Bilan de moisson 2026 : « un manque à gagner moyen de 150 €/ha en blé tendre »
TNC le 05/08/2026 à 10:45
Alors que les moissons sont terminées, les premiers bilans économiques s’annoncent préoccupants. Entre rendements décevants, marchés sous pression et charges toujours plus élevées, l’équilibre financier est difficile à trouver. Sylvain Jessionnesse, co-fondateur de Piloter sa ferme, invite à « faire les comptes ».
« Derrière le rendement moyen national en blé tendre estimé à 69,3 q/ha par Agreste se cachent de fortes disparités pour cette moisson 2026, observe Sylvain Jessionnesse, agriculteur et co-fondateur de Piloter sa ferme. Dans les zones intermédiaires, les rendements accusent une baisse de 10 à 20 % par rapport à la moyenne quinquennale, tandis que les régions disposant de bons potentiels agronomiques affichent des résultats plutôt proches des normales, voire légèrement supérieurs. »
À cette hétérogénéité des récoltes s’ajoute un contexte économique toujours tendu. « Les marchés restent volatils et les cours ne compensent pas la hausse des coûts de production observée ces dernières années », constate-t-il. Pour l’expert, il est essentiel « d’évaluer les conséquences économiques de cette campagne sur le solde de trésorerie annuel des exploitations ».
Un déficit de plus de 12 500 € sur la « ferme France »
Sur le modèle d’une « ferme France » de 100 ha, construite à partir de l’assolement moyen national, « la perte prévisionnelle est estimée à 12 515 € pour la récolte 2026, soit un manque à gagner de 125 €/ha. En effet, le chiffre d’affaires nécessaire pour couvrir l’ensemble des charges atteint 165 656 €, alors que les recettes attendues ne s’élèvent qu’à 153 141 €. La récente remontée des cours améliore légèrement la situation, mais ne suffit pas à combler l’écart ».

Pour ces calculs, « les rendements sont actualisés à partir des données Agreste et les coûts de production intègrent l’ensemble des charges de l’exploitation, y compris la rémunération de l’agriculteur, les cotisations sociales et les impôts, précise Sylvain Jessionnesse. L’hypothèse retenue est celle de deux Smic nets pour la rémunération d’un exploitant à temps plein et l’équivalent d’un Smic destiné à couvrir MSA et impôts ».
Un blé tendre pas encore à son prix d’équilibre
Le blé tendre, qui représente 38,31 ha dans la « ferme France », illustre les difficultés rencontrées cette année. Une fois les aides Pac déduites, estimées à environ 200 €/ha, le besoin de chiffre d’affaires reste fixé à 1 561 €/ha. « Avec un rendement moyen de 69 q/ha, le prix d’équilibre grimpe à 226,23 €/t. Or, au niveau actuel du marché, il manque encore près de 20 €/t pour atteindre cet objectif, soit un manque à gagner de près de 150 €/ha. »

Pour les prix de vente, Piloter sa ferme considère que 20 à 30 % des volumes ont été vendus avant moisson, tandis que le reste est valorisé aux cours du jour (30 juillet pour cette simulation), observés dans l’Aube, département considéré comme représentatif des différents niveaux de base français. Les références retenues correspondent aux échéances décembre pour les céréales à paille et aux prix récolte pour le colza, le maïs et le tournesol.
« Le colza sauve les meubles »
La situation n’est guère plus favorable en orge, avec un manque à gagner de 240 €/ha en orge d’hiver et de 220 €/ha en orge de printemps. « Pour cette dernière, c’est la double peine entre la baisse des rendements et le déclassement en orge fourragère… »
À l’inverse, « le colza sauve les meubles », pour Sylvain Jessionnesse. D’après les simulations, « la culture affiche un chiffre d’affaires supérieur de 1 266 € aux besoins de l’exploitation, soit un excédent d’environ 110 €/ha ».
Inquiétudes pour les cultures de printemps
Les cultures de printemps suscitent également des doutes. Dans ses projections, Piloter sa ferme a déjà revu les rendements à la baisse avec des hypothèses de 100 q/ha en maïs irrigué, 60 q/ha en maïs non irrigué et 18 q/ha en tournesol. « Le déficit est alors évalué à 250 €/ha en maïs pour couvrir l’ensemble des dépenses, et il atteindrait près de 385 €/t en tournesol. »
Il faudra encore mettre à jour les données pour les betteraves et les pommes de terre, dont les résultats pourraient apporter un éclairage supplémentaire sur la situation de la campagne 2026.
Au-delà des moyennes nationales, Sylvain Jessionnesse insiste sur la nécessité pour chaque exploitant de réaliser son propre diagnostic économique. « Les marchés amplifient les émotions face aux résultats de récolte », observe-t-il. « Il est important de mettre des chiffres sur la situation de son exploitation en analysant le chiffre d’affaires réalisé, les charges engagées et le solde de trésorerie prévisionnel. C’est une démarche indispensable pour mesurer les conséquences réelles de cette moisson 2026 qui, pour de nombreuses exploitations, ne permettra pas encore de retrouver un équilibre économique satisfaisant. »