Les marchés agricoles « spectateurs » du conflit au Moyen-Orient, inquiétude sur les engrais
AFP le 04/03/2026 à 18:15
Après avoir connu une poussée vendredi face à l'imminence de la guerre au Moyen-Orient, les marchés des céréales et oléagineux sont désormais dans l'expectative face au conflit, fluctuant moins que leurs boussoles du dollar et du pétrole.
« Le marché des grains a vécu la tension au Moyen-Orient un peu en avance vendredi », résume Gautier Le Molgat, PDG d’Argus Media France.
Les rachats de précaution par les fonds d’investissements ont contribué à soutenir les cours des céréales, tant à la Bourse de Chicago que sur Euronext, face aux signes avant-coureurs de la guerre.
« Le blocage du détroit d’Ormuz est problématique pour le trafic global, il y a de l’import, de l’export, avec aussi beaucoup d’engrais qui en sortent », ajoute Gautier Le Molgat.
Mais depuis le déclenchement du conflit samedi, « on fait des allers-retours et on est un petit peu spectateur dans notre filière », poursuit Damien Vercambre, du cabinet Inter-Courtage.
« Si le pétrole est cher, cela favorise l’éthanol, le biodiesel » et plus largement les matières premières, tandis que le « raffermissement du dollar fait gagner de la compétitivité » aux grains européens, explique l’analyste.
Mais les stocks, notamment de céréales, restent très importants et les conditions climatiques plutôt favorables, avec des pluies salutaires sur les blés aux Etats-Unis et le retour du beau temps en France qui fait refluer les excès d’eau. De quoi limiter l’ampleur des mouvements sur les marchés agricoles mondiaux.
Mouvements limités
En une semaine, à la Bourse de Chicago, le boisseau de blé (27 kg) a pris quelques centimes à 5,72 dollars. Idem pour le maïs qui a clôturé à 4,34 dollars mardi soir.
En raison de la situation géographique des Etats-Unis, « les produits agricoles américains seront moins touchés que d’autres régions », souligne Arlan Suderman, de la plateforme de courtage StoneX.
Mais la remontée du dollar, valeur refuge en temps de crise, « rend nos matières premières un peu plus chères (…) en particulier notre soja (11,55 dollars le boisseau mardi soir, NDLR) par rapport au Brésil », ajoute l’expert américain.
A contrario, cela favorise les exportations européennes.
Sur Euronext, la tonne de blé sur l’échéance la plus rapprochée (pour livraison en mars) oscillait mercredi autour des 195 euros, tandis que l’échéance suivante (mai), désormais plus scrutée par les analystes, a dépassé 200 euros et tente de se maintenir.
Le colza, qui sert surtout au biodiesel en Europe, « progresse davantage que le blé », souligne Sébastien Poncelet, d’Argus Media France.
Il a brièvement dépassé 500 euros la tonne, avant de retomber mercredi à ses niveaux de la semaine passée, autour de 492 euros, dans le sillage d’une détente sur le pétrole, qui a connu des hausses drastiques ces derniers jours.
Inquiétude sur les engrais
« Il y a désormais un débat pour savoir si l’instabilité va freiner les achats des pays du Golfe, grands importateurs de céréales, ne serait-ce que parce que les bateaux ne peuvent plus rentrer, ou si au contraire, ils vont essayer d’acheter plus que prévu pour faire des réserves », s’interroge Sébastien Poncelet.
L’Arabie Saoudite a ainsi acheté ces derniers jours « un peu plus que ce que les analystes prévoyaient » dans le cadre de son appel d’offres pour couvrir ses besoins du printemps, « peut-être un achat de précaution », souligne-t-il.
Pour le moment, peu de bateaux bloqués semblent contenir des céréales, observent les analystes. En revanche, le détroit d’Ormuz est stratégique pour les engrais.
« La situation de blocage est extrêmement inquiétante. Parce qu’on a une forte hausse du prix du gaz naturel. Le gaz naturel, c’est 80 % du coût de production des engrais azotés et le Golfe, c’est 30 % des exportations mondiales d’urée. Mais aussi plus de 40% des exportations de sulfate qui sert à certains types d’engrais », souligne Sébastien Poncelet.
« On est déjà sur des prix des engrais historiquement élevés dans le monde entier par rapport aux céréales. Avec des marges extrêmement réduites pour les agriculteurs », conclut-il.