France Travail veut développer l’immersion dans les exploitations


AFP le 25/02/2026 à 11:15

Face aux difficultés de recrutement et de transmission des exploitations dans le monde agricole, le directeur général de France Travail Thibaut Guilluy veut développer l'immersion professionnelle dans les fermes.

Quelle est l’ampleur des difficultés de recrutement du monde agricole ?

Dans ce secteur, plus d’une entreprise sur deux a des difficultés de recrutement. L’agriculture est un secteur hyper important en termes d’emploi, mais aussi de débouchés pour notre industrie agroalimentaire et un gros enjeu de souveraineté pour le pays. Ce secteur est prioritaire pour France Travail.

L’enjeu du renouvellement des générations est central, puisque près d’un chef d’exploitation sur deux partira à la retraite d’ici 2030. Aujourd’hui, dans deux cas sur trois, le renouvellement ne se fait pas. Si dans les années qui viennent, on n’arrive pas à augmenter ce taux, on va avoir des difficultés à maintenir la capacité de notre production agricole.

Depuis un an, nous avons beaucoup travaillé pour faire en sorte de rendre plus attractifs les métiers et créer des vocations, que ce soit en initial ou en reconversion. Nous profitons du Salon de l’agriculture pour inviter les exploitations agricoles à ouvrir leurs portes à des candidats potentiels à travers le développement massif de l’immersion professionnelle, via la plateforme « Immersion facilitée ». Ce dispositif permet, pendant un mois maximum, à un chercheur d’emploi d’être mis en situation dans une entreprise, en l’occurrence une ferme. [Tous secteurs confondus], sept personnes sur dix, six mois après une telle immersion, ont retrouvé un travail dans l’entreprise ou le secteur.

L’idée est-elle de donner une bonne image de ces métiers au-delà des cercles déjà proches de l’agriculture ?

Oui, il y a une grande diversité de métiers qui est méconnue. Jusqu’à maintenant, le renouvellement se faisait souvent par l’environnement familial ou proche, mais cette mécanique-là ne suffit plus. Faire connaître ces métiers suppose qu’on travaille beaucoup plus main dans la main avec l’ensemble des acteurs de la formation, de l’orientation et de l’emploi agricole. C’est justement l’objet de la feuille de route opérationnelle que nous avons coconstruite avec l’ensemble des acteurs, dont l’association « Demain je serai paysan », et que nous lançons aujourd’hui.

Il faut aussi valoriser l’évolution des conditions d’exercice des métiers agricoles qui ont fortement changé, mais qui souffrent encore de la méconnaissance, voire parfois des a priori des chercheurs d’emploi ou des actifs. Numérique, drones, intelligence artificielle : énormément d’innovations ont retiré de la pénibilité et permettent parfois un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Quel type de soutien pouvez-vous apporter aux agriculteurs ?

Les exploitants agricoles sont souvent de toutes petites structures. La feuille de route prévoit d’aller au-devant de ces exploitations par des campagnes de prospection, de façon beaucoup plus massive, pour mieux identifier leurs besoins de recrutement et leur proposer des solutions très concrètes pour pouvoir recruter plus vite et qu’ils se sentent moins seuls.

Ensuite, la formation en situation de travail ou le passage de certaines habilitations, permis ou certifications, vont être [des éléments] clés pour faire la différence entre un candidat motivé et un candidat prêt à l’emploi.

Pour cela, nous souhaitons développer fortement des formations de quelques dizaines à quelques centaines d’heures. Une petite exploitation de trois, quatre personnes ne peut pas se permettre d’embaucher quelqu’un qui n’est pas formé.