Les marchés agricoles agités par l’hypothèse d’un grand retour de la Chine


AFP le 20/05/2026 à 20:20
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La Maison-Blanche a annoncé un accord d'achats entre la Chine et les Etats-Unis, qui porterait à presque 30 milliards de dollars les importations de produits agricoles américains par la Chine, un niveau historiquement haut. (© spidey888, AdobeStock)

« Énorme » si cela se confirme : les marchés agricoles sont agités par l'hypothèse d'un grand retour de la Chine aux achats, après l'annonce par la Maison-Blanche d'un « accord historique » entre Washington et Pékin pour les produits agricoles.

« La Chine achètera au moins 17 milliards de dollars par an de produits agricoles américains en 2026 (au prorata des mois restants), 2027 et 2028, en plus des engagements d’achat de soja qu’elle a pris en octobre 2025 », indique un document publié dimanche soir sur le site de la Maison-Blanche.

« C’est énorme, si cela se vérifie », a réagi Sébastien Poncelet, analyste chez Argus Media, relevant que Pékin n’avait « pas encore réagi » à ce mémo publié après le retour du président Donald Trump de Chine.

« Si cela se confirme, on se rapprocherait des 30 milliards de dollars d’importations agricoles américaines en Chine, soit au niveau de 2021-2022, les plus grosses années en valeur », a relevé l’analyste.

« Nouveau souffle » 

« C’est un puissant facteur haussier pour les cours, qui changerait le panorama mondial des céréales », souligne M. Poncelet, rappelant qu’une telle augmentation des achats chinois de soja comme de blé, d’orge ou de maïs aurait pour effet de « tendre les stocks américains ».

Les cours des céréales comme du soja avaient baissé en fin de semaine dernière à la Bourse de Chicago en l’absence d’annonce claire depuis la Chine, mais la publication du mémo dimanche a donné un coup de fouet à tous les produits agricoles lundi.

Sur le marché européen, blé et maïs s’échangeaient encore mercredi au-dessus de 216 euros la tonne sur les échéances les plus rapprochées, en hausse de plus de 3 % en trois jours, tandis que le colza se vendait à 526 euros la tonne, son plus haut niveau depuis février dernier.

Même si les marchés « restent prudents », dans l’attente de précisions sur la répartition de ces produits et quant aux engagements réels de la Chine en termes de volume, Arlan Suderman, de la plateforme de courtage StoneX, estime dans une analyse en ligne que « la Maison Blanche a donné un nouveau souffle aux marchés ce weekend pour les céréales comme pour les oléagineux ».

Guerre au Moyen-Orient

Tout en relevant une progression nette des cours du soja après cette annonce, Jack Scoville, analyste chez Price Futures Group, met en garde contre un ralentissement possible des achats chinois du fait de la guerre au Moyen-Orient.

Cela pourrait peser sur les prix de la graine oléagineuse américaine alors que les récoltes de soja se terminent au Brésil et vont bientôt déferler sur les marchés mondiaux.

« Nous avons enregistré hier de solides hausses (…) Mais nous commençons maintenant à observer un léger ralentissement » et « certains opérateurs restent sur leurs positions (…) car nous ne savons pas encore quelle sera la nature exacte » des achats chinois, a résumé Dewey Strickler, analyste chez Ag Watch Market Advisors.

Passée l’euphorie de l’annonce, les regards se retournent vers la terre et la météo.

Aux Etats-Unis, « on attend de voir si les précipitations actuellement prévues pour les plaines et le Midwest américains se concrétiseront », indique Rich Nelson, de la maison de courtage Allendale.

« Volatilité »

Le contexte général reste tendu pour la céréale du pain, du fait des prévisions de la petite récolte américaine de blé qui pèse sur le bilan mondial, avec une production attendue en recul de 3 % en 2026-27, dans le dernier rapport du ministère américain de l’Agriculture.

La situation est partagée : si les blés américains souffrent du manque d’eau, « les blés européens et de la mer Noire bénéficient d’un printemps finalement bien humide qui généralement produit de très bonnes récoltes », explique Sébastien Poncelet.

En outre, ajoute-t-il, le blé européen bénéficie d’un « petit coup de pouce supplémentaire » pour les exportations avec la baisse de l’euro face au dollar ces derniers jours.

Quant aux oléagineux (colza, tournesol, soja), ils profitent d’un niveau élevé du pétrole, toujours au-dessus des 100 dollars le baril.

D’une manière générale, remarque l’analyste d’Argus Media, on observe un « regain de volatilité », avec beaucoup d’incertitudes, notamment sur le comportement de la Chine, mais aussi dues à de multiples menaces – manque d’engrais pour 2027, phénomène climatique El Niño – dont « on ne sait pas si elles vont se concrétiser ».