Fusions et réorganisations, une nécessité pour les coopératives céréalières
TNC le 09/02/2026 à 17:48
Épuisement de l’effet volumes face à l’augmentation des charges, financement de plus en plus coûteux... Les coopératives spécialisées dans le grain ont vu leur rentabilité se replier ces dernières années, et la tendance ne devrait pas s’inverser.
Présentée le 6 février, la 5ème édition de l’Observatoire économique et financier, spéciale filière grains, du Haut conseil de la coopération agricole (HCCA) et de la Coopération agricole Métiers du grain témoigne de la baisse de rentabilité des coopératives, impactées par les crises géopolitiques persistantes, la désorganisation des marchés mondiaux et les accidents climatiques à répétition.
L’exercice 2024, sur lequel porte l’étude, confirme la dégradation de cette rentabilité opérationnelle, avec une marge d’Ebitda à 3,17 % (- 0,10 point par rapport à 2023), explique François Macé, président du HCCA, et une fragilisation plus importante des plus petites structures (au chiffre d’affaires inférieur à 100 M€). « Dans la période à venir, l’enjeu central pour l’ensemble du secteur sera de sécuriser les marges par l’optimisation des coûts, la sélectivité commerciale, la performance industrielle et logistique, et la consolidation du modèle économique dans un contexte durablement volatile », souligne le rapport. Cette sécurisation pourra notamment passer, comme on a déjà pu l’observer, par des rapprochements et des fusions entre groupes coopératifs, afin de faciliter les économies d’échelle.
L’épuisement de l’effet volume
La rentabilité finale des coopératives céréalières demeure sous tension, avec un ratio résultat net/chiffre d’affaires à – 0,34 % en 2024, soit – 0,48 points par rapport à l’année précédente. Si la croissance du chiffre d’affaires avait jusqu’alors partiellement compensé la pression sur les coûts, ce n’est plus le cas en 2024 compte tenu du recul des prix des céréales.
Cette année marque en effet « l’épuisement de l’effet volume pour absorber les charges et met en évidence un réel problème de financiarisation », explique François Macé. Seules les plus petites coopératives connaissent une amélioration de leur résultat net, qui s’explique principalement par des réductions d’activité, une maîtrise des charges, et par un moindre investissement réalisé dans les infrastructures au cours des années précédentes.
Le poids des frais financiers se révèle de plus en plus prégnant, et l’on observe un recours systématique à la dette lors d’une montée en puissance d’activité, mais « on se heurte tout de suite à l’intensité capitalistique du modèle et aux taux financiers », souligne François Macé.
« La grosse difficulté, c’est la baisse du volume », constate Antoine Hacard, président de la Coopération agricole Métiers du grain, qui fait état d’une déperdition des surfaces au sud de la France, et d’une concurrence des cultures plus industrielles au nord. En cause, les rendements en repli des céréales à paille, sous l’effet du changement climatique, du manque d’innovation et des difficultés d’accès à l’eau, détaille-t-il. « On n’a plus d’innovations phytosanitaires car les homologations sont tellement compliquées à obtenir que les grandes firmes se détournent du marché français. Il faut que le citoyen français comprenne que s’il souhaite manger français, il doit accepter que la production soit réalisée en France. »
Un secteur coopératif appelé à se transformer
Néanmoins, l’autonomie financière, que traduit le ratio capitaux propres/total du bilan, apparaît stabilisée en 2024, même si « le renforcement des fonds propres reste un enjeu central, en particulier pour les grandes coopératives, afin de préserver la résilience financière du modèle coopératif dans un environnement durablement volatil et exigeant en capitaux », indique le rapport.
Le secteur coopératif « sert d’amortisseur de crise pour garantir la souveraineté alimentaire, contribue au maintien des outils de transformation sur le territoire, et à l’équilibre des bassins d’emplois », rappelle le président du HCCA. Si le système a toujours trouvé des pistes d’amélioration, la conjoncture va le pousser dans la voie des rapprochements pour faciliter les économies d’échelle. « Il faut poursuivre et accélérer le mouvement », insiste François Macé pour qui la transformation passera également par le digital et l’intégration de l’intelligence artificielle, tout en nécessitant « des décisions difficiles, mais courageuses ».
« Le plus important, c’est que les conseils d’administration continuent à garder la main sur la stratégie », précise Antoine Hacard, insistant sur l’intérêt à conserver « de véritables leaders régionaux, français, européens et mondiaux ». Pour le président de la Coopération Métiers du Grain, les coopératives « se réforment, elles évoluent, et sont sans cesse en train de se réinventer ». Il s’agit de mettre l’accent sur « la compétitivité, qui n’est pas un gros mot », mais aussi les transitions et l’innovation notamment semencière. Les investissements restent à l’ordre du jour, à travers le plan « Infrastructures 2030 ». Et pour appuyer cette dynamique, les coopératives espèrent également, dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, faire reconnaitre les infrastructures de stockage « comme intérêt supérieur pour la Nation ».