Mercosur : avant de signer, l’UE tente une dernière fois de rassurer les agriculteurs


AFP le 07/01/2026 à 12:13

Tout proche de signer l'accord commercial avec le Mercosur, la Commission européenne va tenter une ultime fois de répondre à la colère des agriculteurs lors d'une réunion ministérielle mercredi à Bruxelles.

Les ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept sont attendus dans l’après-midi pour répondre aux préoccupations du monde agricole, sur fond de mobilisation en France. Sur l’accord avec les pays latino-américains du Mercosur, « le compte n’y est pas » pour la France, a répété le gouvernement mercredi matin. La veille, Ursula von der Leyen avait annoncé un geste pour désamorcer les tensions. La présidente de la Commission propose une rallonge budgétaire dans la prochaine politique agricole commune (la Pac 2028-2034) de l’Union européenne, en débloquant de façon anticipée 45 milliards d’euros dès 2028.

Une concession de dernière minute pour faire passer la pilule du traité commercial avec le Mercosur, que Bruxelles pourrait signer le 12 janvier, en dépit de l’opposition farouche de nombreux agriculteurs européens. En Europe, des « inquiétudes subsistent » au sujet de l’accord avec le Mercosur, la « réciprocité des normes de production et les contrôles des importations », et au-delà de cet accord, concernant « l’avenir du financement de la Pac » et le «coût des engrais », convient la Commission.

Et la tempête politique couve en France. Si Emmanuel Macron soutient le Mercosur, « il prend le risque d’une censure » du gouvernement, a lancé le chef de la droite Bruno Retailleau. Mais l’exécutif européen n’en démord pas. Après un report de décembre à janvier sous la pression de la France et de l’Italie, Bruxelles entend parapher le plus tôt possible ce traité de libre-échange avec l’Amérique latine, négocié depuis plus de 25 ans. Avant cette signature, Ursula von der Leyen a besoin de l’aval des États européens à la majorité qualifiée, lors d’un vote attendu dès ce vendredi à Bruxelles.

Pression sur les pesticides

La France votera-t-elle contre l’accord ? Politiquement, la Commission serait embarrassée d’aller signer un tel traité contre l’avis de la première puissance agricole d’Europe. Et Bruxelles ne cesse de souligner les garanties apportées aux agriculteurs. Les quotas de produits détaxés – bœuf, volaille… – seront limités, souligne la Commission, et accompagnés de mesures de « sauvegarde » pour les produits agricoles les plus sensibles. L’exécutif européen promet d’intervenir en cas de déstabilisation du marché, avec la possibilité si nécessaire de rétablir des droits de douane.

Sur ce point, la France espère encore des annonces mercredi pour renforcer la protection des agriculteurs, dans le sillage d’un vote du Parlement européen mi-décembre. Paris et Rome attendent par ailleurs un geste pour limiter le coût des engrais, en révisant le mécanisme de taxe carbone aux frontières de l’UE. Autre sujet inflammable, les agriculteurs européens accusent leurs concurrents du Mercosur d’utiliser des pesticides interdits en Europe. Paris a fait monter la pression sur Bruxelles en publiant un arrêté suspendant les importations en France de produits agricoles sud-américains (avocats, goyaves, mangues…) traités avec des fongicides et herbicides non autorisés dans l’UE.

La Commission aura dix jours pour donner son aval ou non et rappelle avoir déjà engagé une possible révision de ses règles sur les résidus de pesticides dans les produits importés. Quant au traité avec le Mercosur, il devra encore être ratifié par le Parlement européen, où des sources internes s’attendent à un scrutin serré. « Le combat n’est pas achevé et il continuera », a d’ailleurs martelé la ministre française de l’agriculture Annie Genevard sur Franceinfo.