Accéder au contenu principal
Arrêt des NNI et autres contraintes

En colère, agriculteurs et tracteurs manifestent à Paris


AFP le 08/02/2023 à 11:21
fiches_Manifestation_dagriculteurs_a_Paris

Plusieurs centaines d'agriculteurs sont venus en tracteurs sur l'esplanade des Invalides à Paris, pour dénoncer l'accumulation de contraintes. Déclencheur de cette action : la fin de la dérogation permettant un usage des néonicotinoïdes sur les semences de betteraves. (©TNC)

« Des mesures qui s'empilent en notre défaveur ». D'est et d'ouest, juchés sur leurs tracteurs, des centaines de tracteurs convergeaient vers Paris au petit matin mercredi pour la première fois depuis trois ans, afin de manifester contre les "contraintes" pesant sur l'agriculture, en particulier les restrictions d'usage des pesticides. (Article publié initialement à 9h41 et mis à jour à 11h21 puis à 11h57)

« Près de 500 tracteurs » et « plus de 2 000 paysans » sont annoncés par le premier syndicat agricole, la FNSEA. Leur arrivée Porte de Versailles, dans le sud de Paris, où de nombreux policiers ont été déployés pour encadrer la manifestation agricole, a commencé dès 8h15. Un peu avant 8h00, le cumul de bouchon était de 354 kilomètres en Île-de-France, un chiffre « exceptionnel pour cette heure-ci », selon le site Sytadin.   Vers 09h 30, il était de 304 kilomètres après un pic à près de 425 km.

Une longue file d’engins s’est en effet ébranlée vers 09h00 de la Porte de Versailles, où se tiendra dans moins d’un mois le Salon international de l’agriculture et où de nombreux policiers ont été déployés pour encadrer la manifestation qui se dirige vers les Invalides, dans le centre. La dispersion est prévue en début d’après-midi, via un quai bordant la Seine.

Grégoire Bouillant, céréalier de 40 ans, est parti vers 5h du matin de sa ferme du Val-d’Oise pour arriver, à 20km/h, à Porte de Versailles. Il dénonce une « pression environnementaliste » et des « mesures qui ne cessent de d’empiler en notre défaveur ». À l’arrière de son tracteur, une pancarte « Macron menteur, oui aux NNI, oui au sucre français ». « On veut montrer au gouvernement qu’on peut pas interdire des moyens de production sans alternative », ajoute Cyril Milard, président de la FDSEA 77. Drapeaux FNSEA et Jeunes agriculteurs et affichettes « mon métier respecte la nature, stop aux écologies abusives » ont fleuri sur les vitres des tracteurs et de nombreux passants prenaient des photos sur le parcours de la manifestation.

Sur d’autres tracteurs, une pancarte similaire : « Macron menteur, oui aux NNI, oui au sucre français ». (©TNC)

Ici, c’est le retour de Julien Denormandie comme ministre de l’agriculture qui est réclamé. (©TNC)

Plusieurs déclencheurs

Le déclencheur de la mobilisation effectivement : la décision du gouvernement le 23 janvier de renoncer à autoriser les insecticides néonicotinoïdes pour la culture de la betterave sucrière, à la suite d’une décision de la Cour de justice de l’Union européenne estimant illégale toute dérogation. Mais les doléances se multiplient : ces derniers mois, les agriculteurs se sont rassemblés par petits groupes à travers le pays, ici pour dénoncer la  hausse des coûts de production agricoles du fait de la flambée des prix de l’énergie, là pour réclamer de stocker de l’eau pour irriguer leurs cultures.

Parmi la foule de manifestants, des élus. (©TNC)

Leur dernière grosse mobilisation remonte au 27 novembre 2019, quand un millier de tracteurs avaient mené des opérations escargot sur le périphérique. Les manifestants dénonçaient, déjà, un durcissement des règles concernant l’épandage de pesticides de synthèse avec la création de zones de non-traitement (ZNT), des bandes de quelques mètres à proximité des habitations où il est interdit de recourir à ces substances.

« La circulation, très fortement perturbée dans un large périmètre, du boulevard périphérique aux septième et quinzième arrondissements parisiens, sera rétablie progressivement » dans la journée, a prévenu mardi la préfecture de police de Paris. « Il est vivement recommandé aux automobilistes de contourner largement le secteur pendant toute la durée de l’évènement », a-t-elle ajouté alors que mercredi est aussi une journée de grève notamment à la SNCF.

« Impasses »

Les néonicotinoïdes, toxiques pour les abeilles et interdits depuis 2018, bénéficiaient d’une dérogation depuis deux ans. Ce qui permettait de les appliquer préventivement sur les semences de betteraves pour les prémunir de la jaunisse, une maladie virale propagée par des pucerons. « Comme utilisateur de néonicotinoïdes, je n’ai pas l’impression d’empoisonner le monde », s’agace le cultivateur et militant syndical Damien Greffin. Il préside la section FNSEA du Grand Bassin parisien qui rassemble 12 départements céréaliers du nord de la France et est à l’initiative de la manifestation, avec le syndicat des planteurs de betteraves CGB, aussi affilié à la FNSEA.

Pour les manifestants, c’est le procès de la betterave ! (©TNC)

La Fédération nationale du syndicat agricole majoritaire leur a emboîté le pas en appelant « à se mobiliser à partir du 8 février à Paris et jusqu’au 20 février dans toute la France ». Pour Damien Greffin, « à ce rythme-là l’agriculture va disparaître ». L’agriculteur de l’Essonne cite en exemples l’interdiction de l’insecticide phosmet qui « compromet » la culture de cerises, ou celle − prochaine − d’un désherbant pour les endives.

Plus largement, selon la FNSEA, « les agriculteurs se retrouvent aujourd’hui en butte à des contraintes réglementaires de tous ordres qui freinent les projets innovants dans les territoires (irrigation, bâtiments d’élevages…) » « Ils sont aujourd’hui confrontés à des impasses de solutions face à des menaces sanitaires sur les cultures ou face à la prédation », reproche aussi l’organisation, en référence aux interdictions de pesticides et aux attaques du loup sur les troupeaux.

Et elle a été condamnée à la jaunisse nanisante… (©TNC)

Deuxième syndicat représentatif, la Coordination rurale a affirmé avoir proposé à la FNSEA Grand bassin parisien de se joindre à la manifestation et essuyé un refus. Quant à la Confédération paysanne, troisième syndicat qui se mobilisait mardi contre la réforme des retraites, elle a déploré dans un communiqué que « d’autres » manifestent « pour continuer à utiliser des néonicotinoïdes et refuser toute avancée écologique ». « L’ambition de progrès social fait face ici aux positions les plus réactionnaires et conservatrices », a estimé l’organisation classée à gauche. L’ONG environnementale Générations Futures a rappelé mercredi que les néonicotinoïdes étaient « plus toxiques que le tristement célèbre DDT », interdit dans les années 1970, dénonçant des pratiques « dignes de l’agriculture des années 1960, pas de celle des années 2020 ».