Sécheresse : dans le Sud-Ouest, la CR appelle à irriguer malgré les interdits


AFP le 21/07/2026 à 10:19

« N'en tenez pas compte » : dans le Sud-Ouest, la Coordination rurale (CR) appelle à ne pas respecter les restrictions imposées à l'irrigation pour « sauver les cultures », alors que les autorités demandent un « partage équitable » de l'eau.

Dans les Landes, où les agriculteurs doivent réduire leurs prélèvements de 50 % par endroits, le syndicat a demandé une dérogation jusqu’au 25 juillet, « parce qu’on est en période cruciale pour la plante », mais « on n’a pas été entendus », a expliqué lundi à l’AFP Joël Descat, président de la CR40. « Je pense que des contrôles mettraient le feu aux poudres chez des exploitants déjà éprouvés et fatigués », prévient-il après avoir appelé à braver les interdits.

En Haute-Garonne, « s’ils veulent irriguer, ils irriguent (…) on sera là pour les défendre », lance le président de la CR31, Maxime Raud. Vendredi, la préfecture de ce département a fait valoir que « les capacités du système de soutien d’étiage atteignent désormais leurs limites », en renforçant les restrictions face à la « persistance de températures élevées et l’absence de précipitations significatives depuis plusieurs semaines ».

Même position pour la CR du Lot-et-Garonne, où l’irrigation est interdite dans de nombreux secteurs classés en « crise » hydrologique. « N’en tenez pas compte, si vous devez irriguer vos productions pour sauver ce qui reste à sauver, n’hésitez pas (…) Personne n’a le droit de vous interdire quoi que ce soit chez vous », avait lancé la semaine dernière sur Facebook le président du syndicat, José Pérez.

La préfecture lot-et-garonnaise, sollicitée par l’AFP, rappelle que « l’eau est un bien commun dont la préservation repose sur une gestion équilibrée et un partage équitable entre les différents usages », et invite la présidente de la Chambre d’agriculture du département, Karine Duc, « à relayer ce message » auprès des irrigants. L’élue de la CR47 répond qu’il faut trouver un « compromis » pendant encore « quelques semaines » pour irriguer les grandes cultures et les vergers.

Pertes sur le maïs

Au niveau national, la CR n’appelle pas à la désobéissance mais son secrétaire général, François Walraet, « comprend » que « dans le Sud-Ouest, certains soient complètement désespérés avec déjà des pertes de 30 à 40 % sur le maïs ». Cette céréale est entrée en période de floraison en pleine canicule : or, en cas de trop forte chaleur, le pollen grille, aucun grain ne se forme. Les épis peuvent être en partie remplis ou ne pas se développer.

La production de maïs est attendue en repli de 30 % en France, à 9,5 millions de tonnes, au plus bas depuis 26 ans, selon la principale association de producteurs (AGPM) qui redoute des pertes de 100 % dans certaines parcelles non irriguées. Environ 30% des surface cultivées de maïs sont irriguées dans le pays, contre une moyenne nationale de 7% pour l’ensemble de la surface agricole utile (SAU). Contacté, le syndicat concurrent FNSEA n’a pas commenté ces appels de la CR.

Ils interviennent alors que le projet de loi d’urgence agricole, soumis à un ultime vote à l’Assemblée lundi et au Sénat mardi, vise notamment à faciliter la construction d’ouvrages de stockage d’eau. « On manque de retenues collinaires, alors que de l’eau est passée cet hiver, avec des volumes astronomiques dans la Garonne en crue, et que personne n’a rien fait pour la stocker », estime José Pérez.