Quels leviers pour que la filière laitière assure un revenu durable à ses producteurs ?


TNC le 26/03/2026 à 12:17
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Thierry Pouch, Alexandre Gohin, Céline Imart, Xavier Dorchies et Nicolas Bernatas, le 25 mars, à l'Assemblée générale de la FNPL. (© TNC)

Après une bonne année 2025, le prix du lait est à la baisse en 2026, annonçant des jours plus difficiles pour les éleveurs français. Mais la filière a-t-elle toutes les cartes en main pour assurer aux producteurs laitiers une visibilité et un revenu décent à moyen terme ?

Si les lois Egalim ont permis d’améliorer le rapport de force entre les éleveurs et l’aval de la filière, « on a du mal à trouver la perspective de l’après-demain : aujourd’hui, on connait le prix, mais pour juin, on ne sait pas et encore moins pour septembre », a rappelé le président de la FNPL, Yohann Barbe, lors de l’Assemblée générale du syndicat qui s’est tenue le 25 mars, à Paris.

La structuration des filières, « une première réponse »

Pour la députée européenne Céline Imart (PPE), agricultrice dans le Tarn, la structuration des filières constitue l’une des premières réponses. C’est d’autant plus vrai dans le secteur du lait, où souvent l’éleveur dépend d’un seul acteur, ce qui donne lieu à des situations d’abus de position dominante, estime l’eurodéputée. « Aujourd’hui, on a une opacité, le producteur ne sait pas, quand il livre, combien il va être payé, ce n’est pas normal. L’agriculteur doit avoir une assurance sur la transparence du prix qu’on va lui payer, et une visibilité à moyen terme », explique l’élue qui a défendu à Bruxelles la contractualisation, la transparence sur les prix, et la maîtrise de la chaine de valeur de l’amont à l’aval dans le cadre du dossier OCM.

La structuration, c’est ce qui a fait, en 40 ans, le succès d’Avril dans le secteur des oléoprotéagineux. Pour Xavier Dorchies, directeur de la stratégie et du développement du groupe, la clé réside non seulement dans le partage de la valeur, mais aussi le partage des risques, à travers une « vision commune ».  

C’est cette vision commune qui manque peut-être encore à ce jour à la filière laitière. « J’ai du mal à parler de filière laitière aujourd’hui, regardez l’indicateur beurre poudre, que l’on n’arrive pas à sortir », déplore ainsi Nicolas Bernatas, producteur de lait, président de l’APLSG (Association des Producteurs de Lait Sud-Gascogne). Alors que côté producteurs, « on a tous fait notre part », sur l’environnement, la transparence, la filière reste selon lui dans un « entre-deux » depuis la fin des quotas. Pour les OP, cela signifie aussi s’organiser plus pour peser davantage, ajoute-t-il.

Les marchés à terme pour améliorer la gestion des risques ?

Au-delà de la structuration, il y a dans la filière laitière des facteurs d’incertitude et des risques nombreux, qui sont « uniquement partagés aujourd’hui par le producteur et le transformateur », souligne Alexandre Gohin, économiste à Inrae. Pour les amoindrir, ce dernier évoque la possibilité de développer les marchés à terme : « une fois qu’ils existent, l’agriculteur, l’opérateur, peut protéger sa marge pour les six mois, un an, deux ans ». D’après les travaux qu’il mène sur le sujet, une meilleure liquidité sur le marché beurre-poudre pourrait sécuriser les industriels et pourrait alléger les tensions dans la négociation du prix du lait. « Si votre aval est protégé, l’amont est protégé », avance-t-il. Mais pour l’instant, ces marchés sont très peu actifs, ce qui profite aux grandes entreprises qui ont les moyens de mieux gérer la volatilité, précise l’économiste.

Un problème de compétitivité ?

Faut-il également invoquer un problème de compétitivité ou de gouvernance ? Oui, estime Céline Imart. Au niveau européen, on doit selon elle faciliter le stockage privé, et activer la réserve de crise. La Commission doit, en parallèle, arrêter de se demander si les soutiens à court terme sont compatibles avec l’OMC, ajoute l’eurodéputée.

« On avait pris conscience de l’érosion de notre compétitivité au début des années 2000, rappelle Thierry Pouch, chef du service Economie et prospective de Chambres d’agriculture France. Qu’est-ce qui a été fait pour enrayer cette érosion ? », demande-t-il. « On trouvera toujours un compétiteur qui fera mieux en matière de coût de production, donc il faut rechercher d’autres facteurs de compétitivité, notamment l’organisation des filières, la gouvernance », ce qui passe aussi par « réexaminer un peu le mode de pensée à l’échelle européenne », poursuit-il.

Yohann Barbe reste quant à lui convaincu que l’on « doit continuer à construire autour des coûts de production ». En France, la question des marges nettes de chacun n’est toujours pas tranchée, abonde Alexandre Gohin, mettant en avant un réel problème de transparence dans la construction des prix.

Consciente de ses forces et de ses faiblesses, la filière laitière s’est fixée, dans le cadre des conférences de la souveraineté alimentaire, plusieurs objectifs à 10 ans en matière de structuration et de marchés : atteindre 24 milliards de litres, produire plus de matière grasse laitière, reconquérir le coeur/entrée de gammes, et développer les fromages ingrédients et coproduits.