Ferments, lombricompost : Laurent Isambert teste l’enrobage des pommes de terre bio


TNC le 15/05/2026 à 05:02
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Laurent Isambert cherche à être plus autonome sur les moyens de production qu'il utilise. (© Flora CB/Banque d'images FranceAgriTwittos)

Laurent Isambert est un des lauréats de la Bourse de recherche à la ferme, lancée par l’Association Pour une Agriculture du Vivant. Avec un voisin agriculteur, il étudie différents itinéraires culturaux alternatifs pour booster la croissance des pommes de terre bio.

Installé en Eure-et-Loir, Laurent Isambert est arrivé dans les années 2000 sur l’exploitation familiale avec son père. La campagne 2018 marque un tournant important pour le producteur avec une double transition vers l’agriculture biologique et l’agriculture de conservation des sols (ACS). Une évolution réfléchie pendant plusieurs années, notamment au sein du GIEE Terre de vie. 

« Produire des références opérationnelles »

« Nous avions fait les mêmes constats sur les impasses de l’agriculture telle qu’elle est pratiquée dans le département, explique le producteur, déjà engagé dans une réduction de travail du sol. Avec les agriculteurs du groupe, nous avons mis en place plusieurs essais et suivi diverses formations sur les ferments lactiques, les thés de compost, etc. »

Laurent Isambert a rapidement rejoint l’association Pour une Agriculture du Vivant (PADV), notamment depuis la mise en place de l’indice de régénération : « cet outil constitue un levier important pour valoriser nos pratiques vertueuses. Les techniques que nous employons impliquent une prise de risque qui, aujourd’hui, n’est pas suffisamment reconnue ni rémunérée ».

La Bourse de recherche à la ferme apparaît comme « une suite logique ». À travers ce dispositif, PADV entend soutenir une recherche appliquée, directement ancrée sur le terrain, pour « produire des références opérationnelles, par et pour des agriculteurs. Ces derniers bénéficient d’un appui d’experts externes et structurer et consolider leur démarche, utile à la transition agroécologique ».

Laurent Isambert et son voisin, Jean-Baptiste Bourdeloup, travaillent le sujet de la nutrition des plantes et de la fertilité naturelle des sols. Ils souhaitent évaluer les effets de plusieurs types de biostimulations sur pommes de terre bio. « Au-delà du rendement, il y a d’autres enjeux importants comme la qualité de la peau liée aux attaques de maladies ou de ravageurs, le visuel est primordial pour les pommes de terre vendues en frais, précise Laurent Isambert. La qualité d’un lot se mesure également au calibre des tubercules et à leur régularité. »

« Gagner en autonomie »

Dans leur projet de recherche, lancé ce printemps pour une durée d’un an, les deux agriculteurs vont ainsi s’attacher à comparer les itinéraires culturaux suivants pour améliorer les connaissances sur l’enrobage des pommes de terre bio : 

– Chez Laurent Isambert, une partie avec des pommes de terre enrobées de ferments maison : plantes produites à la ferme, un à base d’oignons et un à base de lentilles, concentration en bactéries lactiques, plus importante que celle du commerce ; 

– Une autre partie avec des pommes de terre enrobées d’un mélange autoproduit composé de lombricompost, mélasse, algues et guano de chauve-souris, et une bande témoin sans enrobage ; 

– Chez Jean-Baptiste Bourdeloup, la parcelle va recevoir depuis la plantation et tout au long de la croissance plusieurs apports de ferments Fisher, d’acides aminés et d’oligo-éléments (bore, zinc, fer…). 

« Les essais menés l’an dernier n’ont pas donné de résultats concluants. En revanche, ceux réalisés en année N-2 avec des extraits liquides de compost avaient montré des effets intéressants, notamment sur la structure du sol. Certaines choses peuvent fonctionner une année et pas une autre, observe Laurent Isambert. Avec ce nouveau protocole, l’objectif est d’intensifier les expérimentations afin d’inscrire durablement ces techniques dans nos pratiques. » Un suivi post-récolte est prévu. 

Pour l’agriculteur, « il n’y a pas de recette miracle, l’adaptation est essentielle. On cherche à gagner en robustesse et en autonomie, tant dans nos décisions que dans nos moyens de production ».