La collecte laitière commence à se tasser et les marges restent sous pression


TNC le 27/04/2026 à 11:00
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La collecte française a grimpé aux mois de février et mars, mais un retournement s'amorce en avril dans les bassins de l'Ouest. (© TNC)

Après un net rebond en début d’année, la collecte laitière française montre des signes d’essoufflement au mois d’avril, entre séquelles de la FCO dans l’Ouest et menaces d’un printemps sec. Quant au prix du lait, la spirale baissière se poursuit.

« En France, après un début d’année dynamique, des signaux de tassement de la collecte apparaissent alors que le prix du lait recule et les marges s’effritent », alerte l’Idele dans ses « Tendances lait » parues le 23 avril.

Alors que le cheptel laitier continue de se contracter (- 2,5 % sur un an), la collecte française s’est nettement redressée début 2026. En février, elle a grimpé de 6,4 % sur un an, et les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer estiment à 5 % la hausse sur mars. Ce dynamisme est lié à une meilleure productivité des vaches, portée par « des coûts d’alimentation contenus, la bonne qualité des fourrages récoltés en 2025 et la montée en puissance de la robotisation dans les élevages ».

La tendance à la hausse sur les deux premiers mois de l’année est notamment tirée par les régions Grand Est (+ 10,3 %/2025), Hauts-de-France (+ 9,5 %) et Bourgogne-Franche-Comté (+ 8,5 %), en grande partie par effet de rattrapage : ces bassins avaient été fortement touchés par l’épizootie de FCO fin 2024, ce qui avait dégradé les chiffres de la collecte début 2025. Quant à l’Auvergne-Rhône-Alpes, ce sont les « très bons fourrages récoltés en 2025 et l’automne clément » qui ont fait grimper la collecte (+ 9,6 %).

Mais les indicateurs du mois d’avril viennent ternir cette embellie globale. « Un retournement s’amorce dans les bassins occidentaux », avec une collecte observée en repli début avril en Bretagne et dans les Pays de la Loire. En cause : les troubles de la fertilité et les décalages de vêlages causés par la FCO dans ces régions.

À cela s’ajoutent des contraintes climatiques : après un hiver humide qui a impacté la portance des sols et retardé la mise au pâturage, « un printemps sec se profile, menaçant déjà la qualité des prairies. Un retour de la pluie serait nécessaire pour préserver le potentiel fourrager », prévient l’Idele.

Le prix du lait continue de baisser

Le prix du lait poursuit de son côté sa trajectoire baissière. Il atteignait 449 €/1 000 l en février pour un lait standard à 38 g/l de TB et 32 g/l de TP, soit 37 € de moins qu’en février 2025, et une perte cumulée de 48 € depuis septembre 2025. Selon l’Observatoire de l’Éleveur laitier, ce repli se poursuivrait en mars (estimé à — 43 € sur un an) et en avril (- 47 € sur un an).

Sur le front des charges, les aliments achetés et l’énergie ont respectivement baissé de 7,5 % et 5,9 % entre février 2025 et février 2026, tandis que les engrais sont repartis à la hausse (+ 7,5 %). L’indice Ipampa lait de vache (qui représente un peu plus de la moitié des coûts de production) de février a en tout diminué de 1,7 % sur un an et augmenté de 0,5 % sur un mois. L’indice de mars, pas encore publié, devrait être particulièrement impacté par la flambée des cours de l’énergie et des engrais observée depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

Entre prix du lait en recul et charges plutôt orientées à la hausse, la marge Milc, qui mesure l’écart entre le produit de l’atelier et ses charges principales, a reculé en février pour le quatrième mois d’affilée en février, à 222 €/1 000 l (- 15 €/janvier). L’érosion sur un an reste contenue grâce à la bonne tenue des recettes issues des coproduits viande. D’autre part, les salaires, les travaux confiés à des tiers et les frais financiers, qui ne sont pas inclus dans le calcul, demeurent en hausse.

Face à l’afflux de collecte en début d’année, les industriels ont continué d’orienter leurs fabrications vers les produits de commodités, « plus facilement stockables et exportables ». En février, les fabrications de beurre ont ainsi grimpé de 12 % et celles de poudre maigre de 9 % par rapport à février 2025.

En bio, l’écart de prix avec le conventionnel a doublé

Après trois années de repli (- 13 % entre 2022 et 2025), la collecte de lait bio s’est redressée depuis décembre 2025. En février, elle a progressé de 2,9 % sur un an, à 84,7 millions de litres. Ce rebond s’inscrit dans « un contexte de forte contraction du nombre de livreurs » : la filière a perdu 5,3 % de ses producteurs en un an, avec seulement 3 500 exploitations recensées.

Comme en conventionnel, la reprise repose donc sur les seuls gains de productivité des vaches, et reste exposée aux mêmes aléas printaniers — sécheresse, séquelles de la FCO — qui menacent la collecte dans les prochaines semaines.

En ce qui concerne les prix, ils ont grimpé de 20 € entre février 2025 et 2026, à 529 €/1 000 l pour un lait bio standard, et devraient se maintenir sur cette tendance haussière vu le regain de la consommation de produits laitiers bio et la collecte « structurellement tendue ».

L’écart entre le lait bio et le lait conventionnel, stabilisé autour de 50 €/1 000 l au cours des trois dernières années, a doublé pour atteindre 100 € en février. En Allemagne, ce différentiel approche les 270 €/t, un record.