Dans les Ardennes, un couple de maraîchers porte plainte contre X pour les PFAS
AFP le 03/04/2026 à 10:21
Un couple de maraîchers dans les Ardennes, dont les cultures sont à l'arrêt à cause de la contamination par les PFAS (polluants éternels), a déposé plainte pour « mise en danger de la vie d'autrui », a appris vendredi l'AFP auprès de leur avocat.
Installés à Haraucourt, Anne et Sébastien Abraham ont également porté plainte le 27 mars pour « abandon de déchets provoquant une dégradation de la qualité du sol ou de l’eau » et pour « déversement dans les eaux souterraines de substances dont l’action ou les réactions entraînent des effets nuisibles sur la santé », a précisé leur avocat Me Aurélien Desingly, confirmant une information du Canard enchaîné.
Le parquet de Charleville-Mézières n’a pas donné suite dans l’immédiat aux sollicitations de l’AFP. Cette action judiciaire fait suite à une enquête publiée en février par France 3 et Disclose, qui révélait des taux record de PFAS dans des sols agricoles de la Meuse et des Ardennes, où des boues industrielles ont été épandues des décennies durant.
En s’appuyant sur 44 prélèvements analysés par un scientifique canadien, les deux médias affirmaient que ces polluants éternels « se sont infiltrés partout, des champs aux rivières, des parcelles agricoles aux nappes souterraines, des légumes au sang des habitants ». « Nous avons acheté la ferme il y a trois ans et nous n’étions pas informés des épandages de boues industrielles », a déclaré jeudi à l’AFP Anne Abraham, 47 ans.
« Nous avons l’interdiction de vendre nos produits »
« Il n’y a eu aucun contrôle. On se retrouve avec des terres polluées qui n’auraient jamais dû l’être : ces boues auraient dû être détruites, pas épandues », a-t-elle regretté. « Comment peut-on utiliser ce genre de produits ? C’est incompréhensible qu’aucune étude environnementale n’ait été réalisée. Nous avons nous-mêmes des taux de PFAS dans le sang qui explosent tous les seuils », a-t-elle poursuivi.
« Nous n’étions pas labellisés bio, mais nous pratiquions une agriculture raisonnée, sans produits chimiques ni phytosanitaires », a-t-elle souligné, précisant que la préfecture lui a interdit de vendre ses produits en raison du danger pour la santé.
Depuis 2023, des campagnes d’analyses de l’Agence régionale de santé Grand Est ont mis en évidence la présence de PFAS dans des ressources en eau des Ardennes, avec « des concentrations supérieures à la limite de qualité réglementaire fixée », rappelle la préfecture dans un communiqué publié jeudi.
Conséquence : depuis 2025, douze communes des Ardennes, soit environ 2 700 habitants, subissent des restrictions sur l’usage de l’eau potable. Un captage desservant 367 habitants sera équipé à partir de vendredi d’un filtre à charbon actif, rétablissant une eau conforme, selon la préfecture. Un rapport scientifique a recommandé fin mars à l’Union européenne de restreindre largement les PFAS, sauf exceptions « ciblées », pointant les risques croissants de ces substances chimiques pour la population.