Manifestations

Les agriculteurs manifestent leur détresse sur les routes de France


AFP le 08/10/2019 à 13:30
Les agriculteurs se mobilisent sur les grands axes routiers. (©Compte twitter Christiane Lambert.)

Les agriculteurs se mobilisent sur les grands axes routiers. (©Compte twitter Christiane Lambert.)

Sentiment de rejet, opposition aux zones de non-traitement aux pesticides ou aux accords commerciaux : des agriculteurs ont commencé à manifester mardi matin dans l'Aisne et la Drôme, au début d'une journée prévue de blocages d'axes routiers majeurs.

Sous le slogan, « France, veux-tu encore de tes paysans ? », la mobilisation a commencé tôt dans l’Aisne, le Var et la Drôme et atteint son point fort en début d’après-midi avec le blocage prévu d’axes routiers majeurs, dont de nombreuses autoroutes. L’objectif de ces manifestations : « se montrer sur les routes, tracter au niveau des ronds-points, s’adresser aux représentants de l’État », a indiqué à l’AFP Xavier Benoist céréalier, lors d’un blocage à Château-Thierry (Aisne).

La mobilisation a été importante en milieu de journée dans l’Est de la France. Dans l’ensemble du Bas-Rhin, plus de 500 tracteurs ont bloqués cinq voies importantes, essentiellement sur les autoroutes A35 et A4, tandis qu’environ 120 tracteurs bloquaient la jonction entre l’A35 et l’A36, dans le Haut-Rhin. « Le problème est politique, d’un côté on a un discours qui parle d’agriculture forte, vivante et de l’autre on nous assomme avec des normes à n’en plus finir, sans parler des traités de libre-échange et de l' »agribashing », alors qu’on est une agriculture reconnue comme vertueuse », a dénoncé Fabrice Couturier, président de la FDSEA de Moselle où les agriculteurs organisaient des barrages filtrants à Metz, Thionville et Sarrebourg. En Auvergne, l’A75 entre Clermont-Ferrand et Montpellier a été coupée pendant plusieurs heures et des barrages filtrants ont été mis en place à Aurillac dans le Cantal et à Riom et Beaumont dans le Puy-de-Dôme. Les villes de Pau dans les Pyrénées-Atlantiques, d’Angoulême en Charente, de Poitiers dans la Vienne, et de Vesoul en Haute-Saône ont également été touchées.

En Haute-Vienne, les agriculteurs ont installé un barrage filtrant sur l’A20 au niveau de Limoges, avant d’aller dans des supermarchés « Hyper U » et « Intermarché » pour effectuer des contrôles sur la traçabilité des produits.

Zones de non-traitement

Parmi les dernières normes envisagées, les zones de non-traitement aux pesticides (ZNT) ont mis le feu aux poudres. « L’interdiction à dix mètres des maisons, ça représente dans l’Aisne 10 000 hectares non cultivés, ça veut dire l’équivalent de 80 000 tonnes de blés non produites, soit 1,5 million d’euros de manque pour les agriculteurs », a expliqué à l’AFP Benoit Davin, référent FDSEA pour l’arrondissement de Soissons. « Dans nos champs, on utilise des produits phytosanitaires, mais à très petites doses, avec vraiment des règles qui sont très strictes. Quand on voit tout ce qui est dit sur les réseaux sociaux comme quoi c’est nous les pollueurs, c’est incompréhensible », s’est exclamé Marc-Henri Fages, membre des JA dans le Tarn, alors qu’une cinquantaine d’agriculteurs tarnais ont bloqué le viaduc du Viaur à la limite entre le Tarn et l’Aveyron et ont pendu des mannequins d’agriculteurs le long de la rambarde du viaduc pour symboliser le suicide dans le monde agricole. « On nous en demande toujours plus alors qu’on va ouvrir les frontières avec les [accords] Mercosur et Ceta. Soit on donne des preuves d’amour aux paysans pour passer le cap, soit on nous tape dessus et on apportera notre réponse », a pour sa part indiqué Cédric Henry président de la FDSEA d’Ille-et-Vilaine, où la 4 voies entre Vannes et Lorient était bloquée.

En Lot-et-Garonne, c’est la Coordination rurale (majoritaire dans le département) qui s’est mobilisée mardi, avec les mêmes mots d’ordre : contre les ZNT, les traités internationaux de libre-échange comme le CETA et l’« agribashing ». Ils ont notamment totalement bloqué plusieurs accès à l’autoroute A62 (Bordeaux-Toulouse). À Agen, environ 150 agriculteurs ont déversé devant la préfecture du purin et des pneus, qu’ils ont décidé de ne pas faire brûler par respect pour les agents de police tués à Paris auxquels la préfecture rendait hommage avec ses drapeaux en berne. Une délégation d’agriculteurs a été reçue en préfecture. « Nous utilisons des pesticides autorisés, nous ne sommes pas hors la loi. Donc tant qu’ils seront autorisés, nous les utiliserons, y compris à proximité des habitations », a déclaré le président de la Coordination rurale Bernard Lannes.