En AOP Abondance, « les jeunes reprennent les fermes »


TNC le 11/06/2026 à 08:02
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Julien David élève, avec ses parents, 50 vaches laitières Abondance et transforme les 300 000 l de lait produits chaque année. (© Sifa)

Avec une production en hausse, la visibilité et pérennité apportées par l’appellation, la filière est dynamique et installe de nouveaux éleveurs. « La valorisation du lait et du fromage n’est jamais en baisse », argue Julien David, installé sur l’élevage familial depuis 4 ans.

« Notre filière, c’est une vallée, une vache, un fromage, un produit qui séduit de plus en plus de consommateurs. Son image de marque, en lien avec son authenticité, encourage l’installation de jeunes éleveurs en AOP Abondance », met en avant Julien David, installé depuis le 1er avril 2022 à Châtel en Haute-Savoie, sur une exploitation dans la famille depuis de nombreuses générations.

La vieille ferme à côté de la stabulation actuelle des animaux date de 1820 et le chalet d’alpage de 1871. « Les reprises restent majoritairement familiales mais il y a aussi de plus en plus de transmissions entre tiers », constate-t-il. Associé à son père et sa mère, il est à la tête d’un cheptel d’une cinquantaine de vaches Abondance sur 90 ha de prairies permanentes, dont 20 ha dans la vallée pour faire du foin et 70 ha d’alpages, et produit 300 000 l de lait transformés entièrement à la ferme.

Toute la production transformée sur l’exploitation

« Ce modèle est historique sur le secteur contrairement à d’autres où les coopératives assurent une partie de la transformation », explique Julien David. Pour la commercialisation en revanche, 30 % des fromages Abondance du Gaec Barbossine sont vendus en direct et 70 % via la coopérative de producteurs fermiers de Thônes.

+ 2,5 % de lait produit dans la filière en 2025

La filière bénéficie « d’une bonne dynamique », souligne-t-il. Depuis sa création en 1990, la production est en hausse (+ 2,5 % en 2025) et le développement du tourisme favorise la vente directe. Le jeune producteur évoque d’autres atouts comme le cadre de vie et la visibilité/pérennité apportées par l’AOP. Sans oublier le prix du lait : « la valorisation de notre production n’est jamais en baisse. »

C’est pourquoi « les jeunes reprennent les exploitations », résume Julien David. D’autant « qu’il n’y a pas de raison que ce dynamisme cesse ». L’AOP Abondance peut, en outre, absorber les surplus de production d’autres filières, « comme récemment pour le Reblochon, dont le marché a ainsi pu se maintenir », poursuit-il.

Il mentionne aussi le programme de préservation de la race mis en place en 2022 et qui vise à accroître les effectifs en soutenant financièrement son développement, par exemple en participant en partie à l’achat de doses d’insémination sexées ou d’embryons. « En montagne et haute montagne, les structures n’avaient pas assez de génisses pour le marché et le renouvellement. Cette initiative encourage les producteurs à en élever, ce qui contribue à l’image de la filière », estime Julien.

Une pression foncière de plus en plus forte

Le cahier des charges peut paraître contraignant mais « il garantit un produit de qualité, et la rémunération derrière », pointe le jeune exploitant. Autres contraintes : le relief en pente – le siège de l’exploitation se situe entre 1 000 et 1 100 m d’altitude – et les aléas climatiques qui vont avec. « Mi-mai, il a neigé et une semaine après, nous avons eu des températures caniculaires. La neige arrive souvent du jour au lendemain même l’hiver. »

La pression foncière est, par ailleurs, de plus en plus forte. « La population du département augmente chaque année de 10 000 habitants », illustre Julien. D’où de moins en moins de terres disponibles et des prix toujours plus élevés.

Ce dernier est engagé au sein du réseau Jeunes Agriculteurs – il est membre du bureau départemental et co-responsable du dossier montagne – et de la Société d’économie alpestre de Haute-Savoie, où il est vice-président, pour promouvoir la filière AOP Abondance, donc l’installation et plus largement le renouvellement des générations et le métier d’éleveur,afin qu’elle reste « viable, durable et transmissible, et attire les jeunes et les moins jeunes ».