Alimentation

La grande distribution a profité du confinement, mais des inégalités menacent


AFP le 29/04/2020 à 09:35

Si une majorité de Français risquent de sortir du confinement avec des kilos en trop après avoir beaucoup cuisiné, les grandes enseignes de la distribution alimentaire auront gonflé leur trésorerie, surtout celles ayant misé sur la proximité et le commerce en ligne.

Carrefour, en publiant son chiffre d’affaires du premier trimestre mardi soir, a ainsi évoqué « une très forte accélération » de son activité en mars, ayant notamment profité à ses magasins de proximité (+ 11 % en France au premier trimestre) et aux ventes en ligne (+ 45 %). Son grand rival Casino s’en était déjà réjoui la semaine dernière : en France, du 23 mars au 20 avril, la croissance des ventes a atteint 24 % en moyenne chez Franprix, les supermarchés Casino et les autres enseignes de proximité, avec « l’afflux de nouveaux clients ». Quant à son site de commerce en ligne Cdiscount, il a enregistré depuis le 1er avril une hausse de 40 % son volume d’affaires. Le groupe stéphanois a ainsi réalisé un total de « 20 000 commandes par jour au lieu de 6 500 au début du trimestre », grâce notamment au partenariat entre Monoprix et Amazon.

Autant de facteurs positifs qui ont fait dire au directeur financier de Casino, David Lubek, que cette tendance favorable pour son groupe, comme pour le reste de la grande distribution alimentaire, devrait se poursuivre « au-delà du 11 mai », compte tenu de l’aspect « progressif » du déconfinement décidé par le gouvernement. Le premier semestre s’annonce donc au beau fixe, au moins au niveau financier.

Logistique complexifiée

Un avis partagé par Matthias Berahya-Lazarus, président du groupe Bonial, spécialisé dans le marketing numérique pour la distribution, pour qui cependant de « bons » chiffres d’affaires ne signifient pas « rentabilité améliorée ». En effet, avec la pandémie, « les contraintes opérationnelles de la distribution sont considérables avec des coûts d’exploitation beaucoup plus importants que d’habitude », souligne-t-il auprès de l’AFP. « En personnel déjà, avec un absentéisme qui reste fort, dont on a dû renforcer la sécurité, et en logistique, qui s’est complexifiée avec notamment la mise en place de sas de désinfection. » Le confinement risque par ailleurs de creuser les différences entre des distributeurs très portés sur le e-commerce et la proximité, comme Casino ou Leclerc, et ceux dont le modèle est basé sur les hypermarchés, comme Auchan ou Carrefour, qui « pâtissent directement des restrictions sur les déplacements ».

Progression du drive

Nouveaux clients, nouvelles habitudes d’acheter « près de chez soi », ruée vers le e-commerce alimentaire… La grande distribution alimentaire sortira gagnante du confinement, c’est certain. Quant à la consommation, elle s’est modifiée en profondeur au point de voir des tendances jusqu’alors marginales se diffuser plus largement.

Selon un sondage réalisé par OpinionWay du 21 au 22 avril 2020 auprès de 1 036 personnes, et cité par le magazine spécialisé LSA, 28 % des Français affirment ainsi acheter plus de produits locaux pour soutenir les producteurs et 21 % davantage de produits frais pour prendre soin de leur santé, se faire plaisir et cuisiner. Par ailleurs, 11 % affirment acheter moins de produits industriels et 8 % favorisent les références pré-emballées pour diminuer le risque d’exposition au virus.

Pour Matthias Berahya-Lazarus, cela devrait perdurer, déjà parce que les gens auront « fait des progrès en cuisine » et y auront pris goût, mais aussi parce que les contraintes sur la restauration hors domicile vont « continuer à peser au moins quatre à six semaines », bars et restaurants ne rouvrant au mieux qu’en juin.

Quand on voit que les achats de levure ont plus que doublé, « ça en dit beaucoup sur la manière dont les gens ont changé leurs habitudes de cuisine ou de consommation », note-t-il. Quant aux nouveaux arrivants du drive, une partie des consommateurs s’y étant mis « une fois franchies les barrières technologiques, d’organisation personnelle ou d’appréhension » devrait conserver cette habitude, estime l’expert.