je sors des JB autour de 490 kg de carcasse, avec un GMQ de 1,850 kg en moyenne. Je trouve qu’on est sur des animaux relativement peu exigeants ».
Au-delà de ses performances techniques, la Rouge des Prés séduit aussi par d’autres qualités qu’il est difficile de chiffrer. Marine et Corentin apprécient sa docilité et son caractère calme, mais également sa robe d’un rouge profond. « C’est un détail, mais ça a son importance », souligne l’éleveur.
Car si la sélection évolue pour répondre aux enjeux économiques et techniques d’aujourd’hui, elle n’en oublie pas pour autant les canons historiques de la race : cette robe pie-rouge foncée, ses muqueuses claires, et surtout, ce fameux cœur blanc tant recherché en haut de tête !