Les céréaliers toujours en manque de réponse face à une crise historique


TNC le 27/05/2026 à 16:57
IMG_9885

Eric Thirouin, président de l'AGPB, a déploré le manque de réponse politique face à la crise historique que connaissent les céréaliers. (© TNC)

Alors que les mauvaises années se succèdent, et que les inquiétudes grandissent quant à la prochaine récolte, les producteurs de grandes cultures ne veulent « rien lâcher » et « tenter toutes les pistes, même les plus disruptives », a rappelé le président de l’AGPB en conclusion du congrès de son syndicat, le 27 mai. Pour autant, le soutien et les actes politiques restent selon lui trop timides, à l’image de la loi d’urgence actuellement en discussion dans l’hémicycle.

Après trois années noires, la filière céréalière française connaît aujourd’hui un décrochage sans précédent ni commune mesure avec ce que connaissent ou ont connu les autres filières agricoles. Et la hausse des intrants, conséquence de la guerre en Iran, vient encore augmenter les difficultés. « On met les céréaliers face à un véritable mur qui va obliger à repenser les modèles de production », constate Quentin Mathieu, responsable entreprises et perspectives économiques du think tank Agridées.

Trouver de nouvelles pistes de solutions, c’est ce à quoi l’AGPB a voulu s’atteler à l’occasion de son congrès qui s’est tenu à Nancy les 26 et 27 mai. Bioéconomie, biocarburants dont le plafond aujourd’hui à 7 % pourrait être réhaussé, développement de la contractualisation, diversification font ainsi partie des solutions mais, en parallèle, l’ambition politique n’est pas au rendez-vous, regrettent les producteurs de grandes cultures.

Eau, engrais, zones intermédiaires : des annonces insuffisantes

Retenue à l’Assemblée nationale pour l’examen du projet de loi d’urgence agricole, Annie Genevard ne s’est pas rendue à Nancy mais avait envoyé un discours vidéo ponctué de maigres réponses.  

Pour faciliter l’accès des zones intermédiaires à la MAEC qui leur est réservée, le plan stratégique national (PSN) de la Pac a ainsi été adapté : « c’est désormais sur 60 % de l’exploitation, et non pas sur 90 %, que sera mesurée l’exigence de rotation », a précisé la ministre. Cette MAEC sera réouverte en 2027 et « les fonds qui n’auraient pas été mobilisés cette année resteront disponibles en région l’année prochaine », et complétés si besoin, a-t-elle ajouté.

Mais sur ces territoires à faible potentiel, où le risque d’arrêt de production est très important, « l’impact est de l’ordre du milliard d’euros, on a besoin de mesures de crises », explique Benjamin Lammert, président de la Fop, qui appelle à davantage de soutien public et économique.

Concernant les engrais, s’il n’y a aujourd’hui pas de pénurie, force est de constater la crise des prix. Entre les trésoreries dégradées et le faible cours des céréales, « les agriculteurs n’ont pas de possibilité d’achat », explique Cédric Benoist, secrétaire général adjoint de l’AGPB. Les réponses à ce sujet sont d’autant plus urgentes que si elles arrivent trop tard, elles risquent de générer une crise logistique en provoquant trop d’achats au même moment.

« Nous travaillons en ce moment avec mes services à mettre en place un guichet engrais afin de compenser les surcoûts d’engrais azotés minéraux liés à l’impact de la guerre en Iran », a indiqué de son côté Annie Genevard.

Sur la question de l’eau, en partie traitée dans la loi d’urgence, « les attentes restent immenses », déplore Franck Laborde, président de l’AGPM. Et si la ministre se targue d’avoir « obtenu la suppression de l’alourdissement de la RPD comme de la modification de la gouvernance des Comités de bassin au détriment des agriculteurs », pour les producteurs de grandes cultures, les avancées demeurent insuffisantes. « On transforme la loi d’urgence agricole en loi d’urgence environnementale », déplore également le président de l’UNPT, Geoffroy d’Evry, faisant remarquer le peu de parlementaires et de représentants de l’État dans la salle malgré l’urgence de la situation.

Car bien qu’élaboré en un temps record, le texte n’est aujourd’hui « pas à la hauteur », rappelle le président de l’AGPB, Èric Thirouin.

Le sujet phytosanitaire évacué

Ce dernier ne décolère pas face à l’impossibilité de faire entrer dans la loi d’urgence la question des produits phytosanitaires, tous les amendements sur le sujet ayant été jugés irrecevables. Un « manque de courage politique » du gouvernement, commente Franck Sanders, président de la CGB. Éric Thirouin plaide pour une « reconnaissance mutuelle » des produits phytosanitaires évalués et autorisés dans d’autres états européens. « Certains pays le font, pas la France », déplore-t-il, demandant à ce que l’Anses soit obligée de justifier ses refus. Les conclusions de l’agence sont toujours attendues concernant le triallate, autorisé dans les pays limitrophes à la France. En attendant, les demandes de dérogations 120 jours seront possibles, a annoncé Annie Gevevard.

« Urgences grandes cultures »

Face à tous ces enjeux, et à leur urgence pour l’avenir des filières céréalières, les représentants des associations spécialisées en grandes cultures de la FNSEA entendent porter une vision commune. Leur présence au congrès de l’AGPB constitue « un signal fort de mobilisation conjointe », explique Éric Thirouin pour qui les mois qui viennent « seront décisifs », avant l’élection présidentielle. « Arrêtons l’énorme gâchis de la décroissance », conclut-il, assurant que l’AGPB reste « mobilisée plus que jamais ».