Motivations, craintes, espoirs...

Le regard d’agriculteurs sur leur métier


TNC le 23/01/2023 à 05:05
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Et vous, comment voyez-vous votre métier d'agriculteur ? Dites-le-nous en commentaires. (©PointImages, Fotolia)

Le début d'année n'est-il pas le bon moment pour faire le point et envisager des perspectives d'avenir, au niveau perso comme professionnel ? Voici la vision de plusieurs agriculteurs vis-à-vis de leur métier, au moment de leur installation, aujourd'hui et pour demain.

Il y a un mois, la chambre d’agriculture de Bourgogne Franche-Comté a donné, en vidéo sur sa chaîne Youtube, « la parole aux producteurs » afin qu’ils expriment « leurs motivations, leurs craintes, leurs espoirs » concernant leur métier d’agriculteur, aujourd’hui et pour l’avenir.

Pourquoi avoir choisi cette profession ?

« C’est un rêve depuis tout petit », répond Sébastien Chatelet, céréalier (Yonne), installé depuis six ans en hors cadre familial. Il aime particulièrement « le travail des champs et la gestion ». « On est des chefs d’entreprise ! », lance-t-il. Son associé, Samuel Legrand, partage cette vision entrepreneuriale de la profession. Il est « très fier de la construction » de la société agricole, qui lui « permet d’aller de l’avant et sera transmissible » plus tard.

Ce qui a motivé Delphine Antoine, polycultrice-éleveuse (Doubs), à vouloir devenir agricultrice : « Exercer une activité qui a du sens ». Elle éprouve de « la fierté à nourrir les gens avec des produits de qualité, obtenus grâce à des pratiques vertueuses ». 

Comme Boris Vergne, céréalier (Jura) : « faire pousser des plantes, respecter l’environnement naturel et social, nourrir la France, avec de grands défis en termes de résilience agronomique et économique ».  « Être à la fois bon techniquement et économiquement, et allier les deux avec le grand manitou, la météo » : cela le passionne !

« On choisit les orientations vers lesquelles on veut aller », en fonction « du contexte qui nous environne bien sûr. Passionnant au quotidien ! », résume Anne-Marie Barge, éleveuse de vaches allaitantes (Saône-et-Loire).

Les inquiétudes actuelles et pour l’avenir

La principale préoccupation de Delphine Antoine : « Le réchauffement climatique qui nécessite de revoir une grosse partie de nos pratiques et de nos cultures. » Et pour les éleveurs : « la cohabitation avec le loup », de plus en plus présent dans certains secteurs.

Anne-Marie Barge, elle, n’est « pas sûre que nous arrivions à nourrir 8 milliards d’humains, uniquement avec des protéines végétales ». Elle « s’interroge » : « est-on dans un système plus vertueux avec une protéine végétale venant de l’autre bout du monde qu’avec une protéine d’un animal ayant pâturé une prairie naturelle locale ? »

« La viabilité de l’entreprise » préoccupe Sébastien Chatelet, car elle est « primordiale pour être là demain ». « Il faut réussir à construire une stratégie avec des politiques claires, dans un environnement social souvent contradictoire », détaille Samuel Legrand. Il explique : « Les gens veulent acheter pas cher et avoir une agriculture vertueuse et nous, on est au milieu et on se doit de bâtir, pour les 10 à 20 ans » à venir, un modèle qui « nourrisse les gens et protège l’environnement. »

« Certes, il faut que l’agriculture évolue, selon Boris Vergne, mais on ne peut pas tout changer. » Ces évolutions, « il faut que chacun les mette en œuvre à son échelle, sur son exploitation », poursuit-il, estimant que « de grands changements en termes de communication » seront nécessaires, pour que les agriculteurs communiquent mieux sur ce qu’ils font ». Actuellement, « nous avons une grande agriculture en France mais nous ne savons pas la valoriser. Un vrai challenge, très intéressant ! »

Les actions concrètes afin d’y faire face

Anne-Marie Barge a « diminué le chargement pour avoir un système plus résilient en cas de sécheresse ou autre aléa climatique ». Elle essaie de « récolter le maximum de protéines sur l’exploitation, pour limiter les achats extérieurs et être le plus autonome possible ». Elle exhorte à s’orienter « vers des filières qualité, pour mieux valoriser les productions, en particulier animales ». Enfin, elle projette de revoir la génétique de son troupeau, c’est-à-dire de « choisir des animaux plus résilients, toujours de race charolaise mais plus petits ». Afin de  « maintenir la biodiversité et les équilibres écologiques », elle a déjà pas mal de haies dans chacune de ses parcelles. Elle envisage toutefois d’améliorer leur gestion. 

Samuel Legrand et Sébastien Chatelet l’ont déjà dit, ils veulent que leur exploitation perdure. Alors ils « comptent, écoutent » et « construisent », un mot qu’ils ont employé plusieurs fois. Ils prennent un exemple : « Nous avons compris que la société voulait moins d’intrants, on s’est labellisé HVE et derrière, on a investi sur la transformation et la vente directe. »

Boris Vergne reste lui aussi « penché sur le technique et l’économique », comme il l’a indiqué précédemment. Il s’efforce de « cultiver avec peu d’intrants, sur un sol et dans un environnement respecté » mais tout en « s’assurant des débouchés ».

Les enjeux et attentes qui subsistent

Sébastien Chatelet rejoint les propos de Boris Vergne, plus haut : « L’agriculture s’est toujours adaptée aux consommateurs, à l’environnement, aux besoins du moment. Cependant, ces adaptations ne peuvent pas se faire du jour au lendemain, il faut laisser un peu de temps. » De nouveau dans le souci « d’être là demain », il incite à « avoir un objectif commun, en prenant en compte tous les usagers de la nature ». 

Delphine Antoine est d’accord : « Nous attendons aujourd’hui d’être fédérés autour d’un même projet, au moins à l’échelle du territoire, avec des objectifs clairs, pour que tous les acteurs soient traités sur un pied d’égalité. »

Anne-Marie Barge appuie : « Beaucoup de choses sont à mettre en commun entre productions pour être complémentaires. » Pour ce faire, elle demande « le soutien des politiques » : « ils doivent comprendre nos problématiques pour mieux défendre nos causes. » Elle cite notamment « l’aménagement foncier », source « d’économies de charges (carburant, travail) et de bienfaits écologiques ».

Dans le même ordre, Boris Vergne réclame « une vraie politique agricole commune, simplifiée », en particulier au niveau « réglementaire ». « ZNT, DAR, DEP, DVBE… Tout ça pour quoi ?, questionne-t-il. Il revient sur un point qui lui tient à cœur : « Si on veut diversifier notre agriculture, pour la rendre plus résiliente d’un point de vue environnemental et économique, il faut assurer des débouchés. J’ai envie de dire aux pouvoirs publics : À quand l’alimentation 100 % française dans les cantines des écoles, des hôpitaux., etc. ? Et arrêtons le matraquage médiatique : on ne pourra pas renouveler les générations d’agriculteurs, si on ne donne pas envie d’aller vers le métier. » 

On a besoin de clarté, de soutien et d’envie, conclut Samuel Legrand.

Un métier aux multiples intérêts

Toujours sur le métier d’agriculteur, la chambre d’agriculture des Hauts-de-France a réalisé il y a un an la web-série Un avis ferme. L’objectif ici : déjouer cinq des clichés véhiculés à l’égard de cette profession, un par vidéo, sur un ton décalé. Il d’agit de montrer, tour à tour, ses divers atouts.

  • Innovant et technologique

Dans ce 1er épisode, Antoine Helleboid, producteur de céréales et légumes (Pas-de-Calais), présente son distributeur automatique de produits fermiers, les outils informatiques de gestion parcellaire qu’il utilise et comment il communique sur les réseaux sociaux ; Marie Lardier, éleveuse laitière (dans le même département) le guidage GPS qui équipe ses matériels, la page Facebook qu’elle a créée pour la vente directe et comment elle cherche continuellement à lancer de nouveaux produits.

  • Riche et varié

Dans la 2e vidéo, Marie parle de ses « différentes casquettes » : éleveuse de vaches laitières, productrice de lait, transformatrice, commerciale, livreuse, enseignante… « On n’est pas que producteur ! », insiste Antoine qui lui aussi produit, des cultures, commercialise, est chauffeur de tracteur, informaticien, comptable, mécanicien et même un peu électricien. « Un chef d’entreprise quoi, qui doit connaître son environnement pour adapter ses productions ! », résume Antoine. « Et on ne s’ennuie jamais ! », se réjouit Marie.

  • Soucieux de l’environnement

Antoine met en avant ses choix variétaux de céréales plus résistantes aux maladies et l’implantation de bandes fleuries, pour limiter les traitements phytosanitaires et leur impact, ainsi que ses jachères fleuries qui hébergent les ruches d’un apiculteur. Par ailleurs, il s’est engagé dans la certification HVE. Pour Marie également, « il est important d’être attentif à l’environnement », ce qui passe notamment sur l’exploitation par la valorisation de l’herbe, la démarche bas carbone et le zéro déchet en vente directe avec les clients qui le souhaitent.

  • Exigeant d’être formé

Antoine explique « qu’il y a tellement de facettes et de choses à savoir qu’on ne peut pas être agriculteur sans être formé non pas un minimum mais un maximum » et « tout au long de sa carrière car le métier évolue ». Marie, par exemple, est ingénieur agricole, une formation à la fois technique et pratique avec des stages et expériences diverses en France et à l’étranger. Ce qu’ils savent, ils aiment le transmettre, aux élèves pour Marie et à son apprenti pour Antoine qui, réciproquement, leur apprennent des choses.

  • Où les contacts sont nombreux

Marie précise ne pas manquer de contact entre ses salariés, ses clients, sa famille. Même chose pour Antoine pour qui « c’est un plaisir de discuter avec les consommateurs ». Sans oublier les techniciens et commerciaux qui passent régulièrement dans les fermes, et les nombreux groupes d’échanges au sein des coopératives et de la chambre d’agriculture entre autres. Et à l’extérieur, Marie fait partie du conseil municipal et d’une association de chant chorégraphié.

Tout cela, ces témoignages le confirment encore !

Jeunes Agriculteurs du Centre-Val de Loire fait aussi découvrir, en vidéo sur sa chaîne Youtube, l’éventail de professions qu’offre la production agricole régionale : céréalier, éleveur de bovins viande, de volailles, de chèvres, de chevaux, viticulteur, arboriculteur, maraîcher, horticulteur, apiculteur, pisciculteur…

Xavier Maupoint, 30 ans, est céréalier (Indre-et-Loire) depuis 2016. Son métier pour lequel il s’est formé (BEP et Bac agricoles + CS et BTS mécanique) et qui « l’a fait voyager » via ses stages en France dans plusieurs régions et productions, et en Europe, en Pologne en particulier avec la découverte « de très grosses exploitations et d’une autre vision de l’agriculture ». Ce qu’il « kiffe » surtout, c’est de « nourrir les gens en leur apportant des produits de qualité dans leurs assiettes ». Une « fierté » pour le jeune producteur, passionné par « les nouvelles technologies qui optimisent le travail ». Ainsi, il se dégage du temps libre pour sa famille et les loisirs. Il apprécie, en outre, la polyvalence de sa profession où il « touche à tout, s’investit à fond et s’épanouit ».

Alexandre Plateau, 30 ans également, est polyculteur-éleveur de bovins allaitants en vente directe (Eure-et-Loire). Avec ses nombreux diplômes en poche (Bepa, Bac pro CGEA, BTS Acse, licence professionnelle en alternance dans le conseil en productions végétales), il « kiffe d’être son propre patron, d’organiser ses journées, de travailler au contact des animaux et des consommateurs ». « Essayer d’améliorer leur regard sur l’agriculture me plaît beaucoup », ajoute-t-il. « Il y a la manière d’élaborer le produit, on consommera toujours de la viande en France, mais il faudra peut-être s’orienter vers la qualité plus que la quantité et ça, on sait faire ! »