Sécheresse

Le gouvernement va autoriser une soixantaine de retenues d’eau en 2019


AFP le 30/08/2019 à 05:25

Le gouvernement va autoriser la mise en place d'une « soixantaine » de retenues d'eau sur le territoire en 2019 pour mieux  gérer l'irrigation des terres agricoles, toujours plus affectées par les  sécheresses, a affirmé jeudi le ministre de l'agriculture Didier Guillaume.

« On ne va pas regarder la pluie tomber du ciel pendant six mois et la chercher les six autres mois de l’année », a défendu Didier Guillaume sur le plateau de CNews jeudi matin. « Il s’agit de capter l’eau de pluie, de la retenir dans des retenues « collinaires », (…) pour pouvoir la restituer après dans les sols lorsqu’il y a sécheresse », a-t-il expliqué.

Alors que ces projets sont régulièrement attaqués devant les tribunaux administratifs par les associations de défense de l’environnement, le ministre a rappelé avoir, avec le ministère de la transition écologique et solidaire, « obtenu une instruction arbitrée par le Premier ministre » pour « à nouveau faire des retenues d’eau ».

Le document signé en juin lors des Assises de l’Eau, mais jamais réellement médiatisé jusqu’à présent, définit l’objectif de parvenir à 60 retenues d’eau « d’ici à 2022 », et « les instructions des projets vont démarrer en 2019 », a précisé le cabinet du ministre dans la matinée.

« C’est totalement irresponsable », a réagi Michel Dubromel, président de France Nature Environnement (FNE) qui avait participé aux Assises de l’eau. Les Assises, organisées sous l’égide du ministère de la transition écologique, « n’ont jamais validé cette orientation », a-t-il dit à l’AFP, y voyant une « fausse bonne solution ». « Le message était un message de sobriété », a insisté Michel Dubromel, soulignant que des agriculteurs adaptent déjà leurs pratiques au réchauffement climatique. « La retenue, ce n’est pas la panacée, ça ne permet pas d’éviter de se poser la question de la quantité et des usages. En revanche, c’est une réponse possible à un plan collectif entre agriculteurs, associations de défense de l’environnement, consommateurs, industriels, aux enjeux du besoin de mieux organiser la gestion de l’eau pendant l’année », a commenté la secrétaire d’État à la transition écologique Emmanuelle Wargon lors d’un point presse. « Le ministère accepte le principe de retenues, mais dans ce cadre », a-t-elle ajouté.

« Des projets de territoire »

Treize projets de « bassines » dans le département des Deux-Sèvres, deux en Charente-Maritime et un dans la Vienne, sont notamment contestés par des militants écologistes qui dénoncent un système pompant principalement les ressources des nappes souterraines et soutenant l’agriculture jugée intensive.

Les retenues vont « se faire sur des projets de territoire discutés » avec les écologistes, a affirmé Didier Guillaume, appelant au « pragmatisme » pour que l’agriculture « soit résiliente et puisse avancer ».

D’après Didier Guillaume, les agriculteurs utilisent « 30 % de moins d’eau aujourd’hui qu’il y a 10 ou 15 ans » et sont toujours plus nombreux à s’engager dans la « transition agro-écologique ». « Si on veut continuer à avoir une agriculture française, et ne pas importer (des produits agricoles, NDLR) dont nous ne voulons pas, alors il faut que l’agriculture française soit résiliente » a-t-il martelé.

En 2018, « plus de 200 millions d’euros » ont été versés aux agriculteurs au titre des calamités agricoles. « Ce sera sûrement pareil cette année, voire un peu plus » a dit le ministre. « La sécheresse de cette année est plus forte que celle de l’an dernier ». Mais selon lui, « ça ne peut pas suffire ». Un groupe de travail dont les conclusions doivent être rendues « à la fin de l’année ou au début de l’année 2020 », a été lancé, « afin de mettre en place une assurance généralisée pour les agriculteurs », a-t-il rappelé.