Coopérative agricole

InVivo muscle son bénéfice après la vente de Neovia et le rachat de Jardiland


AFP le 19/12/2019 à 16:25

Le premier groupe agricole coopératif français InVivo a musclé son bénéfice et ses fonds propres sur son exercice décalé 2018-19, tout en maintenant son chiffre d'affaires, après la cession du fabricant d'alimentation animale Neovia et le rachat de la chaîne Jardiland.

Désendetté, le groupe, qui achève avec cinq ans d’avance son plan de redressement financier lancé en 2014, se sent désormais en capacité d’investir dans « la transition agricole et alimentaire », notamment la distribution alimentaire locale, et « les métiers de demain » comme « l’agriculture de précision », a indiqué à l’AFP son directeur général Thierry Blandinières, lors d’un entretien téléphonique.

La vente de Neovia en début d’année au groupe américain ADM a permis à InVivo d’afficher au 30 juin un bénéfice annuel net multiplié par près de huit, à 347,7 millions d’euros contre 45,8 millions euros un an avant, tandis que les capitaux propres étaient multipliés par près de neuf à 935,1 millions d’euros contre 104,9 millions sur l’année écoulée le 31 juin 2018, indique un communiqué.

Le chiffre d’affaires s’est, lui, maintenu au même niveau que celui de l’année précédente à 5,2 milliards d’euros, Neovia pesant encore pour un milliard d’euros dans ce total. Le rachat de Jardiland a permis de doubler le chiffre d’affaires des activités distribution à 1,2 milliard d’euros.

Dans le secteur distribution, le groupe encourage les produits locaux et la vente directe, notamment en développant les ventes alimentaires dans ses quelque 1 500 jardineries (Gamm Vert, Delbard et Jardiland), via les 20 magasins de l’enseigne « Frais d’ici », et via la chaîne alimentaire Bio&Co, dans le sud-est de la France, qui a vocation à être développée dans le reste du pays, selon Thierry Blandinières.

L’activité agriculture (vente de semences et produits phyto-sanitaires ou produits de biocontrôle), regroupée depuis deux ans sous le nom Bioline, affiche un chiffre d’affaires en hausse de 30 % à 449 millions d’euros. Dans ce secteur, le biocontrôle, qui regroupe la lutte contre les maladies des plantes grâce aux insectes et micro-organismes, et les biostimulants, voit ses ventes progresser de 20 %. « L’idée, c’est de doubler la taille de Bioline en cinq ans, aux alentours d’un milliard d’euros de chiffres d’affaires », et de constituer un « pôle mondial dans le biocontrôle », a indiqué Thierry Blandinières.

Une plate-forme nommée Aladin

Pour y parvenir, le groupe qui a déjà racheté Biocolor en Espagne et Sweet Briar en Californie au groupe Driscoll, compte sur la croissance externe avec des acquisitions de sociétés ou start-ups dans le secteur, a-t-il dit. Selon lui, d’ici 2030 sur le plan mondial, le biocontrôle – qui permet de réduire les pesticides de synthèse – devrait représenter 15 % environ des 40 milliards de dollars de chiffre d’affaires générés par les pesticides classiques produits par les géants de l’agro-chimie, contre moins de 1 % actuellement.

Conscient du risque que la distribution de produits agricoles et alimentaires passe sous contrôle des grandes plate-formes commerciales du type Amazon, Thierry Blandinières a indiqué que neuf coopératives françaises participent déjà à une plate-forme de marché numérique nommée Aladin.farm, lancée en septembre. A terme, elle est destinée à fédérer les 201 coopératives clientes du groupe. Leurs adhérents agriculteurs peuvent commander en ligne des produits phytosanitaires ou semences et pourront à terme vendre leurs propres récoltes.

« Grâce au « génie Aladin », les agriculteurs pourront bénéficier de services assurantiels ou bancaires, d’informations, d’échanges de bonnes pratiques etc. », a dit Thierry Blandinières. « La force d’Amazon, ce sont ses entrepôts, mais nos coopératives ont aussi de la logistique, il nous manquait une plate-forme numérique », ajoute-t-il. Le projet, qui a vocation à s’élargir à l’international a été présenté aux coopératives allemandes, danoises, brésiliennes et japonaises. « Notre ambition est que d’ici cinq ans, 80 % des relations entre agriculteurs, coopérateurs et In Vivo passent par la plate-forme », assure Thierry Blandinières.

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