Canicule, engrais… Face à la crise, la ministre défend « une réponse à 360° »
TNC le 06/07/2026 à 16:42
Si le risque d’incendie repart à la hausse avec un nouvel épisode caniculaire qui débute, les agriculteurs s’inquiètent surtout des pertes de rendement à venir. Dans le Loiret, le 6 juillet, la ministre de l’Agriculture a donc rappelé les mesures mises en place face à la crise, défendant également son projet de loi d’urgence pour ce qui est des réponses structurelles.
« C’est une super conductrice », commente Annie Genevard, tout sourire, en descendant de la moissonneuse de Stéphanie Voiturin, jeune agricultrice de 28 ans installée en grandes cultures à Aulnay-la-Rivière, dans le Loiret. Sur cette exploitation, la moisson se déroule comme presque partout en France dans des conditions climatiques singulières, avec des rendements qui ne sont « pas au rendez-vous » et une chaleur qui oblige à redoubler de vigilance et d’organisation, explique la céréalière devant la ministre de l’agriculture.
À l’aube d’une nouvelle canicule, qui suit de trop près la précédente, Annie Genevard a tenu à faire le point sur les différentes mesures annoncées. Parmi elles, des allègements administratifs, comme le fauchage des jachères, la suspension des contrôles non prioritaires, mais aussi l’accélération du versement des acomptes par les assureurs.
« Je réunis tous les jours une cellule de crise »
La ministre a salué « le grand esprit de responsabilité » des agriculteurs qui ont la plupart du temps adapté les horaires des moissons, même sans interdiction administrative, tout en jouant leur rôle dans le contrôle des incendies. La plupart des agriculteurs détourent et déchaument les bords des champs avant de moissonner, tout en étant parfois également équipés d’une tonne à eau.
Néanmoins, la canicule qui s’additionne au coup de chaud intervenu fin mai a eu des conséquences sur le remplissage des grains. Malgré l’irrigation de 80 % des parcelles, les 220 ha de Stéphanie Voiturin subissent ces effets négatifs, indique-t-elle.

« On sait qu’il y aura des pertes de rendements », abonde Annie Genevard, sans pouvoir encore évaluer leur ampleur, puisque la moisson n’est pas encore achevée. Pour autant, « tous les jours, je réunis une cellule de crise à 18h au ministère », précise-t-elle, afin de gérer les urgences et d’adapter les dispositifs à la situation. Un certain nombre de mesures ont été prises, « peut-être qu’il en faudra d’autres », poursuit la ministre, à qui le vice-président de Jeunes Agriculteurs, Maxime Buizard, a par exemple demandé la possibilité de faucher les couverts en septembre pour abonder les stocks de fourrage. La mesure demanderait un feu vert de Bruxelles, mais en attendant, un travail est en cours pour mettre en place un dispositif solidaire de transport de fourrage, a indiqué Annie Genevard.
Engrais : l’Etat va compléter l’aide d’urgence européenne
Interpellée sur la question de l’augmentation des charges, la ministre est revenue sur l’aide à l’achat d’engrais destinée à compenser en partie les surcoûts liés à la guerre au Moyen-Orient. 107 M€ seront accordés par l’UE à la France, et en parallèle, « nous travaillons à un dispositif de complément et de répartition pour déclencher l’achat des engrais à la prochaine campagne », a-t-elle affirmé.
Il faut en effet à tout prix éviter que les agriculteurs non encore couverts en engrais n’achètent tous au même moment, ce qui aurait des conséquences à la fois sur la logistique, mais également sur le prix, explique la ministre.
Une réponse « tous azimuts »
Néanmoins, en grandes cultures, on se dirige « vers la quatrième année de revenus négatifs », a rappelé de son côté le président de la FDSEA du Loiret, Sébastien Méry. Si les zones intermédiaires sont en première ligne face à ces difficultés, dans le département, pourtant fleuron de la culture céréalière, les répercussions des mauvaises années se font sentir. « Les agriculteurs, pour certains, n’ont plus de trésorerie » et les coopératives sont également sur le fil, prévient Maxime Buizard. Dans le contexte actuel, des jeunes repoussent leur projet d’installation, d’autres envisagent d’arrêter l’activité avec, au final, le risque de fragiliser les outils économiques du territoire, expliquent les deux représentants syndicaux.
Face à un problème désormais plus structurel, « la réponse doit être à 360 degrés, c’est tous azimuts qu’il faut aller », répond la ministre de l’agriculture. Plusieurs leviers devront ainsi être activés, détaille-t-elle devant les agriculteurs présents : les outils de gestion de crise, un travail plus structurel comme l’adaptation des zones intermédiaires ou le développement de l’engraissement des bovins sur le territoire national, les adaptations agronomiques, ou encore le développement des nouvelles technologies qui incluent les variétés NGT plus résistantes. Le stockage de l’eau fait également partie des points à développer. « La France irrigue trop peu, juge la ministre. On ne peut pas subir quand c’est trop et subir quand ce n’est pas assez », poursuit-elle, alors que les cultures françaises ont connu, cet hiver, un excès d’eau important, pour finalement en manquer en mai et juin sous les canicules.
« Un pacte autour de nos agriculteurs »
Considérant que l’agriculture française connaît aujourd’hui « une situation qui la menace gravement et qui impose la solidarité nationale », Annie Genevard plaide pour « un pacte autour de nos agriculteurs ». Et ce soutien devrait être matérialisé dans un premier temps par la loi d’urgence agricole.
Si cette dernière propose plusieurs leviers d’amélioration, la version adoptée la semaine dernière par les sénateurs contient des ajouts sur la gestion de l’eau et les phytosanitaires. Ces mesures, saluées par une partie de la professon agricole, augmentent néanmoins le potentiel clivant du texte qui pourrait in fine ne pas être adopté. En Commission mixte paritaire (à partir du 16 juillet) députés et sénateurs devront trouver un compromis acceptable « sinon la loi, on ne l’aura pas », prévient la ministre.