Néonicotinoïdes

Un plan de transition pour la filière betteraves


AFP le 22/09/2020 à 09:55
Les professionnels s'engagent sur la réduction de 25 % de l'utilisation des néonicotinoïdes en enrobage de semence. (©TNC)

Les professionnels s'engagent sur la réduction de 25 % de l'utilisation des néonicotinoïdes en enrobage de semence. (©TNC)

Les professionnels de la betterave et du sucre doivent présenter mardi au ministre de l'agriculture un plan de transition visant à réduire l'impact sur l'environnement de la ré-autorisation provisoire des insecticides néonicotinoïdes jusqu'en 2023, a-t-on appris auprès de l'interprofession AIBS.

Ce « plan de prévention » comporte une série d’engagements qui doivent permettre d’« accélérer la transition » et « protéger les pollinisateurs », parallèlement à la ré-autorisation pour la culture de la betterave de ces insecticides controversés en raison du danger qu’ils font courir aux abeilles, indique l’AIBS.

Les professionnels s’engagent notamment sur « la réduction de 25 % de l’utilisation des néonicotinoïdes en enrobage de semence par rapport à la pratique précédente ». Ils s’engagent également à restreindre à « une seule année » l’utilisation de semences traitées aux néonicotinoïdes par parcelle sur la période 2021-2023, période durant laquelle doit courir cette dérogation renouvelée chaque année, sous réserve du vote de la loi par le Parlement.

Lundi soir, les députés LREM ont conditionné leur vote en faveur de ce projet de loi controversé qui sera débattu le 5 octobre à l’Assemblée nationale, en première lecture : ils ne voteront ce texte que si cette dérogation est limitée explicitement aux seules betteraves.

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« Génétique, biocontrôle et agronomie » à la rescousse

Autre engagement du plan de prévention, la « mise en place de fermes pilotes en conditions réelles d’exploitation sur 500 hectares dès 2021 (1 000 hectares en 2023), parmi les surfaces conduites sans néonicotinoïdes, afin de démontrer les résultats de la recherche et les innovations ».

Ce plan de prévention s’ajoute en effet à un plan de recherche qui sera mené par l’Inrae et l’ITB (Institut technique de la betterave). Visant à poursuivre et accélérer la recherche d’alternatives à l’usage des néonicotinoïdes », ce plan devait également être remis dans la matinée au ministre de l’agriculture Julien Denormandie, selon l’AIBS.

Les chercheurs vont notamment pouvoir s’appuyer sur les avancées déjà obtenues dans le cadre du programme de recherche Aker, qui vient de s’achever après avoir mobilisé pendant huit ans une centaine de personnes, autour de l’amélioration du rendement de la betterave en sucre. « On espère progresser notamment sur des variétés résistantes, parce qu’on s’est donné un énorme potentiel génétique, avec de la diversité génétique à la suite du programme », a déclaré Philippe Mauguin, directeur de l’Inrae à l’occasion d’un point presse. « Les premières variétés issues de ce programme pourraient être disponibles dès les semis 2023 », complète Christian Huyghe, directeur scientifique agriculture de l’Inrae. Un phénotypage sur le critère de résistance aux viroses des variétés déjà présentes au catalogue est également prévu.

La lutte contre la jaunisse de la betterave passera, bien sûr, par une combinaison de solutions. Philippe Mauguin a notamment souligné « l’intérêt d’avoir des bandes de plantes mellifères autour des champs de betteraves. Les abeilles iront davantage butiner ces surfaces fleuries, que les adventices présentes dans la culture de betteraves ». « Pour le moment, nous n’avons pas d’éléments sur les surfaces de plantes mellifères nécessaires, mais nous allons travailler dessus, en capitalisant sur ce qui a déjà été fait et en regardant les pratiques culturales à adopter », ajoute Christian Huyghe. A également été évoqué, comme piste d’alternatives, le recours au biocontrôle : « via des plantes compagnes émettant des molécules répulsives contre les pucerons ou via la lutte biologique », précise le directeur de l’Inrae. Parmi les auxiliaires de culture, beaucoup d’espoir repose sur « les hyménoptères parasitoïdes, qui viennent pondre leurs œufs dans les pucerons à l’automne », souligne Alexandre Quillet, président de l’ITB. Il s’agira alors de mettre en œuvre des pratiques pour favoriser leur présence.

Pour assurer la continuité de la filière betterave-sucre en France

Ce programme de recherche, doté de 7 millions d’euros de subventions publiques, avec les auto-financements de l’Inrae, et les cofinancements de la filière, « va mobiliser 20 millions d’euros en trois ans », a-t-il précisé, soit un quasi-doublement des moyens mobilisés dernièrement dans la lutte contre les virus. « Nous sommes très motivés et nous devons absolument trouver une solution pour que la filière soit toujours là en 2024 et au-delà », a insisté Alexandre Quillet, rappelant les importantes baisses de rendements engendrées par la jaunisse de la betterave cette campagne sur les zones infectées (- 40 % en moyenne). « Nous nous engageons également à diffuser les résultats de recherche au cours des trois ans », afin que les agriculteurs aient toutes les clés en main pour 2024.

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