Face au déficit mondial annoncé en produits laitiers, la France a une carte à jouer
TNC le 03/04/2026 à 15:30
La consommation mondiale de produits laitiers devrait progresser de 21 % d'ici 2034. Un bond que les grands bassins exportateurs peinent à anticiper, si bien qu’un déficit structurel mondial se profile pour les prochaines décennies. Dans ce contexte, la filière laitière française pourrait tirer son épingle du jeu.
La production mondiale de lait devrait franchir cette année le milliard de tonnes et continuer de croître tout au long de la décennie. « Mais ces volumes pourraient ne pas suffire à satisfaire la demande mondiale, dont le rythme de croissance pourrait dépasser celui de la production », explique l’économiste Jean-Marc Chaumet (Cniel) dans une note des chambres d’agriculture publiée fin 2025.
Entre 2025 et 2034, la consommation mondiale de produits laitiers devrait grimper de 21 %, prévoient l’OCDE et la FAO, ce qui en fait l’une des catégories alimentaires à la croissance la plus rapide. Un bond expliqué par la croissance démographique – la population mondiale devrait passer de 8 à 8,8 milliards d’habitants d’ici à 2035 -, la hausse des revenus dans les pays émergents et l’évolution des régimes alimentaires.
Les produits laitiers frais arrivent en tête des progressions (+ 21 %), suivis du beurre (+ 18 %) et du fromage (+ 10 %). Cette expansion sera très largement portée par les pays en développement avec une hausse de 35 %, contre seulement + 0,5 % dans les pays développés.
Premier moteur de cette croissance, l’Asie ne peut répondre seule à sa demande domestique : son taux d’autosuffisance en produits laitiers n’atteignait que 92 % en 2024 (86 % pour l’Afrique), avec notamment une forte dépendance aux importations des pays d’Asie du Sud-est (99 % pour les Philippines).
Et dans les années qui viennent, l’Asie comme l’Afrique continueront d’avoir besoin des importations pour couvrir la demande locale en produits laitiers. De fait, la consommation progressera plus vite que la production dans ces régions, dont les conditions climatiques ne favorisent pas toujours l’élevage laitier.
Vers une offre insuffisante dans les grands bassins exportateurs
À l’échelle mondiale, les projections des grands organismes convergent donc vers « une demande insatisfaite au niveau mondial, conséquence d’une offre insuffisante dans les grands bassins exportateurs ». La Rabobank anticipe un écart de 20 Mt entre offre exportable et demande potentielle en 2035, l’IFCN estime la production mondiale inférieure de 31 Mt à la demande en 2040.
Dès lors, l’économiste interroge : quels bassins laitiers pourraient voir leur offre progresser assez pour répondre à cette demande ? C’est du côté des États-Unis que les perspectives sont les plus positives : la Rabobank attend une hausse de 19 Mt de la production laitière entre 2023 et 2035.
Le tableau est plus sombre en Nouvelle-Zélande, où pèsent les effets du changement climatique et les exigences environnementales liées aux émissions de gaz à effet de serre : « le pays pourrait ne plus être un moteur de croissance en volumes » et l’IFCN anticipe un recul de 9 % de la production d’ici à 2035.
L’avenir reste incertain pour l’Amérique du Sud : entre freins institutionnels à la hausse de la production laitière et atouts naturels – « terre, eau, grains, main-d’œuvre, savoir-faire en croissance » -, la production pourrait soit rester stable, soit progresser.
Du côté de l’Union européenne, entre fin des dérogations à la Directive Nitrates en Irlande et au Danemark, plan de cessation d’activité aux Pays-Bas pour réduire les émissions d’azote dans les zones sensibles et nouvelles réglementations à venir sur le bien-être animal en Allemagne, la Rabobank prévoit un recul cumulé de presque 7 Mt d’ici 2035 juste pour l’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark.
Plus globalement, la Commission européenne prévoit une baisse de la production communautaire de 0,2 % entre 2024 et 2035, « à travers un recul du cheptel de 1 % que la hausse des rendements laitiers ne pourra compenser ».
La France a des atouts
Quant à la France, si l’IFCN attend un recul de 1,7 Mt de la production laitière entre 2023 et 2030, Jean-Marc Chaumet invite à nuancer ce pessimisme. D’abord parce que « la pression environnementale » (contraintes sur les nitrates, les phosphates, l’ammoniac et les émissions de gaz à effet de serre) est moins forte que chez nos voisins d’Europe du Nord.
Aussi parce que « la problématique démographique dans les exploitations laitières pourrait s’améliorer si le rythme actuel d’installations se maintient » : même si les départs en retraite s’annoncent importants d’ici à 2030, « la part des moins de quarante ans pourrait augmenter dans les années à venir ».
Autre atout en faveur du dynamisme de la production française dans la décennie qui arrive : la transformation des exploitations, entre hausse des installations de robots, progression du salariat et agrandissement des structures, a permis « une reprise de l’intensification laitière par vache depuis 2020 ».
« Enfin, la production française peut compter sur une consommation intérieure qui, malgré l’inflation, n’a pas diminué », pointe l’économiste. Les volumes de produits laitiers consommés, mesurés en équivalent-lait, se maintiennent voire progressent, les ventes au détail de fromages et de crème affichent des hausses depuis 2019 et celles d’ultra-frais ont rebondi en 2025.