En 10 ans, une décapitalisation bovine plus forte en élevage laitier


TNC le 22/09/2026 à 05:18
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La décapitalisation est une tendance globale en élevage bovin, mais le recul des effectifs est proportionnellement plus marqué en élevage laitier. (© Adobe Stock_Philippe Prudhomme)

Depuis 2015, la France a perdu 1,1 million de vaches, en parallèle d’un agrandissement et d’une spécialisation des élevages laitiers, qui connaissent une décapitalisation plus forte que les élevages allaitants. Dans ces derniers, la baisse des effectifs est en partie compensée par des créations et des reconversions.

De 7,5 millions de vaches en 2015, la France est passée à 6,4 millions de têtes 10 ans plus tard, en 2025, mais les dynamiques à l’œuvre derrière cette décapitalisation sont diverses et parfois opposées selon la production -laitière ou allaitante- et les régions concernées, détaille une note d’Agreste, le service de statistiques du ministère de l’agriculture, parue en septembre. La baisse globale du cheptel s’explique principalement par la diminution du nombre d’élevages (- 28 %), passé de 136 000 en 2015 à 100 500 en 2025

Agrandissement et décapitalisation plus marqués en lait

Dans les élevages laitiers, le nombre de vaches a reculé de 15,9 %, davantage que dans les élevages allaitants (- 13,4 %). La baisse du nombre d’élevages laitiers est également plus marquée, à – 34,8 %, contre – 19,3 pour les allaitants, et leur taille moyenne a sensiblement augmenté. Ainsi, le nombre moyen de vaches par exploitation laitière a progressé de 29,0 %, passant de 62,5 à 80,7.

La décapitalisation laitière s’avère moins forte dans les départements du « croissant laitier » (du Grand-Ouest au Nord, de l’est à la Franche-Comté, jusqu’aux Alpes-du-Nord et au Massif Central). C’est dans les départements où la production sous appellation géographique protégée ou indication géographique protégée est importante que la décapitalisation est la plus limitée, entre – 20,0 % et – 13,2 %, par exemple dans le Doubs, le Jura, la Savoie et la Haute-Savoie.

En revanche, les départements du Sud-Ouest historiquement orientés en polyculture-élevage connaissent une décapitalisation plus forte, de – 41,2 % à – 64,0 %.

En parallèle, la spécialisation s’est progressivement accrue dans les élevages laitiers, au détriment de l’engraissement. « Le système laitier spécialisé demeure le plus répandu et majoritaire entre 2015 et 2025, avec le taux de maintien le plus élevé : 56,5 % des laitiers spécialisés de 2015 le restent dix ans plus tard », constate Agreste. En revanche, le système « laitier engraisseurs » se reconvertit massivement, à 41,9 %, soit vers la spécialisation en lait (28,9 %) soit vers l’allaitant (13,0 % des élevages). Cette tendance n’enraye cependant pas les cessations d’activité en élevage laitier spécialisé : 30,0 % ont arrêté sur la période, contre 23,4 % des « laitiers engraisseurs ».

En allaitant, des arrêts nombreux mais partiellement compensés

La baisse du nombre d’élevages allaitants est importante dans le Sud-Ouest, le Limousin (- 26,1 %) et dans le bassin charolais (- 20,4 %), où l’on constate également une augmentation de la taille des troupeaux. Dans les départements où le nombre d’élevages se maintient (dans le Massif Central notamment), l’agrandissement des troupeaux n’est pas sensible.

Pourtant, au global, le nombre d’élevages allaitants qui ont cessé leur activité au cours de la période 2015-2025 est plus important qu’en élevage laitier : ils sont 37,5 %, soit 27 705 élevages à avoir arrêté l’activité viande, contre 27,7 % soit 17 379 élevages laitiers. « L’apparition de nouveaux élevages allaitants au cours de la période compense en partie ce fort taux de cessation, avec 6 488 reconversions d’un système laitier vers un système allaitant et 7 641 créations d’élevages allaitants. Une dynamique que l’on ne constate pas en élevage laitier.

En allaitant, l’activité se recentre en revanche sur les systèmes « naisseurs », tandis que les « naisseurs-engraisseurs » diminuent de 26,1 %, comme, dans une moindre mesure, le système « engraisseur spécialisé » (- 6,5 %).

Une décapitalisation portée par les changements de systèmes

Enfin, dans les élevages bovins qui se sont maintenus au cours de ces dix ans, la décapitalisation reste faible, voire inexistante, puisque la taille moyenne des élevages laitiers « en maintien » a progressé de + 10,9 vaches.

C’est surtout lors des reconversions, notamment de système laitier à système allaitant, que le nombre d’animaux diminue avec – 19,8 vaches en moyenne. En parallèle, les cessations d’activités concernent plutôt les élevages aux effectifs les plus faibles (45,3 vaches en production laitière, contre 70,8 pour les élevages maintenus, et 31,5 vaches contre 59,4 pour les élevages allaitants). On constate également que les nouveaux élevages bovins ont en moyenne une taille inférieure à ceux qui se sont maintenus, en particulier pour les élevages allaitants, avec 27,5 vaches contre 59,4.