Protection des captages : Eau de Paris s’interroge sur le financement, les agriculteurs également
AFP le 13/10/2026 à 15:41
La régie publique Eau de Paris s'est inquiétée mardi du financement du nouveau cadre réglementaire de protection des captages d'eau potable issu de la loi d'urgence agricole, tout comme les agriculteurs, au lendemain d'une réunion du groupe national captages.
« Ce qui nous a été présenté et proposé en matière de financement, c’est bien que le coût se répercute sur la facture des usagers et que ce soit les agences de l’eau qui le financent, mais les agence de l’eau, par qui sont-elles financées ? Par la facture de l’eau, en réalité », a réagi la présidente d’Eau de Paris, Alice Timsit.
Les redevances acquittées par les ménages représentent en effet une large part du budget des agences de l’eau, selon un rapport du conseil d’analyse économique de janvier 2026.
Mme Timsit déplore « une inversion totale du principe pollueur-payeur en pollué-payeur », et l’absence de mise à contribution de « celles et ceux qui concourent à la pollution de l’eau », notamment les industries chimiques et agroalimentaires. Sollicité par l’AFP, le ministère de la transition écologique n’a pas souhaité faire de commentaires.
Les agriculteurs ont également fait part de leurs inquiétudes sur le financement des mesures : « les projets actuellement discutés conduisent à imposer des contraintes majeures aux exploitations agricoles sans qu’aient été sérieusement évaluées leurs conséquences économiques, sociales et productives », ont estimé les Jeunes agriculteurs et la FNSEA dans un communiqué.
Inquiétudes de la FNSEA et de JA
Le projet de décret d’application de la loi d’urgence agricole, qui doit être mis en consultation prochainement, prévoit une « obligation d’agir sur les captages les plus dégradés ».
Lorsque le captage connaît un dépassement de 80 % des limites de qualité applicatives à l’eau potable, sur l’eau brute, cette obligation pèse sur les communes, selon un point du ministère de la transition écologique.
Dès lors qu’un point de prélèvement, où est mesurée la qualité de l’eau, présente « au moins deux dépassements de 90 % des normes eaux potables mesurées dans les eaux brutes », il est classé « prioritaire » et fait l’objet d’une intervention du préfet, qui fixe un programme d’actions par arrêté, a-t-on indiqué de même source.
La loi adoptée cet été prévoit que les préfets puissent « limiter ou interdire certaines pratiques agricoles et l’utilisation d’intrants », c’est-à-dire des phytos susceptibles de se retrouver dans l’eau, ce qui inquiète la FNSEA et les JA.
L’alimentation en eau potable de la population française est assurée par quelque 32 900 captages d’eau potable, dont 96 % prélèvent de l’eau souterraine, et fournissent deux tiers du volume d’eau consommé par le pays.
Mais leur nombre se réduit : entre 1980 et 2025, près de 14 640 captages d’eau potable ont été fermés, avec pour raison première (dans 31,9 % des cas) « la dégradation de la qualité de la ressource en eau », selon les données de l’administration.