Le collectif Nourrir propose sa propre « loi d’urgence agricole »
AFP le 24/02/2026 à 14:35
Le collectif d'ONG Nourrir, qui inclut la Confédération paysanne, a promu mardi la protection de l'environnement et du revenu des paysans dans une « proposition de loi », à l'opposé de la politique gouvernementale axée sur « la productivité et la compétitivité ».
L’organisation, qui réunit notamment le syndicat Confédération paysanne, les ONG Foodwatch ou encore Greenpeace, propose sept articles de loi reposant sur trois piliers : « protéger le revenu des agriculteurs », préserver la qualité « de l’eau » et « des ressources naturelles », et renforcer « le droit des citoyens » pour « une alimentation saine et durable ».
Cette présentation s’est tenue au lendemain d’un discours de la ministre de l’agriculture Annie Genevard (Les Républicains), qui a mis l’accent sur la « productivité » et la « compétitivité » sans aborder la question de l’environnement.
Elle a notamment invité à s’interroger sur « la taille critique » des exploitations en France, « globalement de taille intermédiaire, fondées sur un modèle familial » face à la « compétitivité » et aux « cadences des exploitations, roumaines, polonaises ou même allemandes ».
Si le président de la FNSEA Arnaud Rousseau a trouvé cela « assez courageux », la Confédération paysanne dénonce « l’annonce d’un véritable plan social scandaleux ». « Ce n’est pas constructif d’acter la disparition de l’agriculture paysanne (…), c’est une allégeance totale à la FNSEA », a déploré auprès de l’AFP Stéphane Galais, porte-parole du troisième syndicat agricole.
Prix abusivement bas
« Des fermes de 500 vaches et 500 hectares, ça veut dire la disparition du modèle français, vecteur de valeur ajoutée avec des produits de qualité. En accélérant la concentration des fermes, on ne va pas faire face aux enjeux de santé dans l’alimentation, de réchauffement climatique et de protection de l’environnement », a-t-il critiqué.
Dans sa proposition, le collectif Nourrir souhaite davantage de transparence sur l’accès aux terres et aux bâtiments agricoles, pour éviter que la transmission n’amène à la concentration des fermes, alors que la politique du gouvernement a jusqu’ici favorisé l’agrandissement et la création de nouveaux bâtiments agricoles.
Annie Genevard a longtemps répété ne pas souhaiter opposer environnement et agriculture, mais les débats sur la loi Duplomb ont révélé l’année dernière les fractures sociétales sur ces sujets.
La proposition de loi du collectif Nourrir souhaite répondre autrement aux crises du monde agricole, a expliqué lors d’une conférence Julie Maisonhaute, de l’association Commerce Equitable France, en évoquant « le nombre de fermes qui diminue », les « départs à la retraite non remplacés » et « l’impossibilité de vivre de son métier ».
Nourrir souhaite notamment « protéger » les agriculteurs « de prix abusivement bas », grâce à une évaluation fondée « sur les indicateurs de coûts de production, reconnus et publiés au niveau national » pour éviter qu’ils ne vendent à perte.
« Protéger les ressources naturelles »
Le collectif veut également mieux protéger les ressources naturelles, essentielles à la production.
« La souveraineté alimentaire de la France ne repose pas uniquement sur des volumes de production, mais avant tout sur la préservation de son capital naturel », explique Nourrir.
« On a besoin de protéger la ressource et non de la mettre en danger », a insisté Julien Rivoire, de Greenpeace France.
Le texte du collectif fixe un objectif de 50 % de surfaces exploitées en agriculture biologique, d’ici 2038, dans les aires d’alimentation des captages d’eau considérées comme des points de prélèvement « sensibles ».
Dans ses propositions pour la loi d’urgence agricole, présentées il y a près d’une semaine, la FNSEA souhaitait, elle, une réflexion sur la suppression de la notion de captages « sensibles » et l’accélération des autorisations de mise sur le marché de produits phytosanitaires.
Nourrir veut également renforcer « le principe de pollueur-payeur », en étendant le champ du fonds d’indemnisation des victimes de pesticides aux riverains, alors qu’il est jusqu’ici limité aux professionnels.