« L’après-Covid-19 » agricole

Des sénateurs veulent développer massivement les légumineuses en France


TNC le 29/05/2020 à 14:06
Parmi les légumineuses produites en France, 32 300 ha ont été consacrés au pois chiche en France en 2018, selon Terres Univia. (©Pixabay)

Parmi les légumineuses produites en France, 32 300 ha ont été consacrés au pois chiche en France en 2018, selon Terres Univia. (©Pixabay)

Les sénateurs Françoise Cartron et Jean-Luc Fichet ont présenté, jeudi 28 mai 2020, un rapport de la délégation à la prospective du Sénat sur l’enjeu « sanitaire, social, territorial et environnemental » d’une alimentation plus durable. En tête de leurs 20 propositions : une stratégie d’autonomie protéique via un développement massif des légumineuses en France, quitte à réduire la production de viande bovine et consacrer moins de surfaces à l’élevage.

Les sénateurs de la délégation à la prospective du palais Bourbon ont « adopté à l’unanimité », selon le président de cette délégation Roger Karoutchi, un rapport sur « l’alimentation durable et ses enjeux sanitaires, sociaux, territoriaux et environnementaux. « On observe des tentatives de redéfinition du bien manger, avec une place croissante donnée à la santé, au bien-être et aux préoccupations citoyennes », ont expliqué Françoise Cartron et Jean-Luc Fichet, les sénateurs rapporteurs du texte.

Par ailleurs, « le Covid-19 a confirmé que l’alimentation était un sujet majeur et qu’il fallait rebattre les cartes ».

Parmi la vingtaine de propositions, un premier lot concerne l’indépendance alimentaire de l’Hexagone et de l’Europe. Appelant à « définir une stratégie d’autonomie protéique de la ferme France « par la reterritorialisation de productions trop dépendantes des importations », les sénateurs défendent un développement massif des légumineuses dans les assolements. Notamment via la Pac et sa réforme en cours. Il s’agit, selon eux, de « réorienter les aides de la Pac pour rémunérer les services agro-systémiques rendus par les légumineuses : réduction de l’usage de l’azote de synthèse et donc des pollutions agricoles diffuses, maintien du couvert des sols, maintien de la biodiversité. »

« Il s’agit là de végétaux qui ont été abandonnés par le modèle agricole actuel. Compte tenu de leur capacité à capter de l’azote, le pouvoir énergétique, ils doivent être au cœur d’un modèle agricole plus durable », argumente Jean-Luc Fichet.

« Les aides européennes pourraient ainsi favoriser la diversification des cultures, l’allongement des rotations, reconnecter géographiquement les productions animales et végétales et être allouées en fonction d’un travail agricole plus important et non des surfaces cultivées. »

Autrement dit, à l’instar du think tank France Stratégie qui suggérait en octobre dernier de « supprimer les aides à l’hectare », les sénateurs de la délégation seraient favorables à une répartition des aides en fonction des actifs plutôt que des montants à la surface.

« Les CTE ont été mis en place en 2000. Depuis, les MAEC ont pris le pas. Mais nous pensons qu’elles ne sont pas suffisantes. »

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Des légumineuses plutôt que de la viande bovine

En parallèle, ils souhaitent « encourager les dispositifs de contractualisation au sein de la filière « légumineuses » en conditionnant les aides publiques à l’adoption de contrats de filières sur plusieurs années. L’objectif est de sécuriser les investissements en engageant conjointement les opérateurs en amont et en aval. »

Surtout, les sénateurs entendent développer les légumineuses dans les assolements, pour partie en substitution aux surfaces consacrées à l’élevage. Certaines surfaces consacrées à la production d’alimentation animale pourraient, selon eux, être réorientées vers la production de légumineuses directement pour l’alimentation humaine.

« Nous défendons la viande bovine. Non pas parce que la consommation diminue en France et en Europe, mais pour un enjeu de foncier. La France pourrait libérer du foncier et ainsi disposer de surfaces pour les légumineuses destinées à l’alimentation humaine », précise Jean-Luc Fichet.

Ceci dit, « les filières d’élevage durables sont un élément-clé de la conversion agro-écologique, indispensable à la maîtrise des émissions de gaz à effet de serre et à la préservation de la biodiversité », nuancent-ils. Les sénateurs insistent ainsi sur la place de l’élevage « davantage en extensif pour remobiliser des espaces aujourd’hui en déprise ou abandonnés ».

Les 20 propositions de la délégation à la prospective du Sénat pour l’alimentation durable :

  • Définir une stratégie d’autonomie protéique des fermes « France » et « Europe » par la reterritorialisation de productions trop dépendantes des importations ;
  • Stimuler les investissements dans la recherche de semences plus performantes dans le secteur des protéagineux ;
  • Soutenir et encourager les projets alimentaires et agricoles de territoire afin d’accroître la part des approvisionnements locaux dans la consommation régulière ;
  • Impulser une politique foncière permettant l’installation de producteurs locaux ;
  • Revaloriser l’image des légumineuses en soulignant leur intérêt nutritionnel et écologique ;
  • Réorienter les aides de la Pac pour rémunérer les services agro-systémiques rendus par les légumineuses (réduction de l’usage de l’azote de synthèse et donc des pollutions agricoles diffuses, maintien du couvert des sols, maintien de la biodiversité) ;
  • Encourager les dispositifs de contractualisation au sein de la filière « légumineuses » en conditionnant les aides publiques à l’adoption de contrats de filières sur plusieurs années ;
  • Encourager les investissements de long terme nécessaires pour développer des variétés de légumineuses plus productives et moins sensibles aux aléas ;
  • Renforcer l’adaptation et la résilience de l’agriculture face aux effets du réchauffement climatique grâce à la diversification agro-écologique des espèces cultivées ;
  • Promouvoir un discours équilibré et apaisé sur la consommation de produits animaux ;
  • Accompagner la promotion de l’alimentation durable pour tous avec le double objectif de sobriété et de diversification ;
  • Assainir l’offre alimentaire en incitant ou en obligeant à la reformulation des recettes des plats industriels ;
  • Instaurer des dispositifs d’aide financière directe ou indirecte pour réduire le prix des produits alimentaires durables en taxant par exemple certains aliments en raison de leur mauvaise qualité nutritionnelle sur le modèle de la taxe Soda ;
  • Intégrer la dimension d’acceptabilité culturelle et de plaisir dans la défense des régimes alimentaires durables ;
  • Définir un plan de lutte contre la dénutrition des personnes précaires et des personnes âgées ;
  • Mieux prendre en compte les risques de malnutrition liés à la diffusion de régimes alimentaires nouveaux ;
  • Soutenir les efforts de la recherche scientifique indépendante pour mesurer les effets sur la santé des résidus de pesticides de synthèse et des additifs alimentaires utilisés par l’industrie ;
  • Faire évoluer les politiques de santé d’un accompagnement alimentaire ponctuel fondé sur le conseil nutritionnel à un accompagnement dans la durée ;
  • Compléter les recommandations nutritionnelles par des recommandations de bonnes pratiques alimentaires du point de vue écologique ;
  • Mettre en œuvre un portage politique plus ambitieux de la transition alimentaire par les pouvoirs publics.

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