Plus fort recul en 23 ans des exportations de thé au premier trimestre
AFP le 04/05/2022 à 09:19
Les exportations de thé du Sri Lanka, en proie à une grave crise économique, ont enregistré au premier trimestre de l'année leur plus fort recul en 23 ans, selon des chiffres officiels publiés mercredi, imputé notamment au conflit en Ukraine.
Selon les données douanières, 63 700 tonnes de thé ont été exportées au cours du premier trimestre de l’année (de janvier à mars), contre 69 800 à la même période de l’an dernier, soit le niveau le plus bas depuis 1999 quand les exportations n’avaient atteint que 60 300 tonnes. En conséquence, les recettes d’exportation de thé, l’une des principales sources de revenus du pays, sont tombées à 287 millions de dollars au premier trimestre contre 338 millions de dollars un an auparavant. Le thé rapporte environ 1,3 milliard de dollars par an.
Les responsables du secteur ont précisé qu’environ 10 % des exportations de thé du Sri Lanka avaient été affectées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ces deux pays sont les principaux acheteurs du thé noir aromatique du Sri Lanka.
La société de courtage en thé Asia Siyaka a imputé ce déclin à la soudaine décision gouvernementale d’interdire l’importation d’engrais chimiques l’an dernier, sans solutions de remplacement, qui a affecté la production. Quelque 81 500 tonnes de thé ont été produites entre novembre 2021 et février 2022, soit une baisse de près de 18 % par rapport à la même période un an plus tôt.
Afin d’économiser les devises étrangères dont l’île manquait déjà dangereusement, tout en espérant faire du pays le premier producteur mondial d’aliments 100 % biologiques, les engrais chimiques avaient été ajoutés l’an dernier à la liste des importations bannies. Seulement, cette décision louable de promouvoir une agriculture verte n’était portée par aucun programme de transition écologique et a eu un effet dévastateur sur la production agricole du pays.
Fin 2021, les engrais ont été à nouveau autorisés mais le pays s’enfonçant plus profondément dans la crise, ils sont devenus difficiles à importer, faute de dollars et quand ils le sont, ils s’acquièrent à des prix exorbitants. Depuis des mois, l’île de 22 millions d’habitants subit aussi de graves pénuries de produits alimentaires, de carburant et de médicaments.
Le Sri Lanka a annoncé le 12 avril faire défaut sur sa dette extérieure de 51 milliards de dollars et a ouvert des pourparlers avec le Fonds monétaire international (FMI) en vue d’un renflouement.
Cette crise sans précédent, imputée à la pandémie de Covid-19 qui a privé le pays des devises du secteur touristique, a été aggravée par une série de mauvaises décisions politiques, selon des économistes. La population manifeste depuis plusieurs semaines reprochant au président Gotabaya Rajapaksa et à son frère, le Premier ministre Mahinda Rajapaksa, d’avoir précipité le pays dans cette crise, et exige leur démission.