Produits sucrés : les industriels craignent le scénario « taxe soda », selon une économiste


AFP le 20/10/2026 à 12:15

La taxe proposée sur les produits sucrés est trop basse pour influencer réellement la consommation de sucre et pousser les industriels à modifier leurs recettes, explique Céline Bonnet, économiste à l'Inrae, pour qui les groupes agroalimentaires craignent surtout son augmentation dans le futur.

Directrice de recherche pour cet institut public, Céline Bonnet a notamment travaillé sur l’économie industrielle, le comportement du consommateur et l’économie de l’obésité.

En quoi consiste la taxe soda que le gouvernement veut étendre aux produits transformés sucrés ?

« Elle a été instaurée en 2012 en France. Déjà à l’époque, les industriels ne voulaient pas d’une « taxe santé », et Coca-Cola avait menacé d’arrêter de produire en France. Le gouvernement avait fait un petit peu marche arrière en taxant finalement l’ensemble des boissons à un taux constant de l’ordre de 7 centimes par litre, soit, pour le Coca, environ 7 % du prix.

Cette taxe a été répercutée sur les consommateurs, de manière assez variable selon les catégories de produits, mais les industriels ont tous augmenté les prix. Une baisse très faible de la consommation a été observée. La recherche économique l’explique très bien : si l’augmentation du prix n’est pas au-delà de 20 %, il ne se passe pas grand-chose côté consommation.

En 2018, la taxe a été mise à jour : chaque gramme de sucre supplémentaire était taxé de manière très progressive. Cela allait dans le bon sens pour la santé : plus il y avait de sucre, plus le produit était taxé.

Mais elle n’a pas eu beaucoup d’effet car, quand on « implémente » une taxe pour améliorer la qualité nutritionnelle, il faut des paliers plus importants et des catégories qui permettent aux industriels d’échapper à un gros montant de taxes en passant en dessous d’un certain seuil de sucre.

En 2025, la taxe a été mise à jour sur le modèle britannique, ce qui a entraîné des reformulations de recettes et une baisse conséquente des taux de sucre. Deux seuils classent les produits en trois catégories, avec une taxe assez forte pour les plus sucrés. Les effets n’ont pas encore été précisément évalués, mais l’incitation est la même qu’au Royaume-Uni. »

Est-ce que la taxe sur les produits transformés pourrait avoir le même effet ?

« La taxe est similaire, avec des paliers, mais les montants annoncés sont ridicules. Sur les exemples donnés par le gouvernement, on voit des augmentations bien inférieures à la taxe soda de 2012. Pour certains produits, cela reviendra à une augmentation de moins de 1 % du prix. Il ne va strictement rien se passer d’un point de vue de la consommation.

Je défie le consommateur de s’apercevoir d’une augmentation de 4 centimes sur un paquet de bonbons de 250 grammes, même s’il est vrai qu’on est dans une période inflationniste compliquée pour une partie de la population.

Je comprends que ça embête les industriels qui auront des coûts supplémentaires, mais ça n’est pas suffisant pour les inciter vraiment à reformuler leurs recettes. À ce stade, c’est un coup d’épée dans l’eau.

De quoi ont peur les industriels ?

« Les industriels se disent que c’est mettre un pied à l’étrier pour potentiellement faire comme la taxe soda, c’est-à-dire une taxe un peu molle au départ, mais qui va permettre, à un moment donné, d’augmenter les montants. Il n’y a qu’en France qu’on fait ça. Au Royaume-Uni, la taxe a été élevée dès le début (idem pour l’Allemagne plus récemment, NDLR). Il n’y a que ça qui est efficace si on a un objectif de santé publique.

Il faut distinguer les grosses entreprises multinationales qui font très peu d’efforts sur la formulation des produits car aucun ne veut prendre le risque d’être le premier et de perdre des parts de marché, et les entreprises plus artisanales, qui font des efforts mais sans effet vu la répartition des ventes.

En France, on est les champions de l’engagement volontaire, que ce soit pour le Nutri-Score ou pour les changements nutritionnels. Mais ça n’a quasiment aucun effet.