Des Causses au Sahel, un pastoralisme sous pression mais rempart aux crises


AFP le 24/02/2026 à 10:30

« Le pastoralisme ce n'est pas le passé, c'est le futur ! », sont venus dire au Salon de l'agriculture chercheurs et éleveurs, soulignant le rôle longtemps négligé de ce mode d'élevage immémorial face au changement climatique et pour la sécurité alimentaire.

Des Causses français en passant par le Sahel ou la Mongolie, il faut soutenir cette pratique menacée par les conflits de territoire ou le réchauffement du climat, ont-ils appelé, alors que l’ONU lui dédie une « année internationale » pour mobiliser sur cet enjeu.

Présent sur 80 % des terres arides, le pastoralisme fait vivre plus de 200 millions d’humains, avec pour traits communs une pratique extensive, mobile, en territoire ouvert et partagé.

Délaissé historiquement, mal compris par les pouvoirs publics, il apparaît aujourd’hui comme « un rempart » face à bien des défis actuels, note Serena Ferrari, socio-économiste basée en Ethiopie pour le centre de recherche agronomique Cirad : « Ce n’est pas une niche, pas une nostalgie », ni un sous-produit de l’économie.

Des études récentes ont mis en avant ses contributions. Globales d’abord : alors que depuis 20 ans l’élevage souffre de son image de moteur du réchauffement mondial, une étude portée par le Cirad a mis en évidence au long des variations saisonnières que l’élevage pastoral sur un an est au contraire neutre en carbone.

Contrairement à l’élevage sédentarisé d’animaux nourris d’aliments issus de grandes cultures, il n’entre pas en concurrence avec l’alimentation humaine, permet de stocker du carbone dans les sols, réduit le recours aux engrais importés…

« Le pastoralisme ce n’est pas le passé, c’est le futur », a expliqué Hindou Oumarou, de l’Association des femmes peules et autochtones du Tchad, lors d’une conférence Cirad-Agence française du développement. « Notre identité dépend de ces modes de vie nomades et semi-nomades, et ils permettent de trouver des solutions durables pour la souveraineté alimentaire ».

Localement, la richesse produite par le pastoralisme forme 1,5 % du PIB en Argentine, 27 % du PIB au Tchad, selon une autre étude incluant la part autoconsommée de cette activité.

Le « mythe de l’arriération »

Pour autant, les éleveurs mobiles ont perdu 50 % de revenus en 20 ans, selon la Banque mondiale.

Les difficultés de valorisation sont multiples, par exemple au Sahel pour le lait, dont moins de 10 % est collecté et transformé, concurrencé par les « poudres importées », décrit Hindatou Amadou, de l’association Apess de promotion de l’élevage.

Dans cette région, les pasteurs souffrent aussi des conflits, de menaces sécuritaires, du vol récurrent du bétail, de la pression de l’agriculture, de pluies de plus en plus erratiques…

En Mongolie, les éleveurs ont la chance de pouvoir valoriser le duvet de leurs chèvres (le cachemire), mais le surpâturage menace, lié au boom de la demande, de même que le réchauffement : la température globale y a crû plus rapidement que la moyenne mondiale, raconte Sarangoo Ukhnaa, d’Agronomes et vétérinaires sans frontières, qui évoque le découragement des jeunes : « Nous sommes en train de perdre une génération d’éleveurs ».

En Afrique, « on ferme des terres de parcours » de transhumance, pour laisser place à des projets énergétiques ou miniers, dit aussi la sociologue Véronique Ancey, du Cirad. Tout comme dans les Andes l’exploitation de lithium vient capter la ressource en eau.

Le « savoir-faire, les mobilités stratégiques » des pasteurs sont essentiels, dit-elle, mettant en garde contre le « mythe de l’arriération ». « Ces producteurs ont besoin d’échanger. Il faut les accompagner, veiller à l’accès aux services de base – éducation, santé – et à ce que, dans l’aménagement du territoire, parcours et accès à l’eau ne soient pas coupés ».

Le sujet ne concerne pas que les pays du Sud, comme le rappelle une exposition en réalité virtuelle installée au Salon de l’agriculture qui emporte le visiteur du Sénégal jusqu’au Mercantour (visible aussi sur transhumances360.org).

En France en particulier, environ 10 % des élevages utilisent des surfaces de transhumance. C’est une source de préservation de zones (face au risque d’érosion, de désertification, d’incendies…) que seul le pastoralisme « peut faire vivre », souligne Joël Guillemin, de l’Institut de l’élevage.