La taxe carbone européenne, un « outil essentiel » pour les fabricants d’engrais


AFP le 19/02/2026 à 21:00
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60 % des engrais consommés en Europe sont importés. (© Nuan, AdobeStock)

« Accélérer la transition » pour « réduire » ses dépendances : les fabricants français d'engrais ont défendu jeudi la taxe carbone sur les fertilisants aux frontières de l'Union européenne, dont la France a demandé la suspension, perçue comme « un outil essentiel » pour construire la souveraineté européenne.

Ce mécanisme d’ajustement carbone aux frontières européennes (MACF), entré en vigueur le 1er janvier, concerne acier, aluminium, ciment, électricité, hydrogène et engrais. Il vise à verdir les importations européennes et éviter la concurrence déloyale d’industries soumises à des normes environnementales moins strictes que dans l’UE.

Mais l’application de cette taxe pourrait être temporairement suspendue pour les engrais, en réponse à la bronca des agriculteurs, qui dénoncent hausse des coûts et baisse de l’offre.

« Cette taxe a été proposée en 2022 par la France. Nous sommes circonspects de voir qu’aujourd’hui c’est la France qui demande la suspension de cet outil essentiel pour protéger notre industrie et garantir des règles du jeu équitables », a déclaré jeudi Renaud Bernardi, président de l’Unifa, qui regroupe les producteurs d’engrais en France, lors d’une conférence de presse.

Alors que 60 % des engrais consommés en Europe sont importés, « il faut accélérer la transition », affirme-t-il, soulignant que « les engrais européens ont une empreinte carbone en moyenne inférieure de 50 % par rapport aux importations ».

Pour l’Unifa – qui devient France fertilisants – la remise en question du MACF « envoie un signal contradictoire et plonge une partie de la filière des engrais dans une incertitude réglementaire préoccupante »: une situation de « forte illisibilité pour les acteurs économiques », qui nuit autant aux agriculteurs qu’aux industriels.

Ces derniers expliquent avoir une capacité de production supplémentaire de 20 % mais ne pouvoir augmenter massivement une offre pour laquelle ils ne sont pas certains de trouver preneur, faute de commandes de leurs clients.

Or la tendance de fond est à la baisse de la consommation d’engrais, avec une réduction de 38 % des livraisons en 30 ans selon l’Unifa.

« Voir le coup d’après »

Lors de la campagne 2024-25, « 9,96 millions de tonnes d’engrais (minéraux et organiques) ont été livrés, soit une baisse de 1,6 % par rapport à la campagne précédente et de 6,6 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années », a indiqué M. Bernardi.

Les fertilisants sont « plus efficients, mieux calibrés et mieux appliqués » dans les champs. Mais la baisse des livraisons s’explique aussi par les prix, qui ont considérablement augmenté depuis la guerre en Ukraine en 2022.

En premier lieu car les fertilisants azotés ont vu leur prix s’envoler du fait de la flambée des cours du gaz naturel – qui représente 90 % du coût de fabrication des engrais azotés et que l’Europe achetait notamment en Russie.

Et alors que la Russie représentait encore un quart des importations européennes d’engrais début 2025, l’UE a mis en place une surtaxe progressive des fertilisants azotés russes et bélarusses : 45 euros la tonne en 2025-26, jusqu’à 95 euros la tonne en 2028.

Pour les céréaliers français, l’accumulation de ces mesures concourt à maintenir un prix très élevé des engrais – aujourd’hui 60 % plus élevé qu’en 2020 selon le commissaire européen chargé du commerce Maros Sefcovic -, alors que les trésoreries des agriculteurs sont « exsangues » après trois années de crises.

Pour l’Unifa, ce n’est pas la suspension du MACF qui changera la situation des agriculteurs, qu’il faut aider. « Il faut voir le coup d’après. Nous devons évoluer vers une production décarbonée, c’est un élément clé de la souveraineté industrielle européenne.

Mais cette transition ne doit pas peser que sur le monde agricole », estime Eric Giovale, fabricant d’engrais organiques et producteur de pommes dans les Hautes-Alpes.

Les industriels, qui demandent « un plan de souveraineté pour sécuriser la filière des engrais », ont notamment proposé de réinvestir des fonds issus du MACF pour la transition agricole, ainsi que le renforcement des contrôles face aux importations non conformes.