En Baie de Somme, il élève des bœufs dans les bas-champs


TNC le 21/05/2026 à 05:36
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Mathieu Brassart, jeune agriculteur en Baie de Somme, fait pâturer ses animaux sur des prairies en zone humide. (© TNC)

Mathieu Brassart est éleveur bovin en Baie de Somme. De ses vaches laitières, il élève toute la suite : génisses pour le renouvellement et bœufs pour pâturer les bas-champs. Une production qui lui permet de valoriser ces zones humides soumises à certaines restrictions.

« Ce ne sont pas les prairies les plus rentables de l’exploitation c’est sûr, mais elles sont bien adaptées à l’engraissement des bœufs et elles sont moins séchantes l’été. » Mathieu Brassart parle des prairies en zone humide qu’il exploite. Ce jeune agriculteur, installé sur le Gaec familial à Sailly-Flibeaucourt (commune du parc naturel régional de la Baie de Somme), produit du lait et des bœufs. Il présente : « On trait 125 vaches, on garde toutes les femelles pour le renouvellement et les mâles pour en faire des bœufs d’engraissement. » Il insémine toutes ses génisses en semences sexées Holstein et ses vaches en croisement Hereford, une race sélectionnée pour sa rusticité et ses faibles exigences alimentaires.

« On rentre quand on peut dans les prairies humides »

Sur les 70 ha de prairies permanentes, 45 ha sont dites « prairies humides » car situées en zone de bas-champs. Pour les novices, ces bas-champs sont en fait des terres agricoles gagnées sur la mer au fil des siècles grâce à la digue. Situées derrière le littoral, elles sont exposées aux risques d’inondation avec la montée des eaux. Forcément, elles sont donc souvent humides. Mathieu en témoigne : « Les animaux intègrent ces parcelles au 10 mai, alors qu’on démarre le pâturage au 15 avril sur nos autres prairies. Il y a toujours environ un mois de décallage. »

Si les vaches pâturent autour du site, les génisses inséminées et les bœufs vont un peu plus loin. Mais ces prairies humides présentent un fort risque parasitaire, donc l’éleveur n’y met que ses bœufs. « On les sort début mai. Ils ont 15 mois à peu près lors de leur première saison dehors. Et on les rentre entre le 15 octobre et le 1er novembre. Il ne faut pas trop tarder sinon la bétaillère ne rentre plus dans les parcelles à cause de l’humidité. Ils font une deuxième saison de pâturage et on les vend à 30 mois. » En stabulation, ces bœufs sont nourris au maïs et à la pulpe avec un ballot de fanes de pois et du correcteur. « On leur met en plus de la pulpe et du tourteau en phase d’engraissement », complète Mathieu. « L’avantage des Herefords, c’est qu’ils ont un bon indice de consommation. On sort des bœufs à 350 kg de carcasse, c’est correct ! »

Des MAEC pour une gestion résiliente des pâtures

Sur ces prairies humides, l’éleveur touche des aides MAEC (mesures agroenvironnementales et climatiques), des subventions issues du second pilier de la Pac visant à « accompagner le changement de pratiques agricoles en faveur de la biodiversité, de la qualité de l’eau et de la lutte contre l’érosion ». Pour l’éleveur, ces aides sont un plus : « On touche environ 4 000 €/an grâce à ces MAEC. Et les obligations qu’on a derrière correspondent à ce qu’on faisait déjà sur ces prairies. Si elles disparaissaient, on ne changerait pas grand-chose au final. »

Sur ses parcelles, Mathieu Brassart est concerné par la MAEC MHU : « La fertilisation est réduite à 50/30/30 [N à 50kg/ha/an, P à 30kg/ha/an, K à 30kg/ha/an, absence d’apports magnésiens et de chaux, NDLR]. Le chargement aussi est limité entre 0,2 et 1,4 UGB/ha/an. Mais c’est une moyenne annuelle donc c’est correct. » Il complète : « Sur une pâture située dans la zone Natura 2000 par contre, on a interdiction d’apporter de l’engrais et un retard d’exploitation fixée au 10 juin (que ce soit en fauche ou au pâturage). Sur cette parcelle, on fait du foin du coup. »

Côté productivité, « ce ne sont pas les prairies les plus productives de la ferme, explique l’éleveur. On doit tourner à 7 tonnes de moyenne sur l’élevage mais on est plutôt à 4 tonnes dans les bas-champs et 2 à 3 tonnes dans les prairies de fauche qui ne reçoivent pas d’engrais du tout. » Peu productives et avec un fort risque parasitaire, ces prairies n’ont pas que des atouts, mais l’éleveur assure : « Elles sont bien moins séchantes l’été, on n’a pas besoin de les décharger, elles continuent à produire même quand il fait très chaud et sec. »