Commission d’enquête sénatoriale sur les marges : la grande distribution contre-attaque
AFP le 04/06/2026 à 10:50
La Fédération du commerce et de la distribution (FCD) a répondu avec « colère » mercredi au rapport de la commission d'enquête sénatoriale sur les marges publié en mai, dénonçant des « approximations problématiques » voire des manipulations destinées à servir, selon elle, un « réquisitoire sans nuance ».
Initiée par les Ecologistes du Sénat dont Antoinette Guhl, sa rapporteure, et présidée par la centriste Anne-Catherine Loisier, cette commission lancée en décembre a étrillé la grande distribution, l’accusant de « pratiques prédatrices » mettant en danger l’agriculture et l’industrie françaises.
Son « rapport nous a profondément choqués », a commenté Judith Jiguet, la déléguée générale de la FCD, lors d’une conférence de presse, organisée deux semaines après sa publication pour permettre « une analyse approfondie ». En cause, une « méthode » et des « chiffres contredits par les faits », pour des « conclusions qui semblent avoir été écrites » à l’avance, a dit Mme Jiguet, exprimant la « colère » du secteur « au nom » de ses « 800 000 salariés ».
Dans un document de « décryptage », la FCD dénonce ce qu’elle qualifie d’« axe central » du rapport, selon lequel 40 % de la valeur alimentaire reviendraient à la distribution et aux services, quand la distribution n’en génère en réalité que 9 %, d’après sa fédération.
En amont de la présentation du rapport, Antoinette Guhl avait expliqué à l’AFP que « pour 100 euros de valeur » sur les achats alimentaires, « 8 vont aux agriculteurs », 14 aux industriels, 35 aux importations et « 40 vont à la grande distribution ».
Or ce chiffre de 40 % « agrège indistinctement restauration, grossistes, services et commerce alimentaire, afin de produire un effet de masse trompeur », illustrant « à lui seul les approximations problématiques » du rapport, selon la FCD.
Elle dénonce aussi des « erreurs méthodologiques » sur les marges de la distribution sur les oeufs, ou encore une « confusion » concernant les centrales d’achats et alliances entre enseignes laissant penser, à tort, que tous les achats ne sont réalisés « que par seulement trois entités ».
Pour Mme Jiguet, le rapport a plus généralement « manqué de courage » en n’appliquant pas « la même exigence à tous les maillons de la chaîne », notamment les multinationales.
Le décryptage de la FCD ne s’attarde en revanche pas sur certaines pratiques dénoncées par la commission, comme les « diminutions brutales de commandes » pour faire pression sur les industriels et les menaces de « déréférencement » (retrait des rayons).
Le projet de loi d’urgence agricole, en cours d’examen, a déjà été amendé en commission à l’Assemblée pour sanctionner ces méthodes et obliger les distributeurs à les justifier par écrit, ce qui a fait bondir le secteur.