La filière bois, mobilisée contre les incendies, se prépare pour valoriser le bois brûlé


AFP le 28/07/2026 à 11:16

La forêt des Landes est l'une des plus productives pour la filière française du bois, avec un tissu d'usines aux alentours qui devra absorber le stock et valoriser au maximum les arbres endommagés par l'incendie ou coupés pour le stopper, selon l'interprofession.

Mais il est encore trop tôt pour estimer les pertes, affirme à l’AFP la présidente de France Bois Forêt, Anne Duisabeau.

Question (Q) : Comment la filière bois est-elle mobilisée ?

Réponse (R) : L’important aujourd’hui c’est de fixer cet incendie, la filière est très engagée : à travers une mobilisation générale aux côtés du monde agricole qui intervient sur l’alimentation des camions et sur la mise en place de lignes d’appui et de pare-feux. Il y a plus de 100 machines mobilisées. Ensuite on aura besoin de personnel pour arroser et éviter que ça reparte.

En Gironde, on a plus de 42 000 hectares brûlés et cela peut encore évoluer. Beaucoup de routes sont coupées, c’est très difficile d’aller en forêt pour faire un diagnostic sur son état. Il y a majoritairement des propriétaires privés, dont certains n’ont que quelques hectares et ne savent même pas encore si leur parcelle a brûlé.

Ils seront touchés en premier lieu avec des pertes importantes mais ce n’est pas parce qu’il est brûlé que le bois ne peut pas être utilisé. Des assurances existent pour les propriétaires.

Q : Quelles sont les conséquences pour la filière ?

R : Pour l’activité économique de la filière, c’est une zone de forêt mais aussi de transformation de bois qui pèse un poids important pour l’industrie française, avec des gros acteurs à l’arrêt total : on ne va pas s’amuser à transporter des camions de bois sur des routes interdites avec des risques de feu.

C’est une des forêts les plus gérées, c’est-à-dire exploitées et travaillées. Entre 30 et 40 % du sciage français à destination du secteur de la palette vient des Landes. 42 000 hectares, c’est très important mais le massif landais fait plus d’un million d’hectares.

Les entreprises s’approvisionnent dans plusieurs endroits. Mais après le passage du feu, on va plutôt orienter les capacités vers ces zones pour sauver le maximum de bois.

C’est un transfert d’activité, que ce soit en période tempête, d’incendie, c’est-à-dire qu’il va falloir arrêter de couper dans certaines zones et venir dans les zones brûlées.

Q : Comment valoriser le bois brûlé ?

R : Si le feu est passé rapidement, qu’il n’a que léché les écorces sur les arbres, le bois à l’intérieur n’est pas abîmé et pourra être transformé en scierie. Après, ça peut être mis en bois d’industrie, pour la papeterie, des panneaux, etc. Et en dernier usage, si le bois est vraiment très endommagé, s’il a perdu ses propriétés, on se retrouve à l’utiliser en bois énergie dans les chaudières.

Il y aura forcément de la gestion de stock par les transformateurs pour absorber les quantités, car plus on va s’avancer dans le temps, plus le bois va se dégrader. Il faudra hiérarchiser. Les bois brûlés vont être très rapidement soumis à des attaques de champignons ou d’insectes. Il faut agir rapidement.

On a quelques mois devant nous, on va faire du tri, regarder quels sont les peuplements les plus endommagés, où il faudra intervenir en priorité. Il faudra peut-être couper ces arbres et reconstituer la forêt. Après les incendies de 2022, les zones ont été reconstituées, mais il faut du temps.

La filière bois, c’est un temps long comme le temps de la forêt, il faut vraiment faire un diagnostic et ne pas mettre la charrue avant les bœufs.