Jules et Apolline, installés hors cadre familial : « Sans Terre de liens, ça n’aurait pas été possible »
TNC le 20/03/2026 à 05:12
Jules et Appoline voulaient s'installer en lait : pari réussi, grâce à Terre de liens ! Le couple de trentenaires installé hors cadre familial a posé ses valises à Céaucé (61), où ils comptent par la suite diversifier leur activité notamment par des stages d'équitation et de l'accueil à la ferme.
Depuis le mois de janvier 2025, Jules et Apolline sont installés à la ferme du Bois Frican, à Céaucé (61). Il y a quelques années seulement, ils étaient tous deux salariés ; Apolline a été infirmière six ans, équithérapeute, puis éducatrice spécialisée équins. Jules, quant à lui, a été salarié agricole pendant cinq ans, puis conseiller quelques temps. Installés hors cadre familial, ils ont accompli leur rêve en reprenant cette exploitation laitière du bocage normand, lui évitant ainsi de partir à l’agrandissement.
Un parcours sinueux
Le couple voulait s’installer « dans la trentaine », assurent-ils. Mais l’installation en couple n’a pas toujours coulé de source. « Avant, on avait l’idée de s’installer en commun avec huit amis. Donc on a visité plusieurs fermes mais on s’est vite rendu compte qu’on avait pas la même vision des choses. On a connu la ferme du Bois Frican parce qu’on avait visité une exploitation à 8 km à l’époque avec nos amis, et puis aujourd’hui on est installés ici, et un couple d’amis est installé dans la ferme à 8 km de là », sourient-ils.
Vidéo privée – Dailymotion
Une ferme pas très chère avec peu de matériel.
Jules et Apolline avaient leur idée bien arrêtée quant à l’exploitation qu’ils voulaient : « un système herbager, avec des terres groupées, une ferme pas très chère avec peu de matériel, parce que le parc matériel demande une enveloppe plus importante alors qu’on n’en a que très peu besoin dans notre système, expliquent-ils. On cherchait aussi une zone avec une bonne pluviométrie, en principe on est plutôt bien servis pour ça dans l’Orne », lance le couple.
Toutes les planètes étaient alignées.
Auparavant, la ferme du Bois Frican était une ferme laitière, conduite en système conventionnel extensif maïs-herbe. Pour le moment, leur lait est vendu au prix du conventionnel, le temps de la conversion, mais pour Jules et Apolline, ce n’est pas plus mal comme ça, « certains bio sont trop attachés à leur ferme et à leurs valeurs. Aussi, nos cédants étaient locataires, alors ils étaient moins attachés que s’ils avaient été propriétaires », lâchent-ils.
Les propriétaires avaient à cœur à ce que la ferme du Bois Frican n’aille pas à l’agrandissement. « Quand ils ont présenté le projet de notre installation aux autres indivisaires propriétaires et qu’il n’y avait plus qu’à signer, la surprise a été très bien accueillie par tout le monde. Au final, on a eu de bons liens avec les cédants, les propriétaires et puis avec Terre de liens, toutes les planètes étaient alignées », se réjouissent Apolline et Jules.
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Transmission et parrainage
Jules et Apolline se sont installés dans le coin un an avant leur date d’installation, « c’est plus pratique pour découvrir l’endroit et aussi pour réellement s’immerger dans le territoire et se sentir chez soi », lâche le couple. De mai à décembre 2024, leur installation approchant, Jules se rendait presque chaque jour sur place, dans le cadre d’un parrainage.
« On a décidé d’arrêter de travailler pour être flexibles et réellement avancer dans notre projet, expliquent-ils. Le parrainage a été en partie financé par les droits chômage. Ces quelques mois m’ont permis d’installer des clôtures pour le pâturage tournant dynamique, les réseaux d’eau, des abreuvoirs et débroussailler un peu les haies », se souvient Jules. Leur cédant, habitué à travailler seul, a d’abord été réticent à l’idée d’un parrainage, mais Jules et Apolline lui ont expliqué qu’il ne consistait pas en une période de transmission à proprement parler, « on n’avait pas de nécessité à travailler ensemble puisque nous voulions mettre en place un système bien différent ».
70 Frisonnes venues d’Irlande
Le troupeau laitier de leurs cédants n’a pas été repris, « il était vieillissant, nos cédants étaient persuadés que la ferme partirait à l’agrandissement, alors les vaches sont allées à l’abattoir. D’autant plus que le prix de la viande était élevé, et puis il y avait un peu de problèmes sanitaires », annoncent-ils.
En octobre 2024, 70 génisses frisonnes sont arrivées tout droit d’Irlande. « On voulait limiter la provenance des animaux, et faire du vêlage groupé, alors on a acheté 70 génisses frisonnes en direct à un éleveur, qui ont vêlé dès le mois de janvier 2025. Acheter des génisses pleines, ça a l’avantage de pouvoir faire du vêlage groupé, et d’avoir la génétique qui nous convient dès le début, sans devoir attendre, mais on était quand même stressés parce qu’elles sont arrivées en camion depuis l’Irlande, et puis ça représente de gros montants à avancer : 1 600€ la génisse pleine hors taxe ».
À partir de mars 2026, 62 vaches rejoindront la salle de traite. « Avec la FCO, il y en avait des vides, alors on les a vendues. Et puis il n’y a pas de renouvellement cette année encore, il faut attendre mars 2027 que les veaux des génisses arrivent. »
Jules et Apolline comptent valoriser l’herbe au maximum. « Les vaches sont à l’étable seulement 15 jours par an, au moment de la préparation au vêlage. Au tarissement, on fait du balegrazing – 3/4 de foin et 1/4 d’herbe pâturée –, elles ont du foin en prépa-vêlage et puis de l’enrubannage en début de lactation ».
Projets à venir
Pour le moment, la ferme du Bois Frican est une ferme laitière exclusivement, mais le couple de trentenaires ne compte pas s’arrêter là. « On a un projet d’accueil à la ferme, la maison est grande et on est en train de transformer un bâtiment en manège à chevaux. L’idée serait de faire une colo avec stage d’équitation à la ferme. »
Quand l’activité équithérapie et colonie de vacances seront en place, l’idée serait de passer en monotraite intégrale. « On a environ 30 % de production de lait en moins en monotraite, c’est à peu près pareil en génisses, alors en passant en monotraite intégrale, on produirait plus ou moins ce qu’on produit actuellement. »
« Sans Terre de liens, ça n’aurait pas été possible »
Le couple avait la volonté de financer au maximum la partie lait par emprunts bancaires, de manière à garder une capacité d’apport suffisante pour l’activité équithérapie, les rénovations du manège et de l’habitation pour l’accueil de colonies de vacances. « Comme c’est des activités peu courantes, on s’est dit qu’ils auraient plus de mal à prêter de l’argent pour ça, alors on a fait en sorte de garder le maximum d’apports pour ces projets-là. » Au global, le couple a emprunté près de 400 000 € pour les bâtiments, le cheptel, la reprise de matériel, les stocks, les clôtures, chemins et abreuvements.
Sur les 68 ha de SAU de l’exploitation, 57 ha sont en location à Terre de liens, et le reste en location aux cédants et à l’indivision. « On loue 175 € l’hectare en moyenne à Terre de liens, avec un bail environnemental qui fait qu’on est obligés d’être en bio sur ces surfaces. Sans ça, on n’aurait pas pu acheter. Sans Terre de liens, ça n’aurait pas été possible » certifient-ils.
Une journée « ferme-ouverte » est prévue au Gaec du Bois-Frican le 13 juin prochain ! L’équipe Terre de liens Normandie sera présente pour communiquer sur leurs missions, ainsi que la biscuiterie de l’abbaye de Lonlay, -l’une des entreprises mécènes de Terre de liens. De nombreuses animations seront proposées lors de cette journée ouverte à tous. Des informations complémentaires seront communiquées sur le site Terre de liens Normandie à l’approche de l’évènement.