Mercosur : l’UE va appliquer l’accord de façon provisoire, annonce von der Leyen
AFP le 27/02/2026 à 12:26
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé vendredi que l'Union européenne allait appliquer de façon provisoire l'accord commercial avec les pays du Mercosur, en dépit des fortes réserves exprimées par la France.
« Au cours des dernières semaines, j’ai échangé sur cette question de manière approfondie avec les États membres et les élus du Parlement européen. Sur cette base, la Commission va désormais procéder à l’application provisoire », a-t-elle déclaré lors d’une courte allocution à la presse.
L’application de l’accord UE-Mercosur , vivement dénoncé par certains agriculteurs, notamment en France, avait été suspendue après un vote d’eurodéputés. Ces élus avaient saisi la justice de l’UE afin de vérifier que l’accord avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay était bien conforme aux traités européens, une procédure censée prendre plusieurs mois.
La Commission européenne avait toutefois la possibilité d’appliquer l’accord de façon temporaire, après sa ratification par de premiers pays du Mercosur, ce que l’Argentine et l’Uruguay ont fait jeudi.
« Une mauvaise surprise »
Fervent partisan de l’accord, le chancelier allemand Friedrich Merz avait réclamé cette application temporaire, à laquelle la France est fermement opposée. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon avait averti fin janvier qu’une application provisoire de ce traité de libre-échange constituerait « une forme de viol démocratique ».
« C’est une décision que je regrette », a affirmé Annie Genevard à la presse au Salon international de l’Agriculture (Sia). Elle a dénoncé une application « très préjudiciable au regard du fonctionnement de nos institutions et surtout de l’esprit de nos institutions européennes ».
« C’est une grande responsabilité vis-à-vis des agriculteurs qui ont exprimé leurs inquiétudes et pour lesquelles les Européens n’ont pas encore apporté la visibilité nécessaire », a dit Emmanuel Macron, jugeant que cette décision renforçait « leur incertitude ».
« C’est aussi une grande responsabilité vis-à-vis des citoyens européens et de leurs représentants qui n’ont pas été dûment respectés », a encore dénoncé le chef de l’Etat. « Pour la France c’est une surprise, et une mauvaise surprise. Et pour le Parlement européen c’est une mauvaise manière », a-t-il martelé.
💬 »Je ne défendrai jamais un accord qui est laxiste à l’égard de ce qu’on importe et dur à l’égard de ce qu’on produit chez nous »
Application provisoire du Mercosur: « Nous serons vigilants » et « intraitables », assure Emmanuel Macron #BFM2pic.twitter.com/8xSjcE8lBz
— BFM (@BFMTV) February 27, 2026
Il a promis de veiller à faire en sorte que « ce que nous avons durement négocié durant ces derniers mois soit respecté » en matière de règles pour encadrer les échanges agricoles avec le Mercosur. « Nous serons intraitables sur le respect de ces règles, parce que notre Europe a beaucoup alourdi les règles sur nos producteurs ces dernières années. Et donc je ne défendrai jamais un accord qui est laxiste à l’égard de ce qu’on importe et dur à l’égard de ce qu’on produit chez nous parce que c’est incohérent pour le consommateur européen et c’est criminel pour la souveraineté européenne », a encore affirmé Emmanuel Macron.
« Du mépris à l’égard du monde agricole »
« En pleine semaine du Sia, Ursula von der Leyen choisit de passer en force », a dénoncé l’eurodéputée française Céline Imart, auprès de l’AFP, après l’annonce de la présidente de la Commission européenne.
« En déclenchant l’application provisoire de l’accord Mercosur sans attendre l’avis de la Cour de justice de l’Union européenne, pourtant voté par le Parlement européen, la Commission européenne fait le choix du mépris à l’égard du monde agricole », a-t-elle martelé. « L’application provisoire est, par nature, provisoire », a défendu Ursula von der Leyen, s’engageant à continuer à dialoguer avec les responsables et élus européens au cours des prochains mois sur ce dossier.
La Commission comme la majorité des États européens sont favorables à ce traité de libre-échange. Tous soulignaient la nécessité de mettre en œuvre l’accord le plus vite possible, particulièrement au moment où le président américain Donald Trump agite la menace de nouveaux droits de douane contre l’Europe.