« On a, malgré nous, sous-abreuvé nos vaches pendant quelques années »


TNC le 10/07/2026 à 05:02
MatthieuCorbeauEleveurOrne

(© TNC)

Installé sur la ferme familiale dans l’Orne, Matthieu Corbeau a passé au crible les différents leviers permettant d’améliorer les performances de son troupeau. L’abreuvement, longtemps sous-estimé, s’est imposé comme un axe majeur de progrès. « Je pense qu’on a, malgré nous, sous-abreuvé nos vaches pendant quelques années », estime l’éleveur.

Jeune installé dans un bâtiment mis en service en 2011, Matthieu Corbeau s’est rendu compte que l’accès à l’eau était un facteur limitant les performances de son élevage. En multipliant les points d’abreuvement, l’éleveur de l’Orne a gagné presque 1 000 kg de lait par vache. « Je pense qu’on a sous-estimé les besoins d’abreuvement des vaches laitières par le passé à l’échelle de la filière », estime le jeune installé.

La stabulation de la ferme familiale avait été conçue en collaboration avec la chambre d’agriculture. « Je pensais avoir un bâtiment récent, adapté à mon troupeau. Mais lorsque les techniciens passaient sur la ferme, ils me faisaient régulièrement des remarques sur l’abreuvement ». Alors certes, la stabulation aire paillée — aire raclée était pratique au quotidien, mais peut-être pas optimale pour le confort des vaches.

« Je pense qu’ils n’ont pas mis de point d’eau dans l’aire paillée pour ne pas avoir un fumier trop humide, et il ne fallait pas contraindre la marche du racleur sur la partie bétonnée, donc ils sont partis sur des abreuvoirs à double pipette aux cornadis ». Mais avec seulement 6 abreuvoirs pour 105 vaches laitières, la concurrence était rude. « Lorsque je lâchais les vaches après avoir distribué à manger, elles faisaient toutes la queue pour boire. Il y avait des coups de tête… »

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Matthieu a donc étudié l’installation de grands points d’eau dans la stabulation. « J’ai opté pour trois abreuvoirs de 2,80 m, suspendus au-dessus de l’aire bétonnée ». L’équipement ne bloque pas la course du racleur, et l’aire paillée reste au sec.

« La charte des bonnes pratiques d’élevage demande d’avoir 6 cm d’accès à l’eau par vache laitière. Je n’y étais pas. On recommande même de monter à 10 cm par vache lors des périodes chaudes, je n’y suis pas tout à fait, mais les points d’eau au pâturage viennent compléter dans ce cas », précise Matthieu.

800 kg de lait en plus

Côté production, l’impact n’a pas tardé à se faire sentir. « Je suis passé de 8 700 kg de lait en moyenne sur le troupeau, à 9 500 kg de lait l’hiver dernier », apprécie l’éleveur. Mais il tempère : « nous avons également eu des fourrages de très bonne qualité l’année dernière. Cela doit peser un peu dans la balance. »

« Nous aurions dû le faire plus tôt, mais cela demande quelques aménagements », explique l’éleveur. « Il a fallu ouvrir le sol de l’aire paillée pour faire passer les conduites, cela nous a demandé un peu plus de deux semaines de travail sur la ferme », poursuit Matthieu, qui a effectué les travaux lui-même. Les trois abreuvoirs ont représenté un investissement de 5 000 €. « C’est 5 000 € bien investis », estime-t-il.

Avec un troupeau à 800 000 litres de production à son installation, Matthieu Corbeau estimait qu’il avait encore un potentiel de production à exploiter. Le travail sur la ration, l’ajout de cinq vaches et l’amélioration de l’abreuvement lui ont permis d’accompagner l’augmentation de son droit à produire, obtenu par rachat de parts sociales. « L’objectif, c’était d’aller chercher des litres sans avoir trop de vaches en plus. À terme, je serai tout seul sur l’atelier laitier. Je ne voulais pas faire trop grossir le troupeau ». En 2025, l’éleveur a frôlé le million de litres de lait produit sur la ferme.

15 abreuvoirs sur 14 ha au pâturage

Le travail sur l’accès à l’eau ne s’est pas limité à la stabulation. En système pâturant, Matthieu a retravaillé le réseau d’eau sur son parcellaire. Jusqu’alors, 5 abreuvoirs étaient disponibles sur les 14 ha de pâture qui entourent la ferme, principalement répartis sur les chemins de pâturage. Aujourd’hui, 15 abreuvoirs à cheval sur deux paddocks permettent de multiplier les options d’abreuvement en pâture. « L’idée, c’était de proposer deux points d’eau par paddock pour bien répartir les animaux sur toute la parcelle ».

Les abreuvoirs doubles permettent de déservir deux paddocks via un seul point d’eau. Grâce à cette installation, Matthieu Corbeau dispose de deux points d’eau par paddock. (© Terre-net Média)

Pour ce faire, 1,7 km de tuyaux a été installé avant la mise à l’herbe. Le nouveau réseau est alimenté depuis la stabulation, avec un tuyau de 25 mm. La configuration de l’exploitation, avec des parcelles regroupées autour de la ferme et une pente naturelle, permet de conserver un débit suffisant. Pour les points d’eau, Matthieu a choisi des bacs en béton, équipés chacun d’une vanne de fermeture pour faciliter le nettoyage et d’un flotteur à niveau constant. La réfaction du réseau extérieur aura coûté 13 000 €.

« Il ne faut pas hésiter à regarder ce qui peut être amélioré, même dans un bâtiment qui fonctionne et qui n’est pas ancien. » Selon lui, l’accès à l’eau a longtemps été un point sous-estimé dans les élevages laitiers. « On a peut-être eu tendance à sous-abreuver les vaches par le passé et je ne dois pas être un cas isolé », estime l’éleveur. « Le lait est composé à près de 90 % d’eau. Si on veut qu’elles expriment pleinement leur potentiel, il faut leur permettre d’en consommer suffisamment. »