Blé et maïs : des cours orientés à la baisse sur fond de stocks élevés
AFP le 16/04/2026 à 09:10
Les cours des céréales ont globalement reflué ces derniers jours, un mouvement favorisé par l'espoir de nouvelles discussions de paix au Moyen-Orient, tandis que l'inquiétude grandit pour le blé dans les plaines américaines, faute de pluie.
« Après une hausse modérée », la redescente des cours des blés, maïs ou soja se fait aussi « avec modestie » sur un marché agricole relativement décorrélé de celui des hydrocarbures, relève Sébastien Poncelet, analyste chez Argus Media.
Sur le marché européen, le blé et le maïs étaient orientés à la baisse mercredi, la céréale du pain oscillait entre 194 et 195 euros la tonne sur l’échéance la plus rapprochée, tandis que le grain jaune, notamment utilisé pour le bétail ou transformé en agrocarburant, se stabilisait à près de 205 euros la tonne.
« On ne voit pas de cataclysme vendeur sur les grains », souligne l’analyste, qui relève une « certaine lassitude » face aux annonces contradictoires et intempestives du président américain sur la situation dans le Golfe.
Il souligne aussi une remontée de l’euro face au dollar, qui pénalise les exportations européennes et tend à peser à la baisse sur les cours, et surtout, rappelle l’amortisseur que représente la « lourdeur des stocks » chez les principaux pays exportateurs.
Le rapport mensuel d’avril du ministère américain de l’Agriculture (USDA) a revu à la hausse la récolte mondiale attendue en blé, en rehaussant notamment la production de l’Union européenne et de la Russie.
Aux Etats-Unis, c’est la boussole météorologique qui donne le ton à la Bourse de Chicago : les cours du blé sont de ce côté de l’Atlantique en hausse sur la semaine, portés par des conditions de culture défavorables dans la région des Grandes plaines.
Dans son dernier rapport sur l’état des cultures publié lundi, l’USDA considère désormais que seulement 34 % du blé d’hiver est en « bonne » à « excellente » condition, contre 47 % à la même période l’an dernier. Et 32 % des cultures sont dans des conditions « mauvaises » à « très mauvaises », contre 19 % un an plus tôt.
« Choc global, crises locales »
Après une récente période de pluie, « il subsiste encore des zones où les précipitations nécessaires font défaut », notamment dans les plaines du Kansas, premier Etat producteur de blé, relève Rich Nelson, de la maison de courtage Allendale.
Le débat parmi les agriculteurs ne porte pas uniquement sur les baisses potentielles de rendement du blé d’hiver HRW (la variété la plus cultivée aux Etats-Unis), explique-t-il, la question concerne désormais « les superficies cultivées : quelle part des terres sera abandonnée ? ».
Au-delà des risques climatiques, une autre inquiétude grandit : celle concernant l’impact d’une crise prolongée au Moyen-Orient, région qui fournit 30% des fertilisants mondiaux.
Des « risques croissants pèsent sur les chaînes d’approvisionnements rurales et sur la sécurité alimentaire mondiale », alerte le Fonds international de développement agricole (Fida) « Un choc global, des crises locales », résume l’organisation, soulignant que « les petits producteurs et productrices agricoles, qui produisent un tiers de la nourriture mondiale, subissent déjà les effets de cette crise ».
« Le temps presse », souligne aussi l’organisation de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), qui appelle à « atténuer la crise des prix des principaux intrants agricoles » pour éviter une chute des rendements dans les pays les plus fragiles.
Mais pour Arlan Suderman, analyste pour la plateforme de courtage StoneX Financial, « les gros titres qui circulent à Wall Street au sujet d’une crise alimentaire mondiale imminente due à la pénurie d’engrais semblent un peu alarmistes ». « C’est davantage une histoire à long terme qu’une question immédiate », mais cela se reflète tout de même dans la hausse des cours, note-t-il.
Aux Etats-Unis, les cours du maïs, qui restent soutenus par de « bonnes ventes », pourraient à terme pâtir des « très belles récoltes qui se dessinent en Argentine et au Brésil », relève Sébastien Poncelet.
Quant au soja, converti en biogazole et pour alimenter le bétail, il bénéficie de la hausse des ventes d’agrocarburants et de la volonté affichée du gouvernement américain de soutenir le développement de ces carburants.