Dans la Creuse asséchée, les prairies grillent et les éleveurs s’alarment


AFP le 08/07/2026 à 16:00
24b2a01b-a-dans-la-creuse-assechee-les-prairies-grillent-et-les-eleveurs-s-alarment

A la sécheresse actuelle s'ajoutent des récoltes de fourrage insuffisantes au printemps. (© Stephane Leitenberger/adobe stock)

Depuis un mois, « plus rien ne pousse dans les prés » et il faut déjà nourrir les animaux avec les fourrages prévus pour l'hiver, dont la récolte a souffert aussi de la sécheresse : les éleveurs de la Creuse font face à une crise « inédite ».

Sous le hangar, 930 balles de foin ont été rentrées cette année, en tout et pour tout. « Ça ne suffira pas. Il faudra en acheter », anticipe Pascal Mareix, 58 ans, installé avec son épouse Agnès depuis 1992 à Mazeirat, près de Guéret.

Cet éleveur de 90 bovins sur près de 200 hectares a déjà déboursé 10 000 euros pour compenser le déficit, la faute aux caprices de la météo qui bouleversent le calendrier agricole.

« C’est de plus en plus imprévisible. En novembre-décembre, on a été noyé par la pluie. Et après, ça s’arrête d’un seul coup. Terminé, il n’y a plus d’eau », pointe l’exploitant.

En 2023, l’agriculteur avait récolté du foin jusqu’au 14 juillet ; trois ans plus tard, il a fini un mois plus tôt. Aujourd’hui, dans les prés, « l’herbe n’est même plus jaune, elle est blanche », s’inquiète-t-il.

La fournaise des dernières semaines a nécessité aussi de « revoir le planning des journées pour travailler à la fraîche car, en plein après-midi, c’est impossible ». Le Creusois est catégorique, il n’a « jamais connu ça » en bientôt 35 ans de métier. Il faut « vraiment aimer ou être un peu fou, surtout en ce moment », pour continuer à l’exercer, lâche-t-il.

Ruisseau à sec

Après quatre mois consécutifs de déficit pluviométrique, les cours d’eau sont particulièrement bas et la préfecture a placé la quasi-totalité du département en état de « crise » hydrologique.

Un arrêté encadre strictement les usages de l’eau, pour les particuliers comme pour les professionnels, et les autorités en appellent à « la responsabilité de tous » pour réduire la consommation.

Dans la ferme de Mazeirat, entre 15 000 et 18 000 litres sont nécessaires chaque jour pour abreuver le troupeau. « On a un champ avec un ruisseau mais il est à sec, c’est triste. On pompe donc dans la rivière Creuse et on transporte l’eau dans des baquets », explique Pascal Mareix.

Cette fragilité de la ressource est liée au sous-sol. « Tout le socle limousin est touché », souligne David Ratheau, membre du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) qui a fait état, mardi, d’une dégradation générale du niveau des nappes phréatiques dans le pays.

Morcelées et de faible extension, « elles peuvent ici se vidanger assez vite s’il ne pleut pas pendant des semaines, ce qui est le cas actuellement », explique l’hydrogéologue, pour qui la situation est « pire qu’en 2022 ».

À cela s’ajoutent les canicules répétées qui dopent les besoins en eau, ces prélèvements accrus accélérant « la vidange naturelle des nappes ». Un cercle vicieux : le Limousin, avec certains secteurs du Grand-Est, est particulièrement exposé, comme le montre la carte du site gouvernemental VigiEau.

« Parcelles parking »

Les difficultés du Gaec des Mareix sont loin d’être isolées. Partout, « plus rien ne pousse dans les prés » et « ça tape dans les stocks de foin initialement prévus pour l’hiver », constate Alexis Desarménien, conseiller herbe et fourrages à la chambre d’agriculture de la Creuse. Et ce alors que la récolte a été « bien en deçà » des espérances, avec « moins 30 %, par endroits moins 50 % de rendement ».

Ces « trous d’été », le technicien les connaît mais leur précocité l’alarme. « C’est inédit, ce n’est jamais arrivé », insiste-t-il, pessimiste pour la suite car la météo à quinze jours n’annonce ni précipitations, ni répit thermique.

La chambre conseille de ménager des prairies « grillées et extrêmement stressées », voire de recourir aux « parcelles parking », où les bêtes sont bloquées et affouragées le temps que la pluie revienne.

À Mazeirat, Pascal Mareix se dit « très inquiet pour les générations futures ». Quand il s’est installé, il y a trois décennies, la sécheresse n’entrait pas dans l’équation de son activité, ou alors très ponctuellement. « Mais depuis une dizaine d’années, ça va très vite et il va falloir s’adapter, sinon on ne pourra plus rien produire », prévient-il.